Politique belge

Au MR d’Ixelles, le cas d’Alain Destexhe a été réglé dans le plus grand secret il y a un an : il ne pourra pas se présenter aux élections communales en 2018. Les libéraux ne veulent plus de ce Liégeois d’origine, ancien secrétaire général de Médecins sans frontières (1991-1995). Ils se sentent constamment mis en porte-à-faux par ses "dérapages contrôlés" sur les immigrés.

Il y a quelques jours, Alain Destexhe a provoqué une nouvelle polémique en attaquant (en interne au parti) la bourgmestre MR de Molenbeek, Françoise Schepmans, sur la gestion locale, à ses yeux trop permissive, de la fête musulmane du ramadan.

Parmi les exemples plus anciens, on se souviendra de la remarque acide d’Alain Destexhe suite à des actes de vandalisme commis en 2012 dans la station de prémétro Victor Horta (Saint-Gilles). S’adressant publiquement sur Facebook à une amie du MR, il a écrit "Marion, tes amis Norvégiens ont encore frappé." Par "Norvégiens", il fallait entendre "Maghrébins".

Mais c’est en juillet 2015 que le député bruxellois et conseiller communal ixellois a provoqué une rupture avec ses collègues réformateurs. Suite à un reportage de la RTBF sur la Fête nationale où une jeune femme musulmane et voilée était interviewée, Alain Destexhe a posté sur les réseaux sociaux : "C’est un peu comme si lors de la fête nationale congolaise on interviewait un blanc et un seul. Mais au Congo ce ne serait pas le cas. Rions plutôt que de pleurer !" Dès le lendemain de cette polémique, le président libéral Olivier Chastel rappelle Destexhe à l’ordre.

Toutefois, l’affaire ne s’arrête pas là : le 4 août 2015, les libéraux ixellois se réunissent en secret. Cette fois-ci, la coupe est pleine : le bureau exécutif du MR de la commune bruxelloise valide formellement une interdiction de figurer sur la liste du MR d’Ixelles lors des élections communales de 2018. La commune est multiculturelle et la personnalité d’Alain Destexhe peut nuire au MR électoralement. S’il veut conserver un mandat local, il devra donc se trouver une autre commune. Cette décision n’a pas été rendue publique depuis lors mais les plus hautes instances du parti ont été mises au courant (Charles Michel, Olivier Chastel, Didier Reynders…).

Ses propos sulfureux sur l’islam et les étrangers n’expliquent pas tout. En réalité, les libéraux du cru sont également mécontents du manque d’implication politique d’Alain Destexhe : il ne vient jamais aux réunions du groupe MR et assiste très rarement au conseil communal ixellois. Le bureau du MR ixellois s’inquiète également de la "mauvaise réputation" qu’il donne aux libéraux vis-à-vis des alliés socialistes au sein du collège communal. Le MR craint que les bravades de l’électron libre libéral rendent le parti infréquentable pour la constitution de la future alliance locale lors les élections de 2018.

"On en a ras-le-bol"

Yves de Jonghe d’Ardoye d’Erp, l’échevin MR de la Culture à Ixelles, confirme nos informations. Et se lâche sur la personnalité d’Alain Destexhe. "Aux élections de 2012, nos alliés (les socialistes, NdlR) nous avaient fait savoir que lui donner une place dans le collège serait très très très mal venu. Pendant la campagne, il avait lancé des attaques contre les échevins MR déjà en place et contre le PS avec qui nous sommes en majorité depuis 2006. Il est coutumier de ce genre de coups médiatiques : il crée une polémique, il se bagarre, puis il disparaît dans la nature. Au conseil communal, il vient une fois sur trois, signe le registre à 20h30 et part à 21h. On en a ras-le-bol des types comme ça. Partout où il est passé, Bruxelles-ville, Auderghem… il a laissé de très mauvais souvenirs."

Toutefois, le QG du MR ne compte pas exclure Alain Destexhe du parti : il reste une machine à voix bien utile en région bruxelloise. Quant aux communales de 2018, il semblerait qu’il puisse atterrir finalement à Woluwe-Saint-Lambert. Certains libéraux l’auraient approché pour lui proposer de "tirer" la liste MR face à Olivier Maingain.

Contacté mercredi, Alain Destexhe dit ne pas avoir été mis au courant de la décision du MR d’Ixelles. Pour le reste, il ne veut pas faire de commentaires.