Politique belge

La semaine politique fut très agitée suite à la proposition du secrétaire d'Etat Theo Francken de contourner l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme afin de pouvoir refouler les bateaux de migrants qui arrivent en Europe. Charles Michel est venu, ce jeudi, en séance plénière à la Chambre pour s'expliquer sur la position de la Belgique en terme de politique migratoire.

Le Premier ministre a notamment souligné que le fameux article 3, empêchant des actes inhumains et dégradants, était "un principe sacré" mais que la Belgique ne devait pas faire preuve de laxisme dans ce dossier. "Nous devons conjuguer solidarité et responsabilité. L'Europe a besoin de frontières sécurisées, contrôlées. Tant pis pour ceux qui ici ne veulent pas de telles frontières."

Il a aussi affirmé que "la migration, l'asile sont des sujets importants, sérieux. Pas un seul représentant de l'opposition n'a avancé d’alternative à la proposition que nous préconisons et que nous mettons en oeuvre".

Selon le libéral, une solution au problème de la migration doit être trouvée au niveau européen. Charles Michel a jugé que les règles d'enregistrement des demandeurs d'asile et de refoulement devaient désormais se prendre au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement, et non plus entre ministres de l'Intérieur ou secrétaires d'Etat. Ce faisant, Charles Michel désavoue Theo Francken et les autres ministres européens qui stagnent dans ce dossier depuis trois ans. Il se rendra à Paris et à Berlin la semaine prochaine pour parler de cette question. Il espère faire des progrès lors du sommet européen qui se tiendra à la fin de ce mois.

Le Premier ministre a aussi rappelé l'importance de la coopération avec les pays tiers. Selon lui, depuis l'accord avec la Turquie, le nombre de morts en mer Egée a été divisé par dix.

"Vous avez manqué un rendez-vous avec la démocratie"

L'opposition était assez remontée contre le Premier ministre et, surtout, contre son absence de réaction vis-à-vis des déclarations de Theo Francken.

Pour Olivier Maingain (Défi), la N-VA "gangrène" la majorité fédérale.

Dans les rangs du PS, Ahmed Laaouej a estimé que Charles Michel avait "fait le choix d'arrêter de combattre l'extrême droite. Avec Theo Francken, la forme c'est le fond. Un fond putride. Il faut refouler les idées immondes de l'extrême droite. Vous avez manqué un rendez-vous avec la démocratie et la démocratie s'en souviendra le moment venu".

"Je vous plains de devoir jouer régulièrement à l'avocat de votre secrétaire d'Etat", a déclaré Georges Dallemagne (CDH). L'humaniste regrette que Theo Francken ait "clivé notre société" et ait "utilisé le langage de l'extrême droite et des populistes".

L'Ecolo Benoît Hellings a rappelé que "toute l'opposition se bat pour que notre pays défende nos valeurs fondamentales" car "la Convention européenne des droits de l'homme est un texte fondamental. Vous vous mettez dans le rang de Viktor Orban (Premier ministre hongrois) et Matteo Salvini (ministre de l'Intérieur italien) comme Francken l'a fait".

VLD et CD&V se distancient de Francken

Même du côté de la majorité, l'Open VLD a demandé au Premier ministre de prendre clairement position soit pour soit contre des frontières ouvertes. "C'est l'un ou l'autre", a fait remarquer Patrick Dewael. Ce dernier a également fait savoir que "le secrétaire d'État ne s'est pas exprimé en mon nom". Il a aussi rappelé les règles de déontologie qui prévalent au sein du gouvernement, selon lesquelles un membre s'exprime au nom de l'exécutif. Ces règles devraient l'emporter sur la "fièvre électorale" qui anime la N-VA, a-t-il dit.

Évoquant la déclaration à laquelle devra s'attacher tout primo-arrivant, le chef de groupe CD&V Servais Verherstraten a indiqué qu'elle s'appliquait aussi "à tous les Belges et certainement aux membres de votre gouvernement". Les règles s'appliquent aux "gens et ils méritent le respect", a-t-il précisé, applaudi comme M. Dewael par l'ensemble de l'assemblée, à l'exception de la N-VA et de l'extrême droite.