Politique belge

Le baromètre La Libre/RTBF/Dedicated indique une dépression pour la N-VA, un ciel bleu pour le MR à Bruxelles. Le sondage concurrent RTL- "Le Soir"-Ipsos proclame la N-VA en hausse et le MR en chute libre dans les 19 communes. Vous ne savez plus qu’en penser ? Marre des sondages ? Sans discréditer quiconque, voici quelques éléments objectifs de comparaison.

Premier élément : la taille de l’échantillon. Plus l’échantillon est important, plus l’extrapolation est fiable. Comparons les échantillons sur Bruxelles : le baromètre La Libre/RTBF/Dedicated a sondé 912 personnes sur les 19 communes de Bruxelles; le baromètre concurrent, 609. La différence est donc significative et rend plus fiable l’échantillon bruxellois du baromètre que nous publions ce jour.

Deuxième élément : la période de sondage. Plus récente, dans le cas du baromètre de votre quotidien. Pour "La Libre" et la RTBF, Dedicated a sondé par Internet 2 925 électeurs belges du 15 au 20 novembre. Le baromètre du "Soir" a été réalisé de la même manière, sur le Net, mais du 11 au 18 novembre dernier. Période un peu plus étendue, mais achevée plus tôt, donc.

Enfin, la marge d’erreur. Il n’y a pas de différence notable entre les deux prises de pouls des opinions wallonne et flamande : pour Dedicated, cette marge d’erreur est de 3,1 % en Wallonie comme en Flandre; pour Ipsos, elle atteint 3,1 % en Wallonie et 3 % en Flandre. Idem, donc. Par contre, on notera que cette marge d’erreur est moins importante dans notre baromètre à Bruxelles : 3,3 %, contre 4 % pour Ipsos, ce qui rejoint notre première observation sur la taille de l’échantillon bruxellois.

Saint Thomas, sondez pour nous

Alors, on peut se mettre à douter de tout. Et tant mieux. Les sondages ne sont pas des oracles, mais des tentatives d’approcher l’opinion à des périodes données. La vérité sortira des urnes.

Pourtant, à l’analyse, on peut constater un certain nombre de points communs entre tous ces sondages, y compris le dernier coup de sonde "De Standaard"-VRT du 11 octobre dernier. Dans toutes ces études, la N-VA n’est plus jamais en apesanteur. Elle est systématiquement aujourd’hui à un niveau plus proche de celui des élections de 2010 ou de 2012 : 27,9 % dans le sondage néerlandophone du mois dernier; 30,8 % dans le baromètre "La Libre"-RTBF; et 31,2 % dans le sondage du "Soir". Les oscillations ne sont pas les mêmes, d’une période à l’autre, selon les sondeurs, mais le parti de Bart De Wever navigue dans tous les cas dans les mêmes eaux que celles des deux derniers scrutins, la tête un peu au-dessus, ou un peu en dessous…

Autre constante de ces trois derniers sondages : le CD&V reprend du poil de la bête. Il confirmait déjà sa progression en octobre, dans le sondage flamand, en restant le deuxième parti avec 19 %. Pour la première fois, dans notre baromètre, le CD&V dépasse légèrement son score de 2010 avec 17,9 %, un score quasi identique à celui du baromètre "Le Soir"-RTL (17,4 %). De même, l’Open VLD remonte doucement partout : quatrième parti dans notre baromètre, mais troisième, dans le baromètre concurrent, d’un côté derrière, de l’autre côté devant le SP.A.

Wallonie : quatuor à niveau

En Wallonie, pas de grand chambardement dans notre baromètre, si ce n’est le recul du MR (- 1,4) et celui d’Ecolo (- 1,5) et l’écart qui se creuse entre le CDH, troisième parti, et les Verts. Rien de plus stable que le PS, qui se maintient à 30,3, alors que la concurrence le voit en perte de 2,1 points. Quelle différence ! Et pourtant, en même temps, quelle constante : dans les deux sondages, le PS est près de 8 points sous son score de 2010. Les scores nets sont donc très proches. Les variations de scores du MR, du CDH et d’Ecolo sont en plein dans la marge d’erreur : prenez notre baromètre : 22,1 % pour les libéraux; 12,7 % pour le CDH; 11,2 % pour Ecolo. Comparez avec la concurrence : 21,7 % pour le MR; 14 % pour le CDH et 11,2 % pour Ecolo. Le quatuor wallon de tête est donc le même, que l’on s’appelle baromètre ou grand baromètre. Mais le PS, le CDH et Ecolo sont sous leur score de 2010, ce qui profite aux petits partis. Le PTB reste toujours proche du seuil d’éligibilité. 4 % dans "La Libre"; 4,1 % dans "Le Soir". Le Parti Populaire, par contre, effectue une remontée dans notre baromètre, à 4 %. Il reste ce doute, qui fait le sel de la démocratie : la grande part d’indécis du baromètre. 21,5 % en Flandre; 21,8 % à Bruxelles et même 25,6 % en Wallonie ! Des indécis en hausse par rapport à notre dernier sondage.

Casse-tête en vue

Quelle conclusion tirer de tout cela ? Que le casse-tête est toujours en vue. Que la constitution d’une majorité en Flandre sera fort compliquée. A la Chambre, la N-VA aurait 2 sièges de plus qu’en 2010, soit 29. Pour se passer d’elle, sans briser le cordon sanitaire, il faudrait obligatoirement associer les 4 partis flamands, vu qu’une tripartite traditionnelle sans les verts n’obtiendrait que 42 sièges. En soi, le gouvernement fédéral doit disposer d’une majorité à l’échelle du pays, pas nécessairement en Flandre. Mais on sait que le CD&V a posé comme préalable à la participation à un gouvernement fédéral, l’existence d’une majorité de côté flamand.

A six mois des élections, deux moralités : la bataille entre les deux partis leaders sera sans pitié du côté francophone; et du côté flamand, les visées confédéralistes de la N-VA sont encore suffisamment puissantes pour nécessiter, pour les contrer, une sainte alliance des partis flamands de la majorité sortante.