Pierre Vercauteren: "Il faut un débat majeur sur la société"

Francis Van de Woestyne Publié le - Mis à jour le

Politique belge L’EXPERT Entretien

Le budget est-il suffisamment subtil, efficace, "visionnaire" ? Nous avons interrogé Pierre Vercauteren, politologue, professeur à l’UCL Mons.

Les ministres, le Premier en particulier, se réjouissent sans cesse de ne pas avoir touché le citoyen dans la confection du budget 2013. Mais est-ce là l’objectif du politique ? Ne faut-il pas attendre plutôt un projet, une vision, une stratégie à long terme ?

Il faut souligner que c’est un budget dans un contexte de crise. Cela focalise l’attention sur la pression de l’immédiat plutôt que sur la perspective. Et il est impossible de faire abstraction de cette pression.

Pourquoi ? N’est-ce pas le rôle du politique, d’être indépendant des pressions ?

Oui, mais des éléments influencent sa prise de décision. J’en citerai trois. Dans l’accord, un certain nombre de questions sont renvoyées aux partenaires sociaux qui sont, eux aussi, sous la pression de l’immédiat. Ensuite, le gouvernement ne peut échapper à son autre grand défi qui est la recomposition de l’Etat à travers la 6e réforme. Enfin on voit qu’en Belgique, comme partout en Europe, le débat n’est pas clos : faut-il privilégier l’austérité ou la relance ? Ce n’est pas tranché. Ces éléments créent des tensions.

En quoi l’enjeu communautaire influence-t-il le débat sur le budget et la compétitivité ?

Au Nord du pays, dans une tendance plus libérale, on vit dans l’idée d’un certain désengagement de l’Etat : cela s’est vu lors de la limitation dans le temps des allocations de chômage, dans la volonté de supprimer l’indexation automatique des salaires. Au Sud, on est dans une conception davantage sociale-démocrate qui promeut l’Etat providence ou l’Etat social actif.

L’année 2013 sera très chargée. Nous serons, dans un an, aux portes d’une nouvelle campagne électorale. Quand les réformes socio-économiques indispensables pourront-elles être mises en œuvre ?

Le gouvernement a bénéficié de la dernière fenêtre d’opportunité pour proposer des mesures radicales. Après cela, dans un an, ce ne sera plus possible. Chacun voudra se profiler et tout compromis sera impossible. Je pense que le gouvernement n’aura plus le temps d’entreprendre ces réformes parce que l’autre débat qui va surgir, le communautaire, tétanise l’enjeu socio-économique. De plus, la deuxième partie de la réforme de l’Etat comprend aussi, ne l’oublions pas, la réforme de la loi de financement. Et ce sera encore l’occasion de se focaliser sur l’immédiat plutôt que sur les perspectives à long terme.

L’idéal serait quand même de séparer les deux débats : le communautaire d’une part, le socio-économique de l’autre…

Cela n’est plus possible. Dans ce débat, une fois encore, on se concentre plus sur les moyens que sur les grandes finalités et les enjeux prospectifs. Pour que le débat sur l’avenir de notre économie ait lieu, il faudra que l’on soit débarrassé des enjeux communautaires

Autant dire que cela n’arrivera jamais…

On sait en tout cas que dans les deux années à venir, il faudra beaucoup se préoccuper de réformes institutionnelles. D’ailleurs, compte tenu des transferts de compétences envisagés, il ne sera bientôt plus possible d’envisager ces réformes socio-économiques uniquement au niveau fédéral; il faudra l’envisager avec les entités fédérées compte tenu de leurs nouvelles compétences. Pourquoi ne pas inventer un forum où Etat fédéral, entités fédérées et partenaires sociaux discutent de ces réformes-là ? Car la répartition des compétences imposera leur participation.

Une espèce de grand fourre-tout…

Je dirais plutôt une grande convention où l’on aurait enfin ce débat majeur sur l’avenir de la société qui a manqué lors de la crise de 2007 à 2010 puis celle des 541 jours. Encore une fois, on n’a discuté que des moyens, pas des finalités. Il est temps d’inverser les priorités.

Elio Di Rupo ne marque pas beaucoup le gouvernement de son empreinte. Guy Verhofstadt était plus flamboyant.

N’oublions pas que Guy Verhofstadt a bénéficié de deux éléments favorables majeurs : une période de croissance économique, après la mise en ordre budgétaire de Jean-Luc Dehaene, et une paix communautaire. Et quand des dossiers institutionnels délicats se sont présentés, il les a mis au frigo.

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