Politique belge

Chargé par le Roi, il y a 15 jours, d’une mission d’information, Didier Reynders verra sa tâche prolongée d’une, voire de deux semaines. Il pourrait même revêtir les habits de négociateur. Mais pas plus Si la négociation devait prendre corps, c’est Elio Di Rupo qui tenterait de la faire aboutir.

Celui qui a confié, lundi, les clés du MR à Charles Michel présentera donc bien un rapport au chef de l’Etat ce mercredi 16 février. Mais ce ne sera pas un rapport final. Car la mission de Didier Reynders n’est pas terminée. S’il a bien esquissé les contours de la future table de négociation, en désignant les partis qui pourraient participer à la relance des pourparlers, il n’a pas encore pu répondre aux questions qui constituaient le cœur de sa mission, à savoir BHV, le refinancement de Bruxelles et les transferts de compétences.

Avant de se rendre au Palais, le libéral francophone doit avoir une réunion de concertation avec les présidents de la N-VA et du PS ce mardi afin de lisser les détails du plan de vol. En outre, il doit également voir le président du CD&V Wouter Beke - un parti tétanisé à l’idée de chuter encore plus bas dans les sondages d’intentions de vote.

Contrairement aux apparences, la mission de Didier Reynders n’est pas de tout repos. Car on a bien senti, ce week- end, que la manière dont il conduisait son travail avait passablement agacé plusieurs partis francophones. Samedi, Didier Reynders avait, en effet, estimé que la négociation pouvait reprendre à partir de la coalition actuelle (CD&V, VLD, MR, PS et CDH), enrichie de la N-VA et de tout autre parti qui le souhaiterait. Didier Reynders répondait ainsi à la demande de la N-VA et de l’Open VLD qui voulaient écarter les socialistes flamands.

Mais tous les francophones ne partagent pas cette manière de voir les choses. "L’heure n’est pas aux exclusives, encore moins à l’égard de ceux qui ont toujours été partie prenante des solutions et non des problèmes", a noté le PS, lundi matin. Elio Di Rupo entend donc bien maintenir le SP.A à bord.

De plus, les socialistes n’ont pas manqué de rappeler que la mission de l’informateur était de dégager des voies de solution concernant les difficultés institutionnelles. Et sur ce point, note un responsable PS, il n’y a toujours rien à l’horizon.

Les socialistes francophones plaident pour un processus en deux étapes. La première étape devrait au moins consister à trouver une solution définitive pour BHV, à garantir le refinancement de Bruxelles et à régler d’autres éléments institutionnels qui font consensus. La deuxième étape devrait permettre de réformer le pays en profondeur par un transfert important de compétences vers les 3 Régions, tout en assurant la viabilité à long terme de l’Etat fédéral et la solidarité entre tous les Belges. Notons cependant que les partis flamands s’opposent toujours à cette manière de voir. Pour eux, il faut que la négociation institutionnelle globale précède toute installation d’un gouvernement de plein exercice.

Ces précisions du PS révèlent, en fait, de profondes divergences dans le camp francophone. Pour le PS, le CDH et Ecolo, il est essentiel de parler du contenu avant de désigner les partis qui viendront à la table. Ici et là, on estime que Didier Reynders, en habile négociateur, a privilégié la composition de la future équipe de négociation contrairement à ce qui lui avait été demandé pour éviter de mettre à l’avant-plan les difficultés qu’il rencontrera dans son parti et en particulier avec le FDF lorsqu’il ouvrira le dossier BHV.

En procédant de la sorte, a-t-il ainsi, comme le suggèrent certains Ecolos (voir ci-dessous), outrepassé le cadre de sa mission ? Nullement. Il apparaît que le Roi était parfaitement informé de l’orientation prise par Didier Reynders puisque celui-ci s’est entretenu - par l’entremise de son chef de cabinet - samedi après-midi avec l’informateur. "Le Roi, contrairement à ce que certains peuvent penser, dit-on dans l’entourage de l’informateur, sait utiliser un téléphone..."

Quoi qu’il en soit, les autres partis francophones ne sont pas d’accord avec le choix des partenaires, proposé par le libéral. Car si l’on devait suivre la proposition de Didier Reynders, à savoir unir en Flandre le CD&V, l’Open VLD et la N-VA, la tendance séparatiste et confédéraliste serait dominante. Le PS souhaite donc que le SP.A reste à bord pour adoucir cette tendance et, bien entendu, pour faire en sorte que la famille socialiste reste la principale de la future majorité et soit celle qui "livre" le Premier ministre.

Cela dit, il est peu probable que tous les partis montent à bord : les 7 anciens, plus les libéraux du Nord et du Sud, soit neuf partis au total. Puisque le SP.A sera de la partie, condition sine qua non du PS, il est probable qu’à terme, ce sont les écologistes francophones et flamands qui feront les frais de l’opération. "Il est impensable d’avancer avec neuf partis", martèle un négociateur. Mais on est encore bien loin de tout cela

M. Bu. et V.d.W.