Politique belge Une ASBL informatique de la province du Hainaut rémunérait grassement sa présidente et son vice-président.

Football panique dans le Hainaut… Si, avec Publifin, les Liégeois se sont distingués ces dernières semaines par leurs libertés prises avec la probité politique, les Hennuyers ne sont pas en reste. Explications. Le truc, à la Province du Hainaut, c’est la création d’ASBL destinées à gérer les missions provinciales. Au sein de l’institution hennuyère, on trouve en effet une quarantaine d’associations sans but lucratif, chapeautées par autant de conseils d’administration (CA) dans lesquels siègent les conseillers provinciaux.

Parmi ces associations dépendant de la Province, le "Centre d’informatique du Hainaut" détonne. En effet, située à Mons, c’était la seule ASBL dont les membres du CA étaient rémunérés. "Etaient" car, suite à l’éclatement du scandale des rémunérations indues de politiciens au sein des comités de secteur de Publifin, un vent de panique éthique a soufflé d’est en ouest en Wallonie.

200 euros par réunion des administrateurs

Vu le climat actuel, subitement, le 1er février dernier, les membres du CA ont décidé de ne plus être payés pour leurs réunions et de s’aligner sur le régime des autres ASBL. Les simples administrateurs n’y perdront pas grand-chose : un jeton de présence de 200 euros brut par réunion, à raison d’une à deux séances du conseil d’administration par an. Par contre, deux élus sont plus durement touchés par ce petit tour de vis dans la morale publique : il s’agit de la présidente du Centre d’informatique du Hainaut, Annie Taulet (PS), et du vice-président, Bernard Liébin (MR). Ces deux mandats sont attribués au PS et au MR car il s’agit des deux formations qui constituent la majorité provinciale.

Mais bref. Vu leurs attributions, Annie Taulet et Bernard Liébin touchaient… 18 000 euros brut par an de manière forfaitaire. Pour faire quoi ? Pour participer à 6 réunions du comité de direction de l’ASBL annuellement. On tourne quand même à une moyenne de 3 000 euros la séance… Même en cas d’absence, donc. Croustillant : dans le cas de Bernard Liébin, on constate même une augmentation en 2015 de sa rémunération forfaitaire. Il ne gagnait pas 18 000 euros auparavant et ses émoluments ont été alignés sur ceux de la présidente.

Mandats dérivés rémunérés

Il y a plus fâcheux. Ces mandats rentrent typiquement dans la pratique qui a été dénoncée ces dernières semaines : celle des mandats dérivés rémunérés. En effet, les huit membres du CA de l’ASBL, en ce compris la présidente et le vice-président, y siègent en raison de leur mandat initial de conseillers provinciaux.

La présidente, la socialiste Annie Taulet, est en outre membre de l’exécutif provincial (députée provinciale) en charge, notamment, de l’informatique. A ce titre, elle perçoit une rémunération de 5 500 euros nets par mois (rémunération et indemnités comprises), auxquels s’ajoutaient donc les 18 000 euros (brut) perçus grâce à son mandat dans l’ASBL. Dans les autres associations provinciales, les administrateurs viennent également de l’assemblée élue de l’institution mais, comme mentionné plus haut, ils siègent à titre gracieux.

Autre élément intéressant : les activités du Centre d’informatique du Hainaut (qui n’a même pas de site Web…) sont en réalité des activités qui auraient pu ou dû être gérées par l’administration provinciale elle-même. "Cette ASBL, c’est en fait le service informatique de la Province, explique une source proche du dossier. Elle a été créée en 1975 pour faire de l’appui informatique. Ses collaborateurs créent des logiciels, gèrent les fiches de paie des agents provinciaux, gèrent la protection antivirus du réseau de l’administration provinciale, donnent des formations…" D’ailleurs, le dirigeant de l’ASBL est le directeur général de la Direction générale des systèmes d’information (DGSI) de la Province. "L’ASBL a été créée afin de permettre juridiquement de capter des subsides de la Région wallonne, des subsides européens… qui n’auraient pas pu être obtenus par l’administration provinciale en tant que telle."

"On n’est pas chez Publifin, ici !"

Contactée vendredi, Annie Taulet, présidente de l’ASBL depuis 2007, reconnaît les faits. Elle souhaite toutefois nuancer les choses : "De 2007 à 2013, j’avais renoncé à ma rémunération au sein du Centre d’informatique du Hainaut, précise-t-elle. Le système de rémunérations a été décidé en 2004 et a été validé par les quatre partis : PS, CDH, MR et Ecolo. Mais lorsque, dans la foulée de Publifin, le PS a édicté ses 21 mesures de bonne gouvernance, nous avons décidé avec les administrateurs socialistes de supprimer les rémunérations. Un conseil d’administration et une assemblée générale extraordinaire ont été convoqués le 1er février dernier pour valider cela."

Pour la députée provinciale, malgré des similitudes évidentes, il ne faut pas comparer l’ASBL et l’affaire Publifin : "Je veux préciser qu’au comité de direction, il y a un réel travail. On n’est pas chez Publifin, ici! Je passe deux demi-journées par semaine à l’ASBL. Par ailleurs, le fait d’avoir créé une ASBL pour gérer l’informatique de la Province avait pour but de ne pas devoir passer par le privé. Cela permet d’économiser des millions d’euros chaque année."