Politique belge

Le secrétaire d’Etat N-VA dénie notamment tout droit aux passagers de l’Aquarius d’entrer dans l’Union. Mais les chiffres qu’il cite sont vigoureusement contestés.

Theo Francken, le secrétaire d’Etat N-VA à l’Asile et à la Migration a, c’est lui qui le dit, une recette pour éviter de renforcer l’extrême droite en Belgique : retirer le droit d’asile à toute personne qui essaie d’entrer clandestinement dans l’Union européenne.

Médecins sans frontières a recensé trois citoyens du Bangladesh

C’est ce qu’il a déclaré au Nieuwsblad en début de week-end avant, dimanche, dans un tweet, de dénier aux migrants passagers de l’Aquarius tout droit d’entrer dans l’Union européenne.

"Un grand nombre de ces migrants illégaux de l’Aquarius proviennent du Bangladesh, ils ont volé jusqu’à Tripoli, la capitale de la Libye, en passant par la Turquie, avant de prendre le bateau vers l’Union européenne" a affirme le leader N-VA sur Twitter. "Le Bangladesh est à 9.000 km de la Libye et ce n’est pas un pays en guerre. Quel droit ses ressortissants ont-ils d’entrer ainsi dans l’UE ? Mais qu’est-ce qu’on est en train de faire ?" a-t-il demandé. Dans un autre tweet, il a souligné que le taux de reconnaissance des demandeurs d’asile venant du Bangladesh a été de 3,7 % en 2017.

Dimanche, l’ONG Médecins sans frontières a contredit les allégations de M. Francken. Elle a fait savoir que sur les six cent vingt-neuf migrants de l’Aquarius, seuls trois étaient enregistrés comme étant de nationalité bangladaise. Selon MSF, présente sur l’Aquarius, les deux nationalités les plus représentées sont les Soudanais et les Nigérians. Pour rappel, les migrants secourus par l’Aquarius sont arrivés à bord de trois bateaux, dimanche matin, après une semaine d’errance en Méditerranée, à Valence, en Espagne (voir page 17). Finalement, Theo Francken a corrigé son tweet initial, affirmant désormais que parmi les "migrants illégaux" arrivés en Espagne, "il y en a aussi en provenance du Bangladesh".

La veille, il avait confié que "si cela dépendait de lui", toute personne qui essaie d’entrer au sein de l’Union européenne sans respecter les lois perdrait son droit à l’asile, précisant qu’il s’agissait d’une proposition personnelle. M. Francken a également proposé que les réfugiés ne puissent plus entrer en Belgique ou en Europe qu’en passant par des camps des Nations unies situés en zone de guerre. Il souhaiterait dès lors voir disparaître les guichets d’asile à Bruxelles. Ce qu’il veut, c’est "faire venir davantage de véritables réfugiés, avec des programmes de réinstallation du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, provenant de camps situés dans des régions conflictuelles. Comme nous le faisons déjà maintenant".

Un camp de réfugiés en Afrique du Nord

Lundi passé, dans le quotidien italien "Il Giornale", le secrétaire d’Etat avait appuyé la nouvelle politique italienne en matière de migration et plaidé en faveur de la "solution d’un camp de réfugiés en Afrique du Nord" ainsi que pour le modèle australien. Il s’était aussi déclaré hostile aux "hotspots", ces centres qui traiteraient les demandes hors Europe comme l’a suggéré le député européen Guy Verhofstatdt.

Sa proposition avait déjà créé un tollé. Les déclarations de ce week-end ont également fait réagir. Dans la majorité, on a, par exemple, senti le CD&V extrêmement embarrassé. Plusieurs politologues estiment que Theo Francken profite de l’émotion du moment pour flatter un peu plus la partie la plus radicale de l’électorat de la N-VA, sans considération pour les règles de droit international qui rendraient ses propositions impossibles à appliquer.