Politique belge

Le décret inscription de la ministre de l’Enseignement Marie-Dominique Simonet (cdH), les parents perdus, les directeurs fâchés et – surtout - les enfants sans école... on en a beaucoup parlé ! L’échevine et conseillère provinciale Eléonore de Bergeyck avait claqué la porte du cdH à cause du décret et de ses conséquences pour les élèves de la périphérie. Francis Mulders, un autre élu de Wezembeek-Oppem (CPAS) a suivi l'exemple. Deux défections et un décret fortement contesté en périphérie... Mais quel impact sur les élections dans le Brabant flamand? Il ne s'agit pas ici de demander aux élus locaux leur point de vue personnel sur le décret et la situation de certains élèves. Nous nous limitons à faire le bilan électoral et ses causes.

A Wemmel, les candidats ont bu la tasse

Commençons par Wezembeek-Oppem. En 2006, le cdH avait obtenu deux échevines et deux conseillers communaux. Ce dimanche, les candidats cdH ont perdu 10% des voix de préférence et une échevine. Mais il parvient à maintenir trois conseillers communaux. Fabienne Mineur, la nouvelle échevine cdH de la commune, admet volontiers que le décret était fort présent dans la campagne : « Beaucoup d’habitants disaient qu’ils souhaitaient 'pénaliser le cdH' à cause du décret. C’était fréquent. En particulier de la part de parents inquiets qui avaient des enfants en 1ère et 2ème primaires.»

Selon la tête de liste UF, Frédéric Petit (MR), « Le décret a peut-être joué un rôle, mais pas déterminant car il ne dépend pas des compétences communales. Le cdH avait cinq candidats et quatre élus. Avec Eléonore de Bergeyck, il ne fait aucun doute qu’il aurait décroché cinq élus. Sa décision de ne pas se représenter a marqué le coup ! C’est évident.» Chantal Woitrin, échevine sortante (cdH) précise : « On ne peut pas comparer des pommes et des poires, la liste n'était pas la même qu’en 2006. Je ne pense pas du tout qu’il y ait un lien. Eléonore, c’est du passé.»

A Kraainem, le cdH local perd deux élus communaux sur huit. Ici, les votes en faveur des candidats cdH chutent fortement. Pour Dorothée Terlinden-Cardon, qui se présentait comme candidate-bourgmestre, la cause de cette débâcle est double: "Le décret nous a achevés! Il ne passe vraiment pas auprès des familles, soit notre électorat principal. Vu que je suis moi-même mère d'une famille nombreuse, j'étais une cible idéale. Tous les candidats cdH ont perdu des voix de préférence. J'en ai perdu le plus, je passe de 756 à 403 votes (-47%). A cela s'ajoute notre coalition avec le FDF face à Kraainem-Unie qui n'a pas été comprise."

Mais la note la plus salée a incontestablement été payée par le cdH de Wemmel. Le parti y a perdu un échevin, un conseiller communal et un conseiller CPAS. Pour Roger Mertens, responsable de la section, la cause ne fait aucun doute : « C’est clairement le décret ! Il y a eu, au sein même de la liste UF, une campagne anti-cdH et anti-décret alors que cela n’est pas de notre compétence. Le décret a beaucoup gêné nos candidats et la campagne. Personnellement, j’ai sans doute perdu plusieurs centaines de voix de préférence. J'en suis convaincu. »

Le cdH a perdu ses deux conseillers provinciaux

Les observateurs estiment que les communales ne sont pas les meilleurs thermomètres pour mesurer la popularité d’un parti. Pour cela, il faut s’intéresser aux provinciales. Allons-y ! Dans le Brabant flamand, les candidats francophones se présentaient sous la même bannière UF. Cependant, le bilan est sans appel: le cdH perd ses deux seuls conseillers provinciaux au profit du MR et du FDF. Le cdH n’y est donc plus représenté.

Rue des Deux Eglises, on tient à nuancer ces chiffres locaux: "En périphérie, le nombre de conseillers communaux est passé de 24 en 2006 à 23 en 2012. Le cdH conforte donc bien sa présence dans ces communes. Il maintient son mayorat à Rhode-Saint-Genèse ainsi que sa participation aux majorités à Kraainem et Wezembeek-Oppem."

Un Q&A pour aider les candidats à défendre le décret

Le parti humaniste avait pris ses précautions en envoyant un "Questions/Réponses" à ses candidats intitulé "Quelles réponses aux critiques concernant le décret inscriptions?". Dans ce document, les candidats sont appelés à relativiser les effets négatifs du décret. Par exemple, lorsqu'il évoque les "sans école": "Ces 392 élèves représentent 0.85% d'une cohorte de près de 46.200 inscriptions en 2012." ou encore "Il reste des places dans les écoles bruxelloises." S'en suit une piste de justification: "On sait qu'il y a des freins dans certaines familles, des barrières mentales. Il faut donc donner un coup de pouce aux élèves socio-économiquement défavorisés.". Les victimes du décret ne seraient que des enfants socio-économiquement aisés? De manière anonyme, plusieurs responsables du cdH reconnaissent pourtant que "les victimes de ce décret ne sont pas tous, bien au contraire, des bobos des beaux quartiers de Tervuren. Ce sont 'aussi' des enfants d'Anderlecht, Laeken, Schaerbeek,... mais la ministre ne veut rien savoir". Même après les élections, le sujet reste sensible...

Notons enfin que la ministre de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet, qui se présentait à Esneux, a récolté 556 votes de préférence. Le cdH y perd un élu et 2% des suffrages. Ce résultat est perçu comme une franche déception pour une ministre en exercice qui a bénéficié de la visibilité médiatique de... la rentrée des classes.