Reynders reçoit carte blanche

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Politique belge

Un rayon de soleil après une longue et glaciale période de brouillard politique ? Ne tombons pas dans un optimisme béat mais notons, tout de même, la rupture radicale confirmée hier par le Palais royal. Albert II a confié à Didier Reynders, en tant que président du MR, une mission d’information. Objectif : déterminer si un accord institutionnel est possible alors que le gouvernement sortant d’Yves Leterme est chargé de confectionner le budget 2011et de veiller à l’application de l’accord interprofessionnel.

Rappel : les libéraux francophones étaient, à leur corps défendant, exclus de toute discussion depuis plus de sept mois. Alors que le MR est en pleine phase de transition présidentielle, puisque Charles Michel doit prendre la tête du parti le 14 février prochain, c’est Didier Reynders qui a été choisi après moult contacts entre différents partis et un arbitrage entre plusieurs options. Mais penchons-nous sur le contour donné à la mission d’information confiée au vice-Premier MR.

C’est une carte blanche qu’il s’est vu octroyer par le Roi pour tenter de dénouer le différend communautaire. Ce faisant, dessinera-t-il une ébauche de coalition gouvernementale ? C’est sans doute la volonté des nationalistes flamands, mais il n’en est nullement question à ce stade. Nul doute non plus que Didier Reynders va, dans un premier temps, consulter large. Il travaillera en étroite collaboration avec le président de la N-VA Bart De Wever, mais aussi avec Elio Di Rupo. Le vice-Premier MR et le président du PS se sont en effet discrètement rencontrés lundi, juste après que Di Rupo eut déjeuné avec Bart De Wever. C’est donc une sorte de triumvirat qui ne dit pas son nom qui est désormais en place. Les nationalistes flamands veulent coûte que coûte que Didier Reynders réussisse sa mission - De Wever n’a-t-il pas fait des pieds et des mains depuis quatre mois pour que les libéraux puissent participer aux négociations ? D’un autre côté, le Parti socialiste est prêt à avancer très loin dans la responsabilisation des entités fédérées et semble avoir changé de cap maintenant que l’ouverture aux libéraux est effective. Le positionnement de plusieurs responsables socialistes francophones laisse pressentir que le PS veut prendre le leadership d’une révolution copernicienne. A confirmer évidemment. D’autant qu’au PS, le projet d’Elio Di Rupo en tant que préformateur n’a pas encore été jeté au panier. Le PS n’a pas non plus rangé au placard ses lignes rouges sur la sécurité sociale et la solidarité fédérale. On ne peut évidemment s’empêcher de penser que le recours aux libéraux permettra également de mouiller le MR avant d’éventuelles élections.

Pour le moment, tous les francophones attendent de connaître la méthode proposée par le nouvel informateur. Le "d’abord voir ce qu’on peut encore faire ensemble" claironné depuis des mois par le MR est assimilé, tant au nord qu’au sud, à l’activation de l’article 35 de la Constitution qui ne laisse que les compétences résiduelles au fédéral, fait-on valoir côté francophone. Quoiqu’il arrive, la mission première de Didier Reynders sera de trouver une issue au dossier BHV. Il s’emploiera à vérifier "l’existence d’une volonté politique" de parvenir à un accord institutionnel, disait-il hier en conférence de presse. BHV fera figure de test à cet égard alors que se profile au Parlement le dépôt de propositions visant à la scission de l’arrondissement.

C’est à cause de l’urgence avec laquelle il faudra régler le problème bruxellois que le FDF devrait se transformer en épine dans le pied de Didier Reynders. Olivier Maingain ne peut pas ne pas approuver sa nomination. Mais il n’y a aucune raison qu’il tienne un discours plus tiède sur BHV... Le président du FDF ne change d’ailleurs pas son discours d’un iota : pas question de régler BHV en dehors de toute la problématique institutionnelle, et pas question de parler du refinancement de Bruxelles sans évoquer la révision de la loi de financement. Cette position pourrait rendre la mission de Reynders un peu plus compliquée même si De Wever a promis de tout faire pour que son poulain réussisse. Tout, oui. Mais de là à accepter un élargissement de Bruxelles aux six communes à facilités Il y a un pas que jamais aucun Flamand ne pourra franchir. "On se demande si Didier Reynders va revenir avec sa proposition d’élargir Bruxelles aux deux Brabant", ironise d’ailleurs un francophone.

