Politique belge

1. Pourquoi les francophones ont-ils accepté ? Les partis du Sud ne s’en sortent pas trop mal : en effet, les habitants des six communes à facilités conservent le droit de voter sur place pour des candidats bruxellois. Sur le plan géostratégique, c’est important. Si demain, les partis flamands devaient accentuer leurs revendications et provoquer la scission du pays, ces six communes seraient presque de facto rattachées à Bruxelles étant donné que les droits électoraux de leurs habitants sont intégralement maintenus. Par ailleurs, même si cela n’est pas directement lié, les francophones ont obtenu l’assouplissement du vote des Belges à l’étranger. Cela concerne de 80 000 à 100 000 personnes. Désormais, lors de leur inscription au consulat de Belgique, ils recevront un formulaire qui leur permettra de participer, le moment venu, au vote. Avant, le vote nécessitait d’interminables démarches qui souvent décourageaient l’expatrié de remplir son devoir électoral. Il s’agissait là surtout d’une revendication du MR à laquelle les autres partis ont consenti, étant donné que le Mouvement réformateur est sans doute celui qui a dû faire le plus d’efforts pour accepter cette scission.

2. Pourquoi les Flamands ont-ils accepté ? Tout d’abord parce que leur principale revendication est enfin acceptée. Il y a bien scission de l’arrondissement BHV sans élargissement territorial de la Région bruxelloise. Il est intéressant de constater que, dès hier soir, les observateurs flamands criaient déjà victoire et se demandaient comment les hommes politiques francophones allaient pouvoir "vendre" cet accord auprès de leurs troupes. Un accord qui, aux yeux des Flamands, est carrément historique. Pourtant, cet accord, qui était à portée de main dès mardi soir, avait été violemment rejeté par le président du CD&V, Wouter Beke, qui semblait soumis à de fortes pressions à l’intérieur de son parti. De plus, la démission surprise d’Yves Leterme a forcé le président des démocrates-chrétiens flamands à l’évidence : en cas d’élections, il allait devoir mener ses troupes défaites face à un nouvel échec assuré. Sans aucune réforme de l’Etat, sans scission de BHV, quelle aurait encore été la crédibilité de ce jeune président de parti ? D’autant que son parti est en train de se vider de sa substantifique moelle, mais aussi et surtout de ses plus grands faiseurs de voix : Yves Leterme et Inge Vervotte assuraient, à eux seuls, une bonne partie du succès du CD&V. Il faut ajouter à cela la pression qu’ont exercée sur le CD&V les autres partis flamands, VLD et SP.A en tête, dont les présidents, Alexander De Croo et Caroline Gennez, avaient marqué leur accord sur la proposition du formateur. Wouter Beke a également dû se rendre compte que les quatre présidents francophones faisaient bloc.