Politique belge

Ne cherchez plus : on a - peut-être - trouvé celui qui succédera à l’informateur Didier Reynders. Trêve de plaisanterie, dans un essai clair et pédagogique, l’ex-journaliste politique, et actuel chroniqueur, Charles Bricman dresse un portrait de la Belgique, de son histoire, des crises politiques qui l’ont assaillie depuis sa naissance. Et de son avenir. Car il y croit, Charles Bricman, en l’avenir de la Belgique : "Je ne pense pas que la Belgique puisse disparaître dans un avenir prévisible", écrit-il.

Serpentant entre souvenirs personnels, anecdotes et faits historiques, Bricman parvient à ne pas assommer un lecteur plongé dans les méandres de la crise politico-institutionnelle depuis un an, et gavé d’informations en tous genres. On revient sur les origines des revendications flamandes, sur les causes du déclin wallon. Tiens, c’est joliment écrit : "C’est en 1966 que le revenu par tête de la Flandre dépasse pour la première fois celui de la Wallonie et en 1967 qu’on enregistra pour la première fois plus de chômeurs en Wallonie qu’en pays flamand. Depuis, l’écart s’est creusé. Les deux régions se sont ainsi croisées sur la route de la prospérité économique, comme des juillettistes et des aoûtiens sur celle des vacances."

On évoque les bases de la première réforme de l’Etat jetées en 1970 par Achille Van Acker. Et on tord le cou à quelques canards en vogue - "la réalité belge , explique Bricman, est plus nuancée que l’émergence d’une Flandre ingrate et égoïste bousculant la Wallonie" .

Le Plan B ? Balivernes, écrit Bricman. "Sur le plan du droit international, les Flamands, même les plus extrêmes, ne se couperaient jamais du précieux bilan de la SA Belgique. La Belgique sans la Flandre, la Belgique résiduelle, à partir de la Wallonie qui aurait annexé Bruxelles par un tour de magie du ministre-Président wallobruxien Harry Potter, ce n’est qu’un conte de fées pour enfants naïfs..."

Alors, comment sortir du bourbier, docteur Bricman ? "Pour en sortir, il faudrait des visionnaires. Nos politiciens ne sont pas tous des benêts et il en est même qui laissèrent une trace. Comme Spaak. Mais aujourd’hui nous sommes en panne. [ ] Il faut changer de méthode , assène l’auteur . La Belgique est condamnée à survivre, comme deux siamois qui n’ont qu’un cœur à leur disposition : Bruxelles. Il est temps de s’interroger, non pas sur ce que l’Etat fédéral doit encore abandonner aux entités fédérées, mais sur ce que celles-ci souhaitent gérer en commun, dans le cadre d’un Etat fédéral. Une révolution copernicienne ? Mais le veut-on vraiment ?"

Charles Bricman : "Comment peut-on être Belge ?", 123 pages, Flammarion.