Politique belge

Dans les rangs MR, ils ont été nombreux à réagir aux propos du socialiste Rudi Vervoort, qui a asséné une charge particulièrement violente mercredi contre la volonté du gouvernement fédéral de déchoir de la nationalité belge les binationaux condamnés pour des faits de terrorisme. Dans L'Echo, le ministre-président bruxellois a comparé cette mesure au régime nazi.

Des propos qui ont fait bondir dans les rangs du MR.

Le Premier ministre Charles Michel a condamné ces déclarations. "Ce sont des propos idiots et choquants. Nous étions hier avec le Roi et la Reine à Auschwitz pour la commémoration de la libération des camps. La comparaison entre des juifs pourchassés et des terroristes condamnés est indigne", a-t-il déclaré.

Frédéric Cauderlier, porte-parole du Premier ministre, s'est dit "en colère" et a commenté l'affaire sur Facebook, mais sans jamais citer le nom de Rudi Vervoort. "Le jour des commémorations émouvantes des 70 ans de la libération d'Auschwitz -Birkenau, un homme 'politique' belge juge subtil de comparer la déchéance de nationalité des terroristes condamnés actuels avec celle des Juifs allemands sous le troisième Reich."

Pour Frédéric Cauderlier, qui évoque des "déclarations écœurantes", vouloir "se faire un coup de pub là-dessus, c'est abject et... nul."

Interrogé sur La Première, le vice-Premier ministre MR Didier Reynders a jugé la sortie de M. Vervoort "indigne" et affirmé avoir d'autres préoccupations que l'avis de l'un ou l'autre socialiste.

Il rappelle que la déchéance de nationalité est débattue dans d'autres pays d'Europe comme en France, où la mesure peut être décidée par un magistrat. Si l'on ne fait pas la différence entre le régime nazi et la lutte contre le terrorisme, l'on risque d'être confronté à un malaise, ajoute-t-il.

Denis Ducarme, chef de groupe MR à la Chambre, a également commenté l'affaire, déplorant de tels propos au lendemain du 70e anniversaire de la libération d'Auschwitz.

Sur Bel RTL, dont il était l'invité ce mercredi matin, Vincent De Wolf (bourgmestre de la Commune d’Etterbeek et chef de groupe MR au parlement bruxellois) a dénoncé un "dérapage abject et scandaleux" du ministre-président Rudi Vervoort, dont les propos "quittent le champ normal du débat démocratique". Il y voit également une démarche concertée du PS.

Un peu plus tard, Vincent De Wolf qu'il avait convoqué "en urgence" une réunion des députés libéraux bruxellois. Il a indiqué sur Twitter avoir déposé une motion appelant le Parlement à condamner Rudi Vervoort.

"Di Rupo n'a plus la maîtrise de ses troupes"

Pour Olivier Destrebecq, député wallon MR, "lorsque l’on franchit la ligne rouge de la sorte et que 24h plus tard, un autre fait de même ; c’est qu’aucun appel au calme n’a été envoyé ou que le message n’a pas été entendu. Soit Di Rupo est accaparé pour colmater les brèches de Mons 2015 ; soit, comme les rumeurs le laissent entendre, il n’a plus la maîtrise sur les cadres de son parti et est trop contesté que pour pouvoir réagir efficacement. (...) Ces dérives doivent cesser rapidement sous peine de voir surgir d’irrémédiables dégâts et de porter atteinte au dialogue entre l’Etat fédéral et les Entités fédérées."



D'autres membres MR ont également réagi via les réseaux sociaux.






Les autres partis critiquent aussi

Des réactions sur Twitter émanent aussi d'autres formations politiques.

Catherine Fonck, la chef de groupe cdH à la Chambre, regrette que ce n'est "pas comme ça qu'on va faire avancer le schmilblick!"


L'attaché de presse d'Ecolo Nicolas Parent regrette que "le débat politique ne touche plus le fond mais creuse le trou de la bêtise".



Le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon (N-VA), et le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA), ont également qualifié ces propos d'"indignes". "Comparer la communauté juive et les combattants syriens, je trouve cela déplacé. Et 70 ans après Auschwitz, je pense qu'on ne peut pas faire ça", a souligné M. Jambon.

