Politique belge

Les libéraux bruxellois veulent que la Ville de Bruxelles cesse de construire des logements sociaux sur son territoire. La sortie d’Els Ampe, dans De Standaard, mercredi, fait partie du programme électoral que présenteront bientôt le MR et l’Open VLD en vue des élections communales du 14 octobre prochain.

"Les habitations sociales attirent la pauvreté et c’est intenable dans la situation actuelle. En 1980, les Bruxellois étaient les habitants les plus riches du pays; actuellement ils en sont les plus pauvres", a-t-elle dit dans le quotidien néerlandophone. De la part d’une libérale, cette posture se comprend aisément. De la part d’une élue dont le parti est membre de la majorité avec le PS à la Ville de Bruxelles, c’est plus surprenant.

Pas tant que ça en réalité, assure-t-on dans les couloirs de l’hôtel de ville. "Els Ampe est une habituée des sorties en solo", confie un élu libéral bruxellois, qui assure que son parti n’était pas au courant de l’initiative de celle qui occupera la 2e place sur la liste électorale commune MR/Open-VLD. "Nul doute qu’Alain Courtois (chef de file MR à Bruxelles) a dû passer un coup de fil à Philippe Close ce matin pour arrondir les angles mais cela ne créera pas de grosse tension au sein de la majorité."

Une énorme mascarade

La semaine passée déjà, la libérale flamande avait taillé quelques croupières aux socialistes. Dans une interview accordée à la DH, elle jugeait le préaccord électoral entre le PS, Défi et Ecolo comme étant une énorme mascarade pour l’électeur. Là encore, le PS n’avait pas jugé opportun de réagir… Mercredi, c’est l’échevin en charge du Logement bruxellois Mohamed Ouriaghli qui est monté, timidement, au front. L’élu socialiste estime ainsi que "ce n’est certainement pas en construisant des logements de qualité à des prix abordables que l’on attire la pauvreté. C’est même tout le contraire ! Si l’on ajoute à cela le boom démographique, on comprend comme le prix des loyers peut poser problème. Dans cette situation, le pouvoir public et les politiques doivent prendre leur responsabilité. C’est pour cela qu’à la Ville de Bruxelles, nous construisons des logements confortables à des prix accessibles", argue-t-il, rappelant dans la foulée que le Plan 850 logements fait partie de l’accord de majorité.

Le CD&V, dans l’opposition à la Ville, avance un autre argument : "La classe moyenne ne quitte pas Bruxelles parce que le nombre de logements sociaux augmente", commente Bianca Debaets pour qui "mettre fin à la construction de logements sociaux poussera davantage les familles fragilisées vers des logements non conformes aux normes ou appartenant à des marchands de sommeil".

Sur un plan statistique, la Ville de Bruxelles ne s’appauvrit pas plus rapidement que l’ensemble du territoire régional. Certes, en matière de bénéficiaires de revenu d’intégration sociale, de bénéficiaires de l’intervention majorée pour l’assurance soins de santé (BIM) ou de revenu par habitant, la capitale du pays se classe en queue de peloton. Mais, l’évolution de sa situation suit la tendance régionale. En dix ans, la part des BIM bruxellois a grimpé de 82 % : 32,9 % de la population en 2017 contre 18,1 % en 2007. Sur l’ensemble du territoire régional, elle a augmenté de 83 %. D’autres communes ayant fait moins d’efforts en matière de création de logements sociaux affichent la même tendance.

Quant à savoir si c’est la création de logements sociaux qui attire les pauvres ou si c’est l’afflux de pauvres qui impose la création de logements sociaux, autant chercher à savoir qui de l’œuf ou de la poule est apparu en premier sur notre bonne vieille planète…