Politique belge

Armand De Decker a démissionné samedi en tant que bourgmestre d'Uccle, a-t-il annoncé dans un communiqué. Il explique sa décision par sa volonté de "préserver la sérénité dans la gestion de la commune" et le "climat délétère" autour du dossier Kazakhgate.

Armand De Decker réaffirme qu'il n'a "participé en rien" à l'élaboration de la loi qui a étendu la transaction pénale et qui aurait bénéficié au trio kazakh. "Je reste serein et totalement confiant dans les institutions et dans la justice de notre pays", ajoute-t-il.

Samedi dans les colonnes du Soir, le président de Défi Olivier Maingain avait appelé le MR à prendre "une initiative sans tarder" au sujet du bourgmestre. "Je ne peux pas admettre, comme président de parti associé à cette majorité, que les choses restent en l'état. Il n'y a pas de raison que M. De Decker reste plus longtemps à la tête de la commune."

Armand De Decker, 68 ans, exerçait son deuxième mandat en tant que bourgmestre d'Uccle depuis 2012 avec une majorité absolue élargie au cdH et au FDF. Il avait déjà remporté la majorité absolue en 2006.

Licencié en droit à l'Université Libre de Bruxelles (ULB), Armand De Decker a commencé sa carrière professionnelle comme avocat au barreau de Bruxelles en 1973. Il est ensuite entré en politique en rejoignant le Parti Réformateur Libéral (PRL), dont il devient membre du directoire constitutif et secrétaire général adjoint dès sa création en 1979. Il a notamment assuré la première vice-présidence du PRL de 1990 à 1994.

Membre de la chambre des représentants de 1981 à 1995, il devient ensuite sénateur et s'installe sur le perchoir du Sénat de 1999 à 2004 et de 2007 à 2010.

Ministre de la Coopération au Développement entre 2004 et 2007, Armand De Decker est également ministre d'Etat et président honoraire du Sénat.

Rappel des faits:

L’ancien président MR du Sénat est, pour rappel, soupçonné d'avoir reçu plus de 700.000 euros selon un montant avance par le Canard Enchaîné, au titre de rémunération pour son intervention dans le cadre de l’affaire Chodiev.

Le président Nicolas Sarkozy aurait ainsi voulu débarasser Patokh Chodiev de ses ennuis judiciaires en Belgique afin de faciliter la conclusion d’un marché militaire, fin juin 2011, entre la France et le Kazakhstan.

La présidence kazakhe aurait demandé à la France de venir en aide à trois hommes d'affaires proches du dictateur Kazakh Nazarbaïev (Patokh Chodiev, Alexander Mashkevitch et Alidschan Ibragimow) visés par des affaires en Belgique.

En tant qu'avocat, Armand De Decker est soupçonné d'avoir fait pression pour accélérer l'adoption de la loi sur la transaction pénale votée le 14 avril 2011. La transaction pénale permet, pour rappel, dans certains cas, de proposer à l'auteur d'une infraction de payer une certaine somme d'argent pour éviter les poursuites.

Quelques jours plus tard, le 17 juin 2011, en échange de 23 millions d'euros, la justice belge accepte d'abandonner les poursuites à l'encontre de Chodiev.

Et dix jours plus tard, le Premier ministre François Fillon avait signé un contrat sur la vente d'hélicoptères EADS avec le Kazakhstan.