S. Vanackere: "faire preuve d’un peu de modestie"

Entretien : V.d.W. Publié le - Mis à jour le

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Politique belge

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Steven Vanackere (CD&V) ne partage pas la sentence de Paul Magnette à l’égard de la Commission européenne.

Qu’est ce qui vous dérange dans les propos de M. Magnette ?

On a tous intérêt à investir dans un dialogue adulte et sérieux avec la Commission européenne. Cette discipline budgétaire indispensable pour garder l’euro, les Belges aussi l’ont voulue. Pour vaincre la crise économique de l’Union européenne, il faut une action commune des pays. De temps en temps, cela implique que les membres de la Commission posent à certains Etats des questions critiques. Il faut voir cela comme un encouragement à mieux faire. Il faut répondre à ces questions de la Commission plutôt que de se montrer irrité par les questions. Cela dit, les instances européennes n’ont pas toujours raison notamment dans l’évaluation de nos chiffres. C’est bien la raison pour laquelle il faut poursuivre le dialogue avec eux. Nous n’avons aucun intérêt à décrédibiliser le partenaire qui peut nous aider.

Paul Magnette estime que les recommandations européennes ne doivent pas être contraignantes. Les objectifs peuvent être proposés aux Etats mais les moyens doivent être librement choisis… D’accord ?

Le dernier débat que nous avons eu avec Olli Rehn n’était certainement pas paternaliste de sa part nous contraignant à faire ceci ou cela. Il nous a plutôt dit : " Etes-vous sûr d’atteindre votre objectif ? " Cette question me semble justifiée. Nous lui avons expliqué, preuves à l’appui, que, par exemple, les mesures en matière de fraude fiscale n’étaient pas légères. J’ajoute que la conclusion de notre débat avec la Commission européenne a été finalement favorable à la Belgique. On semble l’oublier. On a passé un examen, on a un peu transpiré. Mais on a réussi à convaincre l’Union européenne qu’on est sur la bonne voie.

Paul Magnette affirme que la Commission prépare quinze ans de récession…

Chaque homme et femme politique a le droit de s’exprimer. Au sein des partis socialistes, il y a une analyse critique de ce qui est proposé par l’Union européenne. J’ai évidemment beaucoup de respect pour la liberté de parole. Mais en tant que ministre des Finances, j’essaye de laisser les discours idéologiques à mon président de parti.

Vous n’avez donc aucune critique à formuler à l’égard de la Commission… ?

Je n’ai évidemment pas dit cela. Je trouve par exemple que l’Union européenne doit plus investir dans son action et son discours par rapport à la croissance. Elle devrait réfléchir à la manière dont elle peut mobiliser des fonds pour augmenter la croissance. Mais dans ce débat, il y a deux questions : l’une porte sur le budget, l’autre sur "Europe quo vadis". Il ne faut pas mélanger les deux problématiques Je suis prêt à avoir ce deuxième débat, mais pas maintenant.

La sortie de Paul Magnette vous paraît électoraliste, voire politicienne ?

Je ne commente pas l’attitude d’un collègue. J’accepte que Paul Magnette mette en garde et dise qu’il ne souhaite pas que l’Europe se limite à une approche financière, budgétaire. On ne peut pas imposer l’austérité sans donner de l’espoir. Les Belges sont prêts à faire les sacrifices nécessaires à condition qu’on leur donne un certain espoir, de l’oxygène. Paul Magnette réclame un peu plus de modestie de la part de la Commission. Moi je pense que tout le monde doit faire preuve de modestie

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