Politique belge

Bart De Wever a pleuré lors d’une interview, un événement politique en Flandre. C’était ce dimanche, durant l’émission de radio "Touché" (Radio 1). Il évoquait son adolescence plombée, ses anciennes tendances suicidaires, la mort de son père. C’était trop. Les digues ont lâché, le président de la N-VA a, pour une fois, montré ses émotions. Osons un peu de psychologie : la pression politique du moment a dû également jouer un rôle… Jamais, depuis les débuts de la "suédoise" en octobre 2014, les nationalistes flamands n’ont semblé en aussi mauvaise posture. Un tsunami de mauvaises nouvelles fait désormais douter d’eux-mêmes les nationalistes.

D’abord, l’unité du parti le plus puissant sur le papier a vacillé la semaine dernière avec le départ de deux députés flamingants radicaux Hendrik Vuye et Veerle Wouters. Ces derniers avaient contesté la ligne de leur président, qui plaide pour la reconduction de la "suédoise" sans nouvelle réforme institutionnelle. Ces deux démissions constituent le symptôme d’un malaise profond, une vraie crise idéologique au sein du parti. La N-VA réclame dans ses statuts l’indépendance de la Flandre mais, dans les faits, est chargée de faire fonctionner le niveau de pouvoir fédéral.

Au même moment, on apprenait que le trou budgétaire du gouvernement fédéral n’est plus simplement profond mais ressemble désormais à un gouffre qui s’est ouvert sous la majorité "suédoise" : 4,2 milliards d’euros à trouver pour boucler 2016 et 2017. Et la deadline européenne est fixée au 15 octobre prochain… Dans les cabinets ministériels, on s’attend à un remède de cheval : nouveaux impôts, coupes dans les dépenses sociales, etc. Dans cet imbroglio budgétaire, le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA), est, à nouveau, la cible des critiques. Les déficits à combler sont dus, en grande partie, à des rentrées fiscales faiblardes que son administration n’avait pas anticipées.

Responsable mais pas coupable ?

Van Overtveldt n’est sans doute pas responsable directement de ces couacs à répétition depuis deux ans. Mais, comme ministre, il incarne aux yeux des Flamands l’incapacité du gouvernement à régler ce problème. "Van Overtveldt, c’est l’autre talon d’Achille de la N-VA, analyse une source de la majorité fédérale. Le premier talon d’Achille étant le fait de s’être embarqué pour toute une législature sans communautaire." Sur les bancs de l’opposition, même jugement : "Ce n’est pas aussi grave qu’avec Marghem, mais quand même…", s’inquiète le député Kristof Calvo (Groen).

La monnaie de sa pièce

En politique, les adversaires aiment l’ironie et en aggravent la morsure grâce aux réseaux sociaux. Sur Twitter, circulent à chaque mauvaise appréciation fiscale les anciens éditos écrits par Johan Van Overtveldt lorsqu’il était rédacteur en chef du "Trends" et du "Knack". Alors journaliste, il pourfendait le moindre déséquilibre dans les comptes publics. Le voilà rattrapé par ses propres sentences éditoriales : aujourd’hui, c’est lui qui doit assumer politiquement.

C’est en partie injuste, d’ailleurs. Le grand argentier du gouvernement Michel peut-il vraiment anticiper les fluctuations des recettes fiscales, qui dépendent de la conjoncture et varient en fonction d’un système d’imposition hyper-complexe aux allures de gigantesque mikado ?

Et puis, tout le monde ne lui veut pas que du bien, à Johan Van Overtveldt. "Son administration est cadenassée par des hauts fonctionnaires qui ne sont pas de sa couleur politique, note une autre source fédérale bien informée. Ces personnes ne le protègent pas de ce genre de tuiles… A l’époque où le CD&V était aux Finances, ce genre de problèmes n’arrivait pas si facilement."

Reste que, en termes de communication, cela fait désordre. La N-VA ne peut plus être perçue comme le parti de la "goed bestuur", garant d’un cap socio-économique rigoureux. La "goed bestuur" était pourtant l’argument de vente utilisé pour justifier son entrée dans un gouvernement sans réforme institutionnelle.

Les nationalistes risquent d’avoir du mal à reprendre des couleurs dans les sondages d’ici les élections…