Politique belge

Vous avez pris de bonnes vacances de Pâques, à Duinbergen, au cap Gris-Nez, à Noirmoutier, à Barcelone, à Marrakech ou à Luxor… Et vous aimeriez connaître, dans le détail, les progrès réalisés par les négociateurs. Normal.

Vous y avez vaguement pensé, vous promenant le long d’une plage, à la pointe du Cobe, sur la Rambla ou la Corniche, le long du Nil. Et vous vous êtes dit : à mon retour, il y aura sans doute du changement, ils ont certainement profité des vacances pour négocier comme des forçats, pour trouver une solution à BHV, pour refinancer Bruxelles, pour transférer des compétences, pour revoir la loi de financement. Normal.

Eh bien non, rien de rien. Il ne s’est quasiment rien passé pendant tout ce temps. Comment ça, rien ? Ne disait-on pas que Wouter Beke allait mettre le grand braquet, qu’il allait mettre ses groupes de travail au turbin, préparer une nouvelle note…

Allez, pas grave. Le négociateur royal, Wouter Beke, y croit encore et toujours. On le dit, ni pessimiste, ni optimiste. Mais volontariste. Il en faut, effectivement, de la volonté. Mais pour faire quoi, avec qui ?

Ce mercredi, le négociateur royal réunira à nouveau les présidents du PS, Elio Di Rupo et de la N-VA, Bart De Wever pour une longue après-midi de travail. Au menu – on ne rit pas : la loi de financement et les soins de santé. Arès demain, ce sera sans doute les soins de santé et la loi de financement… D’où cette méchante impression de tourner en rond. Faux, dit-on dans l’entourage de Wouter Beke, si le négociateur n’avait pas le sentiment de progresser, il y a longtemps qu’il aurait jeté l’éponge. Sa devise est donc : tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.

Mais il faut bien reconnaître que, dans le camp francophone, on semble perdre patience, peu à peu. Car l’espoir ne suffit pas, il faut aussi – on y revient – la volonté d’y arriver. Et un minimum de confiance réciproque. Or, la confiance en Bart De Wever a disparu depuis longtemps. Ce sentiment de méfiance a encore été renforcé lors de la rencontre organisée par Wouter Beke entre le président de la N-VA et les présidents des partis francophones. À la question de savoir dans quel cadre la prochaine réforme de l’Etat s’inscrirait, le président du CD&V, Wouter Beke n’a pas hésité à répondre que son projet avait bien pour cadre la stabilisation d’un pays largement fédéralisé et non pas le séparatisme. Bart De Wever, aux dires des francophones présents, a été nettement moins catégorique : rappelant, en historien, qu’au 19e siècle, l’heure était à la consolidation de l’Etat belge, il a fait remarquer que la tendance dominante, aujourd’hui, était à l’attribution d’une très large autonomie des entités fédérées. Et que demain, peut-être, on s’orienterait vers l’évaporation de l’Etat belge. Car ce n’est un secret pour personne : aux yeux des nationalistes, entre la Flandre et l’Europe, il ne doit plus demeurer grand-chose comme institution intermédiaire.

Le négociateur ira présenter un nouveau rapport intermédiaire au Roi ce vendredi. Et après ?

Mardi soir, sur le plateau d’un JT spécial de la RTBF, Sigfried Bracke, député N-VA, a redit que son parti était prêt à prendre des responsabilités. Ce qui a fait s’étrangler les autres présidents de partis, flamands notamment : mais qu’il le fasse, bon sang, ont dit en chœur, les responsables des autres partis (VLD, CD&V, SP.A et Groen !). Qu’attend-il donc, Bart De Wever, pour présenter et faire accepter par d’autres cette solution miracle que les nationalistes affirment avoir dans leurs manches. Car pour d’aucuns, cette volonté de reprendre des responsabilités n’a qu’un but : ôter de l’idée des citoyens flamands que c’est la N-VA qui empêche de trouver un accord et replacer la N-VA et Bart De Wever au centre du jeu. Un but atteint. Pour quelques jours. Jusqu’au prochain blocage, sans doute.

© La Libre Belgique 2011