Politique belge

So long, Marianne. Marianne Thyssen a tiré sa révérence ce mercredi soir en démissionnant de sa place de présidente du CD&V -"à bout de force physiquement et mentalement", selon un de ses proches- après la défaite historique concédée par les démocrates-chrétiens flamands le 13 juin dernier. Elle sera remplacée ad interim par le vice-président du parti, le sénateur Wouter Beke. Des élections internes devraient être organisées "dans un délai raisonnable" afin d’élire un nouveau président, a indiqué Wouter Beke mercredi soir sans préciser davantage le timing de cette opération.

Rappel, dans la foulée du scrutin législatif, le contingent démocrate-chrétien flamand à la Chambre a chuté de 24 à 17 unités -la plupart des ténors du CD&V laissant des plumes dans la bataille électorale face à la déferlante nationaliste flamande de la N-VA. Pour la première fois, le CD&V se retrouve en dessous de la barre des 20 %. Marianne Thyssen assume donc le recul orange et prend la porte Mais aujourd’hui, plusieurs voix s’élèvent au sein du parti -surtout dans l’aile flamande radicale de la formation politique- pour qu’Yves Leterme endosse également sa part de responsabilités dans la déroute orange (lire ci-dessous) Certaines sources au CD&V estiment encore que Marianne Thyssen, prise dans la rivalité entre Kris Peeters et Yves Leterme, a choisi de jeter le gant -harassée par les querelles incessantes entre les deux hommes forts du parti

Marianne Thyssen avait accédé à la présidence du parti en mars 2008, pressée par les cadres de monter en grade au sein de la démocratie chrétienne orange. En effet, Yves Leterme, Kris Peeters et Jean-Luc Dehaene l’avaient alors (quasi) suppliée de délaisser quelque peu le Parlement européen -son biotope de prédilection- pour se consacrer à la présidence du parti. Elue le 15 mars 2008 (5 jours avant la mise en place du premier gouvernement Leterme), Marianne Thyssen succède à deux "intérimaires" (Wouter Beke et Etienne Schouppe). Ces deux-là avaient pallié le départ de Jo Vandeurzen - fidèle lieutenant d’Yves Leterme - vers le gouvernement fédéral.

Marianne Thyssen était plutôt perçue comme étant intégrée à la "galaxie" Kris Peeters. En effet, elle et le ministre-Président flamand ont travaillé ensemble à l’Unizo (les Classes moyennes flamandes) et sont restés très proches. Eurodéputée, Marianne Thyssen était donc devenue présidente de la grande formation politique flamande à reculons. Trois semaines avant le scrutin du 13 juin, Marianne Thyssen, poussée dans le dos par Yves Leterme, s’était déclarée prête à endosser le costume de Premier ministre. Tête de liste au Sénat, elle assumerait désormais le leadership du CD&V. Mais dès le lendemain, Yves Leterme laissait entendre qu’il ne faisait pas une croix sur le "16" -brouillant quelque peu le message des démocrates-chrétiens avant l’élection. Et le résultat fut celui qu’on connaît: un parti laminé par leur ex-partenaire de cartel de la N-VA.

D’un naturel calme et tempéré sur le plan communautaire, Marianne Thyssen apparaissait à beaucoup (de responsables politiques francophones) comme une "pragmatique". "Ce n’est pas une dogmatique, souligne un président de parti, avec elle on pouvait discuter et trouver des solutions sans nécessairement s’étriper entre francophones et Flamands". N’empêche: Marianne Thyssen s’était violemment accrochée avec la présidente du CDH Joëlle Milquet durant la campagne électorale au sujet des demandes francophones d’élargissement de la Région bruxelloise. En revanche, côté flamand, Marianne Thyssen apparaissait souvent un cran en retrait par rapport à la N-VA.

Le pas de côté de Marianne Thyssen laisse en tout cas augurer un durcissement de ton au CD&V sur le plan communautaire. Le parti d’Yves Leterme devrait en effet vouloir se refaire une santé avant les élections communales de 2012 et saper le succès électoral de la N-VA. "Chaque fois que Bart De Wever fera une concession , souligne d’ailleurs un responsable du CD&V sous couvert d’anonymat, nous serons présents pour rappeler que c’est une concession de trop" . Autant l’écrire : la démission de Marianne Thyssen ne facilitera pas la tache de l’informateur De Wever et de son compère Di Rupo.