Politique belge En 1996, la société belge investissait à Almaty. Le début d’une saga.

Ce mercredi, la commission kazakghate entendra, notamment, Philippe Bodson qui était à la tête de Tractebel en 1996, quand la société racheta quatre centrales électriques, au Kazakhstan. Quelques mois plus tard, elle décrochera la concession, pour 20 ans, du transport et du stockage du gaz dans le pays.

L’opération est menée par Nicolas Atherinos, vice-président d’Electricité Gaz International, filiale de Tractebel, qui quittera le Kazakhstan en 2000.

Des consultants bien rémunérés

Ce n’est pas Tractebel qui a pris l’initiative de ces acquisitions. La société a été contactée par trois hommes d’affaires, le Kazakh Alijan Ibragimov, le Russe Alexandre Machkevitch et le futur Belge d’origine ouzbèke Patokh Chodiev, notamment actifs dans la vente de minerais.

Fin décembre 1999, "Le Soir" révèle que pour obtenir la concession gazière, Tractebel aurait payé 85 millions de dollars : 30 seraient arrivés dans les caisses de l’Etat kazakh, le reste dans les poches des trois hommes, au titre de commissions de consultance. La manière dont l’argent leur sera versé pose problème.

Ce qu’on apprendra aussi, c’est que Chodiev et consorts sont soupçonnés d’être liés à des réseaux mafieux kazakhs.

Cinq millions de dollars de rétrocommissions seraient revenus à Nicolas Atherinos, contre lequel la société portera plainte. On ne saura jamais ce qu’ils sont devenus, ni si Tractebel n’a pas, d’une manière ou d’une autre, participé au montage. La société subira, en tout cas, un redressement fiscal de 149 millions d’euros.

Avec Jean-Luc Dehaene

De leur côté, Chodiev, Ibragimov et Machkevitch sont dans le collimateur de la justice belge, eux que Philippe Bodson dit avoir rencontrés pour la première fois en avril ‘98, lors de la visite au Kazakhstan du Premier ministre belge Jean-Luc Dehaene. Tout cela n’empêche pas les trois hommes de continuer à développer ensemble leurs petites affaires.

Mais en mars 2007, la justice belge inculpe sept personnes pour faux, blanchiment et association de malfaiteurs : le trio mais aussi l’épouse du Premier ministre kazakh, la femme et les deux filles de Machkevitch.

Dans les mois qui suivent, les présidents français Sarkozy et kazakh Nazarbaïev négocient la conclusion de contrats commerciaux. Nazarbaïev aurait dit à Sarkozy : "Je signe si tu interviens en faveur de mes amis poursuivis en Belgique."

Le 18 février 2011, la chambre du conseil de Bruxelles, après quatre ans d’un combat judiciaire serré, ordonne le renvoi en correctionnelle de Chodiev et des six autres inculpés. Appel est interjeté. Le parquet général de Bruxelles est saisi. Moins de 15 jours plus tard, commence la discussion du projet de loi étendant la transaction financière en matière pénale.

La loi est votée depuis peu quand, le 17 juin 2011, Chodiev and Co concluent avec le parquet une transaction de 23 millions d’euros qui met fin aux poursuites. L’affaire Tractebel s’achève. Le dossier Kazakhgate, lui, s’apprête à rebondir.