Politique belge

Petits partis ? Dites plutôt challengers Lors des élections locales du 14 octobre, les résultats de deux formations politiques seront particulièrement scrutés par les partis traditionnels, l’une bien à droite de l’échiquier politique et l’autre bien à gauche. Il s’agit du Parti populaire (PP) de Mischaël Modrikamen et du Parti du travail de Belgique (PTB) dont le leader, du côté francophone, est son porte-parole, Raoul Hedebouw.

Pour le PP et le PTB, le prochain scrutin est important car, en fonction des résultats, il pourrait leur permettre de se doter d’un enracinement local (pour le PP) ou de renforcer et de développer cette assise (pour le PTB). Comment ? En piquant des voix aux quatre "machines" électorales bien rodées que sont le PS, le MR, le CDH et Ecolo.

Naturellement, le PP pourrait ratisser des électeurs dans l’aile la plus droitière du MR ou même du côté de l’extrême droite qui reste fort déglinguée au Sud du pays. Le PTB, lui, veut aller chercher des voix parmi tous ceux qui pensent que les socialistes et les écolos sont devenus trop centristes.

- Quels sont les enjeux pour le Parti populaire ? La formation de Mischaël Modrikamen a connu quelques belles bourrasques : départ de Rudy Aernoudt, éviction du seul député PP, Laurent Louis, et perte de la dotation publique de 40000 euros par mois Le PP doit donc se refaire une santé très rapidement. Problème pour ce scrutin : les enjeux locaux, ce n’est pas son "core-business". En effet, le PP a plutôt vocation à se positionner médiatiquement sur les grands enjeux de société. De la réforme de l’Etat à l’immigration, en passant par la sécurité, la zone euro ou encore la fiscalité.

Toutefois, Mischaël Modrikamen veut un ancrage local pour son bébé politique et il a donc décidé de concentrer ses efforts sur 15 communes, pas trop grandes, sélectionnées en fonction des possibilités locales en Wallonie et à Bruxelles (et à Hal). Objectif : y récolter entre 5 et 10 % des voix. Il y a aussi les symboles, comme Molenbeek par exemple, dont le bourgmestre, Philippe Moureaux, est honni par le PP.

Et en plus d’obtenir ses premiers conseillers communaux, le PP ambitionne également de rentrer dans des majorités. Trois communes figurent au tableau de bord stratégique du PP. La première, c’est Frameries (Hainaut), où le PP espère jouer les trublions de l’actuelle majorité PS-CDH en récoltant deux ou trois sièges. Grâce à cette position de pivot, le PP espère devenir l’arbitre de la future coalition. Autres communes dans le viseur pour une majorité associant le PP : Huy et Trooz (toutes les deux en province de Liège).

- Quels sont les enjeux pour le PTB ? Faire mieux que lors des dernières élections locales (2006). Le PTB avait obtenu 15 élus sur l’ensemble du territoire belge. La formation marxiste a de l’espoir car, depuis ce scrutin, le travail de modernisation de son discours et de son image s’est intensifié. En résumé, le PTB brandit désormais des études (surtout sur la fiscalité des multinationales présentes en Belgique) pour appuyer son idéologie plutôt que des slogans. Cette stratégie médiatique pourrait être payante. On parle beaucoup du PTB et les déçus du PS et d’Ecolo pourraient être tentés de voter plus à gauche le 14 octobre. Une étude universitaire avait d’ailleurs démontré que la progression du PTB réalisée à Liège, en 2010, provenait d’un transfert d’électeurs rouges et verts. Et non d’électeurs provenant de l’extrême droite comme on peut parfois l’imaginer.

Dans plusieurs communes, le PTB veut se stabiliser et consolider ses positions: Herstal, Seraing, La Louvière, Genk, Anvers, Zelzate Nouveauté : le PTB veut réaliser de véritables percées dans plusieurs grandes villes, comme Liège, Anvers, Molenbeek, Charleroi et Gand.

Pour cela, le PTB mise sur un programme qui parle de justice fiscale également à l’échelon local. Par exemple, pour le PTB, le fait que les taxes communales frappent les habitants de la même façon indépendamment de leurs revenus est inacceptable. De même, toujours aux yeux de la formation à la gauche de la gauche, les entreprises devraient alimenter davantage les caisses communales.

Mais si le PTB est capable de créer le "buzz" autour des publications de son centre d’études, pourra-t-il transformer l’essai aux prochaines élections ? Le dernier baromètre de "La Libre" ne mettait pas en évidence que le "Grand Soir" est pour octobre prochain