Politique belge

Le vote est finalement intervenu ce mercredi peu avant 17 heures. Dans une salle bondée de parlementaires et d’observateurs aguerris, dans un climat on ne peut plus tendu. Il faut dire que la situation est inédite : mardi soir, les députés belges ont été invités par le Premier ministre à se prononcer sur le fameux pacte onusien sur les migrations. Faute d’accord au sein de son gouvernement, Charles Michel a en effet décidé d’exporter la problématique jusqu’aux bancs parlementaires.

Sans réelle surprise, la commission des relations extérieures de la Chambre a ainsi approuvé mercredi une proposition de résolution par laquelle le parlement belge exprime son soutien au pacte des Nations unies pour une "migration sûre, ordonnée et régulière". Le MR, le CD&V et l’Open VLD - partenaires de la "suédoise" - de même que les verts, le CDH et le SP.A - dans l’opposition - se sont accordés sur le texte d’une résolution soutenant le pacte et précisant, par amendement, la nécessité de se concerter avec d’autres pays européens… histoire de connaître la portée exacte de ce fameux pacte.

Un texte anticonstitutionnel, selon la N-VA

De son côté, la N-VA - quatrième partenaire (isolé) de la "suédoise" et qui ne fait donc pas partie de la majorité de rechange - a voté contre cette mouture amendée. "Avec la N-VA dans le gouvernement, la Belgique n’approuvera pas le pacte, ni à Marrakech, ni à New York", a averti le chef de groupe N-VA à la Chambre, Peter De Roover. Les nationalistes contestent la constitutionnalité d’une telle résolution, "la conduite des relations internationales appartenant au gouvernement et non au parlement", martèlent-ils. Pourraient-ils dès lors retirer leur confiance à l’équipe Michel ? Ou considérer que l’engagement porté par le Premier ministre à Marrakech n’a aucune valeur puisqu’il n’engage pas le gouvernement ? Et que se passera-t-il ensuite à New York le 19 décembre prochain lors de l’approbation du texte ?

Mercredi, les parlementaires ont consacré une large part de leur après-midi à débattre de cette question. "Un parlement a quand même le droit de prendre position sur le pacte. Il en a même le devoir !" a souligné le chef de groupe CD&V Servais Verherstraeten. "Charles Michel s’est avancé sur la scène internationale quant à la signature de ce pacte mondial. Aujourd’hui, nous ne faisons rien qui empiète sur les pouvoirs du gouvernement. Puisqu’on nous le demande, à nous de remplir notre part du contrat", a temporisé Patrick Dewael, le chef de groupe Open VLD.

Pour mémoire, la N-VA avait initialement donné son aval à la signature de ce texte onusien… puis a retourné sa veste. L’élément déclencheur serait le refus du chancelier autrichien, Sebastian Kurz, de soutenir le pacte.

L’abstention du Parti socialiste… pour un "soutien sans réserve"

Autre fait marquant de ce mercredi sous haute tension : la décision du Parti socialiste de s’abstenir quant au vote de la proposition de résolution amendée par les trois partenaires de majorité précités. Pour faire court, le PS aurait souhaité que le texte original, porté par le CDH, soit celui soumis au vote. Ce premier texte offrait selon lui un "soutien plein et entier" au pacte. En déposant et votant une motion appelant de son côté à se prononcer "sans réserve" sur le pacte migratoire, le PS a choisi de ne pas s’associer à cette majorité parlementaire alternative, la première depuis l’entrée en fonction du gouvernement Michel. "J’ai de sérieux doutes quant à ce projet d’amendement dès lors qu’il est porté par trois partenaires de majorité qui n’ont fait qu’avaler les couleuvres de la N-VA", a émis le chef de groupe PS à la Chambre Ahmed Laaouej. Enfin, Défi et le PTB, qui n’ont pas le droit de vote en commission, n’excluent pas d’apporter leur voix en séance plénière pour autant que la notion de "concertation avec les pays européens" leur soit également précisée.

Inutile de dire que le Premier ministre est attendu de pied ferme ce jeudi en séance plénière de la Chambre.