Politique belge

Après les explications fournies vendredi soir par le secrétaire d'État Theo Francken (N-VA) dans le dossier d'expulsions de ressortissants soudanais, le PS, Ecolo-Groen et le cdH ont réclamé samedi matin de nouvelles explications du Premier ministre Charles Michel sur la connaissance qu'il avait du dossier. "Seul le Premier ministre peut tirer cette situation au clair. Il doit préciser aujourd'hui ce qu'il savait et ce qu'il ignorait du dossier soudanais", affirme le groupe Ecolo-Groen à la Chambre, dans un communiqué.

La cheffe de groupe cdH, Catherine Fonck, veut elle aussi de nouvelles explications de M. Michel au parlement. "Qui n'a pas dit la vérité? ", demande-t-elle sur Twitter, constatant que le Premier ministre et le MR "couvrent" M. Francken, au contraire du CD&V et de l'Open Vld. PS, sp.a, cdH et DéFI ont déposé une motion réclamant la démission de M. Francken, soulignent les humanistes.

Le chef de groupe PS Ahmed Laaouej, lui, a écrit samedi matin au président de la Chambre Siegfried Bracke (N-VA) et au président de la commission de l'Intérieur Brecht Vermeulen (N-VA) pour qu'ils invitent "au plus tôt" M. Michel à venir s'expliquer, a-t-on appris auprès du groupe PS.

Les "mensonges" de M. Francken mettent le Premier ministre en danger, affirment les socialistes, qui pointent aussi du doigt l'attitude du MR, accusé d'avoir minimisé les faits vendredi en commission de l'Intérieur.

Les Verts relèvent que le CD&V "reconnaît que Theo Francken a retenu des informations". "Si le Premier ministre ne tire pas cela rapidement au clair, le problème Francken deviendra un problème Michel", estime lui aussi le député Kristof Calvo. Ecolo-Groen rappelle que le dossier porte sur une question de droits de l'homme. "Coopérer avec le régime (du président soudanais) Omar el-Béchir, c'est aller un pont trop loin".

M. Francken est fragilisé politiquement depuis trois jours par des accusations de mauvais traitements voire de tortures qu'auraient subis des Soudanais rapatriés à Karthoum depuis la Belgique, à la suite d'une mission d'identification controversée des migrants, menée à Bruxelles par des officiels soudanais à l'invitation du secrétaire d'État N-VA. Une enquête a été ordonnée pour évaluer le fondement des témoignages.

Dans ce dossier, le secrétaire d'Etat a en outre qualifié d'absurdes des propos du Premier ministre qui venait d'annoncer un moratoire sur les rapatriements de ressortissants soudanais. Il s'est vu contraint de présenter des excuses à M. Michel. Il a aussi reconnu avoir tu au Premier ministre l'existence d'au moins une expulsion programmée en janvier, apprise tardivement et qu'il a fait annuler.

M. Francken a également été accusé par l'opposition d'avoir menti en indiquant que les expulsions vers le Soudan s'exerçaient en collaboration avec l'ONU et l'Organisation internationale pour les Migrations (OIM), ce qu'ont démenti les deux institutions. Le secrétaire d'État affirme que sa politique était menée dans le cadre général des Nations unies, les personnes expulsées bénéficiant d'un document avec un numéro de téléphone d'un correspondant de l'OIM, organisation de l'ONU.