Politique belge

Les employeurs du secteur privé regardent avec méfiance la longue liste des métiers pénibles qui a été élaborée dans la fonction publique. 

Ils redoutent en effet que de nombreuses professions dans le privé soient également considérées de la sorte afin d'éviter toute discrimination avec le secteur public. "Si un agent de police est considéré comme un métier pénible, pourquoi un agent d'une société de surveillance n'y aurait dès lors pas droit également", s'interroge-t-on dans le cercle patronal.

La Fédération des entreprises de Belgique se montre déjà inquiète. "Le fait que de nombreuses fonctions publiques puissent être qualifiées de 'métier pénible' a un effet d'entraînement majeur sur le secteur privé. Il s'agit là certainement d'une préoccupation", reconnait-elle. Si le mouvement continue dans ce sens, cela pourrait réduire à néant les précédentes réformes, met-elle d'ailleurs en garde. La FEB va à présent examiner de près l'accord et la liste des professions "avec un œil sur les conséquences pour le secteur privé".

La fédération patronale flamande Unizo partage cette préoccupation. Elle privilégie de travailler avec des critères plutôt que de tels "larges" groupes de métiers comme dans le secteur public. "Nous ne pouvons nous engager à en faire de même dans le privé", estime-t-elle.

"Ce que nous craignions menace de devenir réalité: les critères convenus sont bien trop larges. C'est un précédent dangereux qui vide de sa substance la réforme nécessaire des pensions", s'exclame pour sa part le Voka, le réseau flamand des entreprises. Ce dernier demande dès lors au gouvernement fédéral de rejeter le compromis conclu entre le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine et les syndicats. "Nous appelons les syndicats à faire preuve de davantage de réalisme. Nous devons garantir des carrières viables plutôt que de mettre sans cesse l'accent sur les retraites. Alors seulement, nous pourrons garder des pensions payables, sans grosses différences entre employé, indépendant et fonctionnaire."


Voici les professions qui figurent dans la liste des "métiers pénibles"

La liste dévoilée ne concerne ici que les métiers de la fonction publique.

Les enseignants de l'enseignement maternel, primaire, secondaire, professionnel et spécial sont tous sur la liste des métiers pénibles dans la fonction publique, à en croire une liste diffusée jeudi par les syndicats. Ceux de l'enseignement supérieur n'en font par contre pas partie. La liste en question spécifie le degré de pénibilité sur une échelle allant de 1 à 4 .

Voici la liste:


Les syndicats de la Défense reçus vendredi au cabinet Bacquelaine

Les syndicats au sein de la Défense n'ont pas encore reçu le texte sur le consensus trouvé entre syndicats et autorités sur la question des métiers lourds au sein de la fonction publique. Une concertation avec le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine, figure au programme vendredi matin (9h), a indiqué Hans Le Jeune, du syndicat ACOD Defensie (CGSP Défense).

"Nous attendons encore les textes. Nous n'avons reçu aucune liste avec les métiers pénibles. Nous partons du principe que les militaires y figurent mais nous ne le savons pas encore", explique le responsable syndical.

Le dossier figurait jusqu'ici sur la table du comité A, l'organe de concertation le plus important pour les fonctionnaires.


"Seul le maternel doit être repris dans la liste des métiers pénibles"

Intégrer l'ensemble des enseignants dans la liste des métiers pénibles est une mauvaise idée, a commenté jeudi l'Open Vld. Seuls les profs du maternel devraient se retrouver sur cette liste, selon la députée flamande Ann Brusseel, spécialiste des questions d'enseignement auprès des libéraux flamands.

"Je suis fâchée que toutes les professions d'enseignant soient considérées comme pénibles. Il sera encore plus difficile d'attirer les jeunes vers ce métier. Le départ d'anciens enseignants pose déjà problème parce qu'il y a un manque de profils déterminés".

Si un emploi est considéré comme lourd à 59 ans, il l'est alors aussi à 49 ou 39 ans, fait valoir Mme Brusseel.

"Un bon directeur veille à ce que les leçons soient bien réparties. La carrière doit être plus diversifiée pour la rendre plus supportable. Un enseignant qui ne peut plus donner cours à temps plein doit par exemple pouvoir devenir mentor pour de jeunes collègues, s'occuper de l'accompagnement d'élèves ou enseigner à temps partiel en école normale. Il faut mettre fin à la carrière plane", selon elle.


La N-VA et l'Open Vld font peser une lourde hypothèque sur l'accord en comité A

Ni la N-VA ni l'Open Vld ne s'estiment liés par l'accord conclu au sein du comité A de la fonction publique sur la liste des fonctions pénibles, est-il apparu jeudi après-midi pendant les questions d'actualité à la Chambre. Le CD&V et le MR ont quant à eux exprimé leur soutien à cet accord. Le gouvernement doit se prononcer vendredi en comité ministériel restreint.

