Politique belge

1. La N-VA premier parti flamand le 13 juin ?

Sauf à penser que les sondages se trompent lourdement - ce qui est déjà arrivé - on va sans doute assister, dimanche prochain, à un raz-de-marée en faveur du parti nationaliste, séparatiste même de Bart De Wever, la N-VA.

Un tel succès pour les nationalistes flamands, cela ne s’est évidemment jamais produit. Les meilleurs résultats de la Volksunie furent atteints en 1971 avec 19 % des voix. Mais alors, le parti était encore composé de tendances très diverses : on y retrouvait de jeunes gauchistes romantiques, des démocrates centristes et des personnes qui avaient aussi de la sympathie ou de la compréhension pour les anciens collaborateurs. Mais tous avaient en commun ce que l’on appelait le "Vlaams reflexe", le réflexe flamand. Lors de l’implosion de la Volksunie, son aile gauche a créé le mouvement Spirit qui s’est ensuite alliée au SP-A tandis que d’autres ont rejoint l’Open VLD ou encore Groen ! Aujourd’hui, la N-VA est constituée des héritiers de droite de la défunte Volksunie. C’est dire si le résultat dans notre sondage - 26 % ! - est tout simplement exceptionnel, incroyable. Même si les sondages exagèrent cette tendance favorable à la N-VA et même si, dans l’urne, certains électeurs n’oseront peut-être pas voter pour les nationalistes, préférant rester fidèles au CD&V, par exemple, il est fort probable que la tendance lourde ces derniers mois se confirme en faveur du parti de Bart De Wever.

2. Qu’est ce qui explique cet envol de la N-VA ?

Il y a tout d’abord des éléments structurels. La N-VA profite de la déglingue de deux partis : le Vlaams Belang est en chute libre - on peut s’en réjouir - et la Lijst Dedecker. Soumis à des guerres de chefs internes, le Vlaams Belang a perdu une grande partie du succès qu’il avait acquis auprès des électeurs flamands. Le Belang a toujours été un parti d’opposition alors que la N-VA est un parti de pouvoir et constitue donc un vote plus "utile". Jean-Marie Dedecker a lui aussi eu quelques problèmes internes et son parti ne repose que sur ses épaules. Il trébuche, son parti s’effondre et risque même de ne pas atteindre le seuil électoral de 5 %. Il y a aussi, évidemment, la descente aux enfers du CD&V, ce parti auquel la N-VA était alliée et dont elle n’était, il y a deux ans à peine, que le petit appendice. Les démocrates chrétiens flamands payent sans doute l’immobilisme institutionnel du gouvernement alors qu’Yves Leterme, en campagne électorale, avait annoncé que la scission de BHV ne demandait que "cinq minutes de courage politique".

3. Sera-t-il possible de se passer de la NVA ?

Sans doute que non... Partons de cette éventualité : une N-VA à 26 %, un parti socialiste flamand et un CD&V tournant autour des 16 %, un Open VLD près de 14% et Groen ! proche des 6-7 %. Que faire du côté flamand ? Dans cette configuration-là, il est évidemment difficile, politiquement et stratégiquement, de se passer de la N-VA pour constituer un gouvernement fédéral. Une tripartite traditionnelle (CD&V, SP.A, VLD) n’aurait pas la majorité en Flandre, un arc-en-ciel non plus. Il n’est même pas certain qu’en regroupant 4 partis, CD&V, SP.A, VLD et Groen !, on atteindrait la majorité. Il sera donc arithmétiquement indispensable d’associer la N-VA à toute forme de gouvernement si l’on veut éviter, et c’est évidemment le cas, de nouer un accord avec l’extrême droite.

Et maintenir une N-VA surpuissante, premier parti flamand, dans l’opposition, c’est sans aucun doute lui assurer un succès plus fort encore lors des prochaines élections De toute façon, l’appui de la N-VA sera indispensable pour approuver une réforme de l’Etat qui nécessite une majorité spéciale. Ne perdons pas de vue, non plus, qu’avec un tel résultat catastrophique (13,6 %), l’Open VLD voudra peut-être, coûte que coûte, gagner les rangs de l’opposition.

Du côté francophone, les choses sont apparemment plus simples. Plusieurs formules sont possibles. Deux d’entre elles sont les plus régulièrement envisagées : soit une tripartite traditionnelle (PS, MR, CDH), soit encore un Olivier, comme dans les entités fédérées wallonne et bruxelloise : PS-CDH-Ecolo. Il est évident que si l’Open VLD est renvoyé ou choisit l’opposition en Flandre, il sera plus difficile, pour le MR de se maintenir au pouvoir. Mais cela n’est pas exclu.

En secouant cette bouteille à l’encre, on pourrait donc, en fonction de ces projections, en arriver à un gouvernement constitué, en Flandre, de la N-VA, du SP-A, du CD&V et de Groen ! et, au Sud, du PS, du CDH et d’Ecolo. Un drôle d’attelage.

Signalons qu’une autre hypothèse circule encore. Celle-ci : la N-VA, on le sait, est surtout intéressée par la gestion des Régions, son ambition étant de déshabiller le fédéral de ses principales compétences et de les confier aux entités fédérées. Les tenants de ce scénario affirment donc que De Wever préférerait prendre d’assaut la ministre-présidence du gouvernement flamand (aujourd’hui détenue par le CD&V Kris Peeters), quitte à se montrer moins gourmand au fédéral. Voire même à ne pas y siéger. Mais on est là - on l’aura compris - dans les supputations

4. Qui sera Premier ministre ?

Avec de tels rapports de force, tels qu’ils sont exprimés dans ce sondage, il ne sera pas simple de choisir un chef de gouvernement fédéral. Que peut-il se passer ? Prenons les choses dans l’ordre. Lundi matin, le 14 juin, le Roi devra tout d’abord désigner un informateur. Généralement, c’est l’incontestable gagnant des élections. Dans ce cas-ci, sauf énorme surprise, ce devrait être Bart De Wever. La seule fois où il a été reçu en audience au Palais, cela ne s’était pas trop bien passé car certains avaient considéré que Bart De Wever avait brisé le colloque singulier. Mais si la N-VA est le premier parti de Flandre, si Bart De Wever gagne la bataille du Sénat, le chef de l’Etat ne pourra évidemment pas l’éviter. En fera-t-il un informateur ? Là, c’est déjà moins sûr. Le Palais, qui a fait preuve de beaucoup d’imagination pour désigner des éclaireurs, des explorateurs, etc., au temps de l’orange bleue pourrait peut-être confier cette tâche à un duo, un néerlandophone, un francophone. Dont Bart De Wever ? A voir. En revanche, pour être formateur du gouvernement et donc probable futur Premier ministre, la règle, non écrite écarte d’emblée Bart De Wever. Pourquoi ? Parce que Bart De Wever n’a pas de parti frère francophone. Parce qu’il n’y a pas de "famille nationaliste ou séparatiste". C’est d’ordinaire le président du parti (ou le candidat présenté par lui) le plus important au sein de la famille politique la plus importante qui est appelé à devenir Premier ministre. Donc, cela exclut Bart De Wever ? Dans la configuration actuelle, la première famille politique du pays serait la famille socialiste et non pas la famille démocrate-chrétienne. Les rêves de Marianne Thyssen, présidente du CD&V, tête de liste au Sénat et candidate déclarée au "16", s’envoleraient. Et comme Johan Vande Lanotte (SP.A) a précisé qu’il n’était pas candidat Premier ministre, le tapis rouge serait déroulé pour un francophone : Elio Di Rupo. Là encore, c’est une simple déduction...