Politique belge

Le CD&V, très en pointe dans le dossier BHV, a été relativement absent des débats budgétaires. Wouter Beke, le président du CD&V, a laissé son homologue de l’Open VLD, Alexander De Croo, batailler ferme avec le PS pour obtenir des avancées réclamées par tous les partis flamands : dégressivité des allocations de chômage, allongement du stage d’attente, restriction de l’accès aux prépensions. Les rôles vont à nouveau s’inverser dans les prochains jours. Lorsque l’on parlera de la répartition des influences au sein de la future équipe, Wouter Beke pourrait demander que la future équipe gouvernementale ne comporte que 14 ministres et pas 15.

Austérité bien ordonnée commence par soi-même L’adage est parfait. Sauf qu’ici, derrière ce souci de rigueur, se cache en fait un argument communautaire. Les partis flamands ne veulent pas que dans le prochain gouvernement, il y ait plus de ministres francophones que de ministres flamands. Pourquoi ? L’argument est arithmétique, il y a tout de même plus de Flamands que de francophones dans le pays, il est donc inconcevable que le gouvernement fédéral soit dominé par les francophones

La Constitution précise que le Conseil des ministres compte au maximum quinze membres. Le Premier ministre éventuellement excepté, le Conseil des ministres compte autant de ministres d’expression française que d’expression néerlandaise. Tout le débat porte sur le terme "éventuellement".

Les partis flamands, pour justifier le fait que le premier gouvernement d’Elio Di Rupo ne devrait comporter que 14 membres, évoquent le passé. Dans les derniers gouvernements dirigés par des francophones, le Premier ministre était compté parmi les francophones. Et de citer deux cas : Edmond Leburton (PS) et Paul Vandenboyenants (PSC). C’est bien la preuve, soutiennent-ils, que lorsqu’un francophone prend les manettes, il est compté parmi les siens.

Les partis du Sud du pays font une analyse totalement différente. La voici.

Edmond Leburton (73-74) était en fait un Premier ministre "de substitution" suite à la démission du gouvernement Eyskens V. Ce gouvernement Leburton n’a donc pas été constitué après de nouvelles élections qui auraient rebattu les cartes politiques, comme ce fut le cas en 2010. De plus, les partis francophones composant la majorité gouvernementale d’Edmond Leburton comptaient nettement moins de députés (63) que les partis flamands de la majorité (96) sur un total de 212 députés à l’époque. Durant cette législature-là, la famille socialiste était la deuxième, aujourd’hui, elle est la première. De plus, Leburton n’avait pas négocié une nouvelle réforme de l’Etat. Di Rupo, oui.

La situation du gouvernement Vandenboyenants (78-79) est encore plus particulière : il avait succédé au gouvernement Tindemans IV qui avait démissionné suite à l’échec du Pacte d’Egmont. VDB a donc juste été mis en place pendant deux mois, le temps de convoquer des élections anticipées. Il fut aussi un Premier ministre de substitution.

Dernière précision : deux Premiers ministres flamands étaient "sexués" sur le quota flamand, mais de manière transitoire : Wilfried Martens, dans le gouvernement Martens II (suite au départ des FDF) et Guy Verhofstadt, dans le gouvernement intérimaire Verhofstadt III.

Donc, interrogent les francophones, un Premier ministre francophone, quels que soient son parcours et le poids de son parti ou de sa famille, ne pourrait jamais, parce qu’il est francophone, être constitutionnellement asexué et au-dessus de la mêlée ? A contrario, un néerlandophone revêtirait par principe les caractéristiques nécessaires à être constitutionnellement asexué, parce qu’il est flamand ? Rude débat.