L'enchaînement devait être le suivant, a rappelé Vincent Van Quickenborne (Open Vld): un avis sur l'avant-projet de loi établissant les critères de pénibilité, et seulement ensuite la liste des fonctions pénibles. Or, à entendre le député, les syndicats ont brûlé les étapes.

Même son de cloche chez Jan Sporen (N-VA): la liste en question n'a jamais été discutée au sein du gouvernement et le mot "accord" utilisé par le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine, lui paraît pour le moins "bizarre" et "prématuré". Et le jugement est pour le moins négatif: selon le député, près de la moitié des fonctionnaires pourraient prétendre exercer une fonction pénible et dès lors partir plus tôt à la retraite si cette liste était approuvée.

A l'inverse, Sonja Becq (CD&V) a salué l'accord conclu et félicité le ministre ainsi que le Premier ministre, Charles Michel, qui préside le comité A. "La concertation sociale a fonctionné de manière effective", a-t-elle souligné.

"Le MR soutient pleinement cet accord", a dit de son côté David Clarinval (MR).

Les syndicats font de la liste négociée une condition de leur accord. "A ce stade, je ne veux pas me prononcer sur le contenu de ces listes vu qu'elles doivent encore être approuvées par le gouvernement. Le gouvernement a été cependant informé régulièrement de l'évolution des discussions en lien avec la liste", a expliqué M. Bacquelaine (MR), qui a parlé d'une "étape décisive dans le processus de négociation".

L'opposition a dénoncé des divergences au sein du gouvernement: "ceci n'est pas un accord", a lancé Georges Glikinet (Ecolo) tandis que Catherine Fonck (cdH) faisait remarquer que Charles Michel, en président le comité A, s'était engagé "dans le contenu de cet accord".

"Aujourd'hui, je suis inquiet vu les déclarations des uns et des autres. L'incertitude est totale", a souligné Fréderic Daerden (PS).

Des discussions ont lieu également dans le secteur privé. Une nouvelle réunion est prévue le 28 mai. M. Bacquelaine a assuré que les négociations dans le secteur privé et le secteur public seraient menées "en parallèle" car il entend "maintenir l'équité entre tous les travailleurs du pays".

Parmi les préoccupations exprimées par l'Open Vld et la N-VA, figure le respect du cadre budgétaire de la réforme. Les enveloppes sont toujours celles qui ont été décidées dans le cadre du budget 2017, a affirmé le ministre qui entend respecter les objectifs assignés. Le Bureau du Plan sera chargé d'analyser l'effet budgétaire à long terme.



La CSC-Enseignement "pas totalement satisfaite" du compromis

La CSC-Enseignement s'est montrée mitigée jeudi, au lendemain de l'accord intervenu entre les syndicats de la fonction publique et le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine sur la liste des métiers considérés comme pénibles. Selon la grille arrêtée, les enseignants du maternel, du professionnel et de l'enseignement spécialisé bénéficieront de deux critères de pénibilité, tandis que leurs collègues du primaire et du secondaire n'en auront qu'un seul.

"Nous ne sommes pas totalement satisfaits", réagit Eugène Ernst, le secrétaire général de la CSC-Enseignement, qui aurait espéré une meilleure prise en compte de certaines spécificités.

"Néanmoins, plus de 70% du personnel enseignant est repris dans les critères de pénibilité", souligne-t-il. "Cela permettra d'atténuer les mesures précédentes prises par le gouvernement" (telle que la fin de la bonification des années d'études par exemple, ndlr).

Interrogé sur la différence de traitement réservée aux enseignants du primaire et du secondaire par rapport à leurs collègues du maternel ou du professionnel, le patron de la CSC-Enseignement estime que "la rationalité d'un compromis est toujours difficile à estimer".

"Le compromis est souvent jugé satisfaisant par ceux qui en bénéficient, et insatisfaisant par ceux qui n'en bénéficient pas...".

Selon le plan sur la table, à carrière complète, les enseignants du maternel, du professionnel et de l'enseignement spécialisé pourront prendre leur pension avec quatre années d'avance, soit à partir de 60 ans.

Dans le primaire et le secondaire, les profs devront toutefois attendre d'avoir au moins entre 61 et 63 ans.

Le monde enseignant conserve toutefois son régime particulier de fins de carrière (appelé DPPR dans le jargon), négocié non avec le fédéral, mais avec la Fédération Wallonie-Bruxelles qui le finance.

Le mécanisme offre aux profs la possibilité, dès 55 ans, de travailler à 4/5e temps, tiers-temps voire à mi-temps. Ils peuvent même bénéficier d'une DPPR à plein temps à partir de 58 ans.

Le régime fait toutefois partie d'un accord renégocié tous les deux ans entre les syndicats et le gouvernement de la Fédération.