Politique belge

Le PS et Ecolo se sont émus mardi du refus de la ministre de la Santé publique Maggie De Block d'autoriser les plannings familiaux à délivrer la pilule contraceptive aux jeunes filles et aux femmes. Depuis décembre 2014, la Région wallonne fait appliquer strictement par les centres de planning familial la loi sur les médicaments, qui prévoit que ces médicaments ne peuvent être délivrés que par un médecin ou un pharmacien, sauf exceptions prévues par la loi. Deux propositions de loi visaient à inclure les centres de planning familial parmi les exceptions, mais la ministre de la Santé estime que "la distribution de médicaments ne fait pas partie des missions des centres de planning familial".

"Notre proposition de loi a été rejetée ce matin, en commission Santé (de la Chambre ndlr), sous prétexte que ces femmes n'ont qu'à aller en pharmacie, que les pilules ne se distribuent pas comme des bonbons et que la Flandre ne connaît pas ce problème", regrette la députée fédérale Ecolo Muriel Gerkens. "Comment comprendre ces motivations? Doit-on y voir une nouvelle fois la main des lobbies pharmaceutiques? Ou des motivations communautaires de la part de la N-VA notamment qui considère que seulement 1% des femmes de Flandre sont concernées et qu'il est dès lors inutile de changer la loi? Force est en tout cas de constater que les partis de la majorité, y compris le MR, se sont ralliés à ce refus."

Le groupe PS du Parlement de Wallonie dénonce pour sa part "un bond en arrière de 30 ans". "La seule solution consiste à ne pas pénaliser les centres de planning afin qu'ils puissent continuer à faire ce qu'ils font depuis 30 ans, distribuer des pilules contraceptives et du lendemain", souligne la députée wallonne Christie Morreale. "S'il est nécessaire d'introduire une modification dans l'arrêté pour régulariser la pratique, j'invite le gouvernement wallon à plaider avec force pour que cela se fasse au plus vite."

En Région wallonne, on estime à 30.000 le nombre de pilules contraceptives et à 5.000 le nombre de pilules du lendemain délivrées chaque année dans les plannings familiaux.


Ministres fédéral et wallon se renvoient la responsabilité

Il n'est pas nécessaire de changer la loi sur les médicaments pour permettre aux centres de planning familial de délivrer aussi les pilules contraceptives et du lendemain puisque le ministre wallon de la Santé Maxime Prévot a indiqué qu'il trouverait une solution au niveau régional, a indiqué mardi après-midi le cabinet de la ministre fédérale de la Santé publique Maggie De Block. Maxime Prévot se dit "très surpris" et rappelle qu'il demande une solution dans ce dossier depuis son entrée en fonction en 2014. Les deux ministres ont eu un échange de courrier il y a quelques semaines pour évoquer la problématique des centres de planning familial. Ceux-ci, financés par la Région wallonne, ont été sommés d'appliquer strictement la loi sur les médicaments, qui prévoit que les médicaments - et donc la pilule contraceptive et la pilule du lendemain - doivent être délivrés soit par un médecin, soit par un pharmacien, à quelques exceptions légales près.

Dans son courrier, la ministre de la Santé souligne que "la prescription de la pilule contraceptive par un médecin reste primordiale dans le cadre du suivi médical des patients" et que "la distribution de médicaments ne fait pas partie des missions des centres de planning familial". Elle souligne aussi que "l'accessibilité géographique des pharmaciens est assurée, étant donné leur répartition régionale" et rappelle qu'elle ne voit pas "en vertu de quelle base légale ces médicaments sont distribués par les centres de planning familial".

"Le ministre Prévot a répondu qu'il allait trouver une solution, c'est pourquoi il n'est pas nécessaire de modifier la loi sur les médicaments", a indiqué la porte-parole de la ministre à l'Agence Belga.

Le ministre wallon Maxime Prévot s'est dit "très surpris" de la réaction de Maggie De Block. Les pistes qu'il évoque dans son courrier, notamment le fait de fonctionner avec des "bons" à présenter à l'officine quand le médecin n'est pas présent au centre de planning familial pour délivrer la pilule, doivent être confirmées ou autorisées par le fédéral, souligne son cabinet. "Prescrire, cela reste de la compétence du fédéral", précise son cabinet. Celui-ci rappelle que le ministre a porté le dossier et demandé des solutions dès son entrée en fonction en 2014. "Et le sujet est régulièrement abordé lors des réunions de concertation", commente sa porte-parole. "Nous attendons désormais une réponse du fédéral."