Dans la même veine, il faut relever les déclarations télévisées de Wouter Beke, président du CD&V. Hier soir, il attendait de connaître les objectifs poursuivis par les libéraux, rappelant les déclarations relatives à l’élargissement de Bruxelles proférées à l’occasion de la campagne interne au MR.

Pour l’heure, Didier Reynders dispose de 15 jours, le Roi attendant un rapport le 16 février. C’est court mais suffisant pour voir si un accord est possible au moins sur BHV, indique une source francophone. Dès hier, M.Reynders a profilé le déroulement des jours à venir. Il consultera d’abord Johan Vande Lanotte pour prendre connaissance de sa fameuse note et des positions exprimées par les différents partis. Ensuite, il prendra langue avec Bart De Wever et Elio Di Rupo, les deux vainqueurs des élections. Didier Reynders devrait travailler en deux temps. Il s’appliquera d’abord à mettre en place un groupe de travail sur la réforme de l’Etat, où MR et PS seraient les moteurs francophones et s’engageraient dans un laps de temps très long - on parle de quatre ans - à avancer extrêmement loin dans la responsabilisation des entités fédérées. A côté de cela, le dossier bruxellois est appelé à être traité rapidement.

Outre la circonspection affichée par le CD&V, l’ensemble des partis ont officiellement soutenu la mission de Didier Reynders. Le PS continuera à se montrer constructif "dans le respect des accords pris au niveau des gouvernements des entités fédérées", dit le PS, confirmant sa volonté de ne pas vouloir que s’installe l’instabilité politique dans les majorités régionales et coupant court à l’idée de changer les équipes au profit du MR. Ce dernier ne le demande pas à ce stade. Le CDH se veut également constructif et Ecolo, toujours en tandem avec Groen !, se dit disponible. L’Open VLD espère que cette mission constituera un premier pas vers une solution mais rappelle qu’un accord de gouvernement est, à ses yeux, impensable sans un accord communautaire préalable.

De son côté, la N-VA estime logique la désignation de Didier Reynders et apportera son appui aux mesures qu’entreprendra Yves Leterme au niveau budgétaire. Tous les partis se sont par ailleurs félicités des latitudes (totalement inédites) laissées à un gouvernement en affaires courantes pour relever le défi budgétaire, les francophones appelant tout de même à la mise en place rapide d’un gouvernement de plein exercice.

En attendant, les spéculations vont bon train quant à une coalition future. Dans l’hypothèse où les choses avancent bien, il semble bien qu’une majorité pourrait se réunir autour d’un gouvernement associant N-VA, CD&V Open VLD au Nord, PS, MR et CDH au Sud. A moins que le PS n’impose le SP.A, ce que la N-VA ne souhaite pas, sauf à provoquer des problèmes au sein du gouvernement flamand. Le MR n’est pas encore en mesure d’imposer son arrivée dans les Régions mais cette attitude pourrait changer s’il devait intégrer un gouvernement.

Que se passera-t-il dans quinze jours ? Trois possibilités :

- soit on prolonge la mission de Didier Reynders, pour une période alors non limitée ;

- soit, si les choses patinent, on nomme quelqu’un d’autre pour prendre le relais ;

- soit, hypothèse optimiste, on nomme un formateur.

Dans ce dernier cas, il y a de fortes chances que le PS reprenne la main, pouvant difficilement se voir voler la victoire, précisément comme Didier Reynders en 2007.

Alors, cadeau empoisonné pour le vice-Premier MR que cette mission royale ? Il ne s’agit pour l’heure que d’informer. Et on ne rate jamais une mission d’information, fait-on remarquer dans le milieu politique. A priori, Reynders n’a pas grand-chose à perdre.M. Co., V.d.W. et M. Bu.

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