Politique belge

La clémence du parti flamand à l’égard d’Alain Mathot aurait-elle un lien avec Anvers ?

Pour bien comprendre, il faut remonter à la fin de l’année 2011, époque à laquelle le fonds de pension liégeois Ogeo Fund décide d’investir en terres anversoises. Créé en 2007, cet organisme de financement des pensions (en abrégé OFP) a pour contributeurs plusieurs institutions (para) publiques (l’intercommunale Tecteo devenue Nethys, la Province de Liège, la Ville de Seraing, etc.). Avec quelque 4 000 bénéficiaires et environ un milliard d’euros d’actifs sous gestion, Ogeo Fund est le cinquième plus important fonds de pension du pays. Comme tout OFP qui se respecte, il investit dans l’immobilier de manière à diversifier les risques.

Ainsi que l’expliquait en son temps Marc Beyens, membre du comité de direction présidé par le bourgmestre d’Ans et patron de Nethys Stéphane Moreau (PS), les placements d’Ogeo Fund sont essentiellement locatifs et répartis sur l’ensemble du territoire belge. Ils sont promus par une philosophie de "non-profit" et affichent le plus souvent un haut rendement. C’est du moins ce qui est recherché au travers de ses nombreux investissements, que ce soit à Liège (projets Grand Poste et Bavière), à Bruxelles (projet Arval à Zaventem notamment) ou encore plus récemment sur le site de Belval au Luxembourg.

L’ex-chef de cabinet de Bart De Wever

Ce qui nous intéresse ici a trait à une association étonnante d’acteurs que le site d’information en ligne "Apache" avait déjà épinglée en janvier 2014. Et si on ne peut pas reprocher à Ogeo Fund une stratégie de diversification géographique dans ses placements (il est parfois considéré comme trop liégeois), on peut en revanche s’étonner de la teneur de cet investissement anversois. Le fonds de pension liégeois est actif depuis janvier 2011 à Anvers, époque à laquelle il a racheté, en partenariat avec la caisse commune d’assurance Integrale, l’ensemble immobilier de bureaux dénommé Copernicus et situé à proximité de la gare.

Mais contrairement à ce qui était son habitude, Ogeo Fund a pris cette fois un risque supplémentaire en agissant en tant qu’instrument financier dans plusieurs sociétés détenues par Paul et Marc Schaling, deux promoteurs immobiliers néerlandais. La réputation de ces derniers est sulfureuse et leur gestion a déjà fait jaser dans les médias néerlandais. En Belgique, on les connaît pour être impliqués dans le fiasco du cuisiniste Hans Verkerk Keukens. Deux autres hommes clés de ces montages anversois sont Joeri Dillen, l’ex-chef de cabinet du bourgmestre Bart De Wever, et Erik Van der Paal, qui n’est autre que le fils de feu Rudi Van der Paal, l’un des fondateurs de la Volksunie, ancêtre de la N-VA.

Un ancien ministre socialiste

Les projets concernés se situent au nord d’Anvers dans l’ancien quartier des docks. Lequel fut l’objet dès le début des années 2000 de plusieurs projets immobiliers dont celui au lieu-dit "Kattendijkdok" qui prévoit l’érection de six tours d’habitation. Un temps abandonné, ce projet, en passe de se concrétiser, fut porté par la Société d’investissement foncière (en abrégé SIF) créée par les Schaling père et fils et présidée par l’ancien ministre SP.A Luc Van den Bossche (le père de l’ancienne ministre Freya Van den Bossche). Lequel préside également depuis peu Optima Global Estate, la filiale immobilière de la banque Optima qui a décidé d’investir dans le projet du Kattendijkdok. Ce dernier est porté depuis décembre 2010 par la société Land Invest Group. On retrouve aussi cette filiale de la SIF derrière un autre projet dont on parle beaucoup à Anvers, celui de la reconversion en logements d’un ancien garage Renault situé au nord de la ville. Joeri Dillen y avait également occupé les fonctions de directeur opérationnel il y a quelque temps.

Situation en janvier 2014:

© LLB

Un proche d’Alain Mathot

Voilà pour le décor qui est ainsi planté. Ogeo Fund, qui est désormais son partenaire financier privilégié, a fait son entrée dans le capital de Land Invest Group à la fin de l’année 2011. Cette participation, à hauteur de 50 %, visait notamment à assurer le financement du projet du Kattendijkdok. Dans un rapport du conseil d’administration datant du 30 juin 2012, il est fait mention de la participation du fonds de pension liégeois, chiffrant cette dernière à 7,3 millions d’euros. Un investissement anversois qualifié en son temps de "sécurisé" par Marc Beyens qui le jugeait dans la logique poursuivie par Ogeo Fund. Comme un autre membre du comité de direction, à savoir Emmanuel Lejeune via la SPRL ELJ Consulting, ce dernier figure via la SPRL OFP Services parmi les administrateurs de Land Invest Group. Au sein de laquelle on retrouve le père et le fils Schaling, leur directeur financier André Dor, une relation d’affaires d’Erik Van der Paal ainsi que Michel Stultiens (via la SPRL M.G. Co) qui n’est autre que l’ex-secrétaire communal de Seraing et un proche du député-bourgmestre Alain Mathot.

Si rien de tout cela n’est illégal, on comprendra toutefois que le manque de clarté de ces montages financiers anversois ne manque pas d’en étonner et d’en interpeller plus d’un.


Alain Mathot conserve son immunité

Vote. La commission des Poursuites de la Chambre s’est opposée jeudi soir à la levée de l’immunité parlementaire d’Alain Mathot (PS). Le score : 5-2, comme "La Libre"l’avait prédit dès le 10 mars. Cinq députés sur sept (PS, SP.A, Open VLD et deux N-VA) ont voté contre la levée de l’immunité du socialiste; les deux autres (MR et CD&V) pour. C’est l’attitude des deux élus N-VA, Hendrik Vuye et Zuhal Demir, qui interpelle le plus. On sait les nationalistes peu enclins à faire des cadeaux aux socialistes. Alors pourquoi s’être opposés à la levée de l’immunité (un acte plutôt rare) ? La raison serait tout simplement que le dossier judiciaire est mal ficelé. Le vote du VLD renforce cette thèse. Si c’est le cas, ce serait un camouflet pour la justice liégeoise qui a inculpé pour corruption le député-bourgmestre de Seraing dans le cadre de la construction d’un incinérateur. Une autre thèse serait que la N-VA renverrait l’ascenseur au PS liégeois, dont fait partie M. Mathot (lire ci-dessous), dans un dossier de fonds de pension. On pourrait y voir plus clair lorsque le rapport de la commission sera rendu public, peut-être ce vendredi. Quoi qu’il en soit, le vote final n’interviendra que lors de la séance plénière de jeudi prochain. Les députés vont se compter.