"Pourquoi ceci n'est pas mon nom..."

Jonas Legge Publié le - Mis à jour le

Politique belge

La notoriété, l'image, la communication. Tels sont certains des ingrédients primordiaux qu'un politicien doit pouvoir maitriser s'il ne veut pas manquer de sel et se louper lors de cette grand-messe que sont les élections. Parmi ces éléments primordiaux, le nom occupe sans conteste l'une des places majeures. Les changement de prénom et autres utilisations d'un nom d'emprunt ou du patronyme -parfois davantage porteur- du mari sont, semble-t-il, peu fréquents en Belgique francophone. LaLibre.be est tout de même parvenue à mettre la main sur quelques personnalités se présentant aux citoyens sous un nom d'usage.

Le coup de "d" de Defossé

L'une des figures de proue de cette modification d'identité est sans conteste Jean-Claude Defossé. En passant du journalisme à la politique, l'actuel député bruxellois a conservé le nom avec lequel il s'était fait connaitre. "C'était naturel de le garder. Et revenir à Dubié, ça aurait paru bizarre...", confie-t-il.

Mais pourquoi avoir opté pour un changement de patronyme ? "Ca date de 1972, quand j'ai réussi l'examen d'entrée à la RTBF en même temps que mon frère. Le directeur de la télévision m'avait alors dit que c'était un peu gênant que deux Dubié soient engagés en même temps. Et vu que Josy avait obtenu de meilleurs résultats que moi à l'examen, c'était à moi de changer de nom. Je lui ai donc répondu 'Ma mère s'appelle Defossé, ça commence par d, ça finit par é, comme Dubié, ce n'est pas mal'. En 20 secondes, j'ai donc changé de nom", se remémore l'Ecolo.

"Rien à déclarer !" pour Vanderspeeten

Anne-Marie Vanderspeeten, un nom inconnu au bataillon ? Pour beaucoup, certes. Pourtant, cette politicienne a été notamment Présidente du Sénat et bourgmestre de Huy. Car c'est bien sous le nom de son mari qu'Anne-Marie Lizin a fait sa notoriété. "J'ai commencé la politique dans les années 1970. A cette époque, les femmes mariées prenaient le nom de leur conjoint. C'était la façon habituelle de procéder."

En outre, certains noms étant visuellement, phonétiquement et électoralement peu porteurs, le choix se comprend aisément. Pourtant, une autre raison a aussi poussé la Hutoise à opter pour Lizin. "A Huy, même si le nom de mon père était connu, celui de mon beau-père l'était davantage", admet-elle sans langue de bois. Il n'empêche, sur les listes électorales, la politicienne fait inscrire "Anne-Marie Lizin-Vanderspeeten". "Car c'est long et ça attire donc l'attention", reconnait-elle.

Ce nom attire donc l'attention mais aussi des ennuis à l'ancienne socialiste. "Dans les aéroports, les complications sont fréquentes. Si je suis conviée, par exemple, à une conférence de l'ONU à Genève, l'invitation et les billets d'avions vont me parvenir sous le nom 'Lizin'. Mais le douanier, qui vérifie mes papiers, voit 'Vanderspeeten' sur ma carte d'identité. Je dois donc m'expliquer. C'est extrêmement perturbant."

Une Conard décomplexée

Certains choix, comme celui de la sénatrice et Présidente du MR-Luxembourg Dominique Tilmans, se comprennent sans explication. Née "Conard", la citoyenne de Wellin a rapidement opté pour le patronyme de son notaire de mari. "C'est un choix qui précède mon entrée en politique. Mais je n'ai jamais été complexée par mon nom. On s'y habitue, surtout après l'université". D'ailleurs, tout comme Anne-Marie Lizin, la libérale appose son nom de jeune fille aux côtés de celui de son mari sur les listes électorales.

Une erreur commune fait naître une apparence de droit

Magda De Galan a, elle, plutôt opté pour un diminutif. Celui qui lui colle à la peau depuis son entrée à l'école, à trois ans. "En réalité, je porte le même prénom que ma grand-mère : Magdalena Cécilia Augusta Monique. Ça date d'une époque où on se calait une dizaine de prénoms pour faire plaisir aux tantes..."

La bourgmestre de Forest tient tout de même à préciser que ce n'est pas "par honte" qu'elle a adopté un prénom "moins exotique". "Comme le veut l'adage latin, Une erreur commune fait naître une apparence de droit", plaisante-t-elle.

De Moncharline, un pseudonyme plutôt riche

En 2000, l'un des emblèmes des nuits branchées bruxelloises décide de franchir le cap en quittant le "corps social" et en se présentant sur la liste du bourgmestre Freddy Thielemans (PS) lors des communales. Connu comme le loup blanc sous son pseudonyme, Carl De Moncharline prend le risque de se présenter sous sa vraie identité : De Rijk. Pari tenu, pari perdu. Son score, en terme de voix de préférence, est pour le moins médiocre. En 2004, l'homme a retenu la leçon et, lors des élections régionales, son nom d'artiste lui offre davantage de voix.

Le notaire pour acter la notoriété

A l'image des personnalités précitées, peu de politiciens ont officiellement changé de patronyme. Mais, pour se présenter, sur une liste, aux citoyens sous un nom d'usage, ils ont dû se soumettre à un acte de notoriété devant un notaire.

"C'est une manière d'officialiser les déclarations, face à un officier public, avec une pièce officielle", explique Bart van Opstal porte-parole de la Fédération du Notariat belge. Le notaire peut d'ailleurs refuser la déclaration s'il se rend compte qu'elle ne correspond pas à la réalité. "En cas de doute, il fait appel à deux témoins pour obtenir confirmation", ajoute M. van Opstal.

Pour la petite histoire, c'est Isabelle Durant qui s'est occupée des démarches pour Jean-Claude Defossé lors de son entrée au parti Ecolo.

Gro, Marie-Ségolène et Jean Louis Marie, ces figures de l'Hexagone

En France, la législation est assez similaire à celle en application en Belgique. Mais la pratique du nom d'usage y semble bien plus répandue, surtout du côté des candidats à la présidentielle.

Marie-Ségolène Royal, Marion Anne Perrine Le Pen, Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, Gro Eva Joly, Joseph Bové, Martine Delors et Jean Louis Marie Le Pen sont quelques-unes des figures marquantes ayant brigué l'Elysée sous un nom d'usage.

Publicité clickBoxBanner