Un haut fonctionnaire à la retraite fustige "la république bananière wallonne"

Frédéric Chardon Publié le - Mis à jour le

Politique belge Un haut fonctionnaire à la retraite attaque la classe politique régionale.

Un départ à la retraite peut être l’occasion de vider son sac en sortant du traditionnel et consensuel discours d’adieu. Tout déballer, c’est manifestement l’option qu’a retenue Albert Stassen (CDH), 65 ans depuis le 6 février dernier. Commissaire d’arrondissement (adjoint direct du gouverneur, chargé de faire respecter les lois) en province de Liège, il avait fait parler de lui l’année dernière en tentant, par un recours au Conseil d’Etat, de devenir gouverneur ad interim en remplacement de Michel Foret (MR) atteint lui-même par la limite d’âge.

Mais le Conseil d’Etat avait donné tort à Albert Stassen. Michel Foret avait été prolongé dans ses fonctions de gouverneur et a été finalement remplacé en octobre 2015 par un autre MR, Hervé Jamar, qui avait renoncé à son poste de ministre fédéral du Budget.

Autre déconvenue de fin de carrière de commissaire d’arrondissement (entamée en 1993) : sa demande de prolongation de 6 mois dans ses fonctions ne lui a pas été accordée par Hervé Jamar. Albert Stassen y voit une faveur politique accordée par le libéral à son prédécesseur, histoire de se venger du recours intenté au Conseil d’Etat…


Jamar, "un malotru"…

Le refus de prolonger sa carrière de 6 mois était manifestement la vexation de trop. Albert Stassen s’est donc armé d’une plume dénonciatrice et a rédigé un brûlot envoyé aux ministres wallons, aux bourgmestres principautaires, aux chefs de corps des zones de police et de secours, aux receveurs régionaux, aux autres commissaires d’arrondissements… Morceaux choisis.

"En ce 1er mars, je suis libéré de ce devoir de réserve contraignant pour pouvoir préciser ici à chacun le fond de ma pensée, écrit-il, sauf à un malotru qui a affiché en cette circonstance sa médiocrité après s’être fait ‘extirper’ récemment d’autres fonctions où il avait déjà démontré son incompétence (il parle d’Hervé Jamar qui, en effet, n’a pas reçu la lettre, NdlR)."

Mais le gouvernement wallon PS-CDH est également frappé par les foudres de l’ancien commissaire d’arrondissement. "La Région wallonne est trop souvent une véritable république bananière. […] Certains se fabriquent les règles au fur et à mesure des besoins tout en s’asseyant allègrement sur d’autres règles existantes, sans aucun égard ni pour les textes légaux, ni pour les travaux parlementaires ou toute norme de droit mais en donnant un faux vernis juridique aux décisions prises arbitrairement en application du précepte que certains s’y donnent et pour qui la Région a toujours raison, même quand elle a tort."


"Potentat"

Albert Stassen s’en prend plus particulièrement au chef de cabinet adjoint de Paul Furlan (PS), ministre wallon des Pouvoirs locaux. "J’ai rencontré à la Région […] des personnages peu reluisants, imbus de leur pouvoir, de véritables potentats qui se croient vraiment intouchables et qui n’admettent aucune contradiction ni même dialogue et n’appliquent que ‘le fait du Prince’. Le cabinet des Pouvoirs locaux actuel abrite un tel potentat (le chef de cabinet adjoint, NdlR) qui régente à sa guise la matière qui lui est confiée au sein du cabinet et sans le moindre souci du prescrit légal, en laissant même le ministre dans l’ignorance de ses agissements."

Au cabinet Furlan, on ne veut pas réagir à ces attaques précises. Mais le porte-parole du ministre rappelle qu’Albert Stassen est un habitué des déclarations fracassantes dans ce genre. "En ce qui concerne sa prolongation de 6 mois, elle n’était pas nécessaire puisque le recrutement de son successeur se déroule bien", ajoute-t-il.