La députée Vanessa Matz (cdH) a tenu le même discours. "Quand on occupe une telle fonction, c'est indigne de faire ce genre d'amalgame, au lendemain de la commémoration que nous avons connue", a-t-elle dit. La parlementaire s'étonne en outre de l'attitude du mandataire socialiste. Une loi votée en 2012, y compris par le PS, laisse déjà au juge le pouvoir de retirer la nationalité belge à une personne condamnée pour certains faits, dont les actes terroristes. La disposition ne vise toutefois pas les personnes nées en Belgique, au contraire du projet du gouvernement, ou du moins de ce qui en est annoncé.


Rudy Demotte se distancie des propos de Vervoort

Le ministre président de la fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, a explicitement pris ses distances avec les propos de son homologue Rudi Vervoort ce mercredi midi sur Télé Bruxelles.

"Il y a des propos plus subtils et par les temps qui courent on doit plutôt chercher l'unité. Ces mots ne sont pas adéquats. A titre personnel je n'aurai pas utilisé cette métaphore" a-t-il commenté.

La présidente de la fédération bruxelloise du PS Laurette Onkelinx a tenu à rappeler que le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort était connu pour "ses prises de positions fermes contre le racisme et l'antisémitisme et pour le vivre ensemble". Mme Onkelinx a renvoyé au communiqué de Rudi Vervoort "qui remet bien les choses au clair". 


Des organisations juives condamnent les propos du ministre-président bruxellois

Joël Rubinfeld, président de la Ligue Belge contre l'Antisémitisme (LBCA) déclare à LaLibre.be: "Après le "Je suis Charlie, je suis Juif, je suis Palestinien" du président du PS Elio Di Rupo et après le dérapage de Philippe Moureaux sur Maghreb TV, nous avons maintenant droit aux propos inqualifiables d'une autre personnalité socialiste, pourtant d'ordinaire mesurée. Cela démontre à mon sens qu'il y a un problème bien réel au sein de ce parti dès lors que la "question juive" est sur la table. Il est temps que ceux qui, au PS, jouissent encore d'une certaine crédibilité sur la question reprennent la main, condamnent sans attendre l'analogie détestable de Rudi Vervoort et s'assurent que la lutte contre l'antisémitisme redevienne autre chose qu'un slogan creux boulevard de l'Empereur."

Deux organisations juives de Belgique ont également condamné mercredi les propos du ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) sur la déchéance de nationalité. Le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) juge ces propos "indignes et scandaleux", au lendemain de la célébration des 70 ans de la libération des camps d'Auschwitz-Birkenau.

"Comparer une mesure destinée à combattre des djihadistes qui se déclarent ennemis de l'Occident, aux mesures prises par le gouvernement de Vichy à l'encontre des juifs est insupportable", estime le président du CCOJB Maurice Sosnowski. Pour lui, "cela laisse croire que les Juifs persécutés durant la deuxième guerre mondiale étaient eux aussi des ennemis de l'Occident". Le CCOJB dit attendre du PS "une réaction à la mesure de la confusion historique et de l'insulte lancée au peuple juif et à l'Humanité".

Pour le Centre communautaire laïc juif (CCLJ), Rudi Vervoort confond lutte contre le terrorisme et nazisme. "Les Juifs, victimes de la barbarie nazie et de leurs collaborateurs zélés, étaient tous innocents. Contrairement aux criminels djihadistes, les Juifs étaient exclus et exterminés parce que Juifs", souligne le CCLJ. "Les Juifs n'ont pas demandé à Rudi Vervoort que la mémoire de la Shoah soit instrumentalisée dans ce jeu politicien entre la gauche et la droite. Ils lui demandent en revanche de veiller à ce que cette mémoire soit sanctuarisée et à l'abri de ce type d'incidents", ajoute le CCLJ.


De son côté, M. Vervoort a précisé que son intention était de "rappeler des faits et de me référer à l'Histoire pour soulever une question et ouvrir le débat mais en aucun cas de blesser ou de heurter qui que ce soit". "Si c'est le cas j'en suis désolé", a-t-il ajouté.