Politique belge

En plein scandale Publifin, le politologue de l’UCL estime qu’il y a "aujourd’hui une attente supplémentaire de la part des citoyens pour davantage d’éthique de la part des politiques. L’honnêteté et la légalité des actes ne suffisent plus !" Il ajoute cependant que certains cumuls ont du sens et peuvent servir l’intérêt général. Pierre Vercauteren est l’Invité du samedi de LaLibre.be.

Extraits:

Que vous inspire la saga autour de Publifin ?

Nous vivons dans une période où la crise des élites est particulièrement marquée. Elites politiques, mais aussi économiques et intellectuels. Cette crise est peut-être une étape supplémentaire dans la crise de la démocratie que nous vivons depuis une vingtaine d’années, moment où l’on commençait à souligner le fossé existant entre les politiques et les citoyens.

Concrètement, comment se manifeste cette crise de la démocratie ?

Par certains signaux, comme la grande volatilité des électeurs, les votes ‘sanctions’ (en faveur de partis populistes, extrémistes ou éphémères), l’absence de projets mobilisateurs dans le chef des partis et une gestion ‘au jour le jour’ qui ne laisse guère de place à de grandes visions. On a appris à vivre avec cette fracture sans y apporter des réponses profondes. Ajoutez à cela l’accumulation de crises financières, économiques, sociales, environnementales, climatiques, migratoires, sécuritaires… le climat s’avère excessivement difficile et anxiogène. Face à cela, si le citoyen ne perçoit pas un début de réponse, il y a un moment où cela éclate. Ce qui ressort de l’audit sur Publifin, c’est qu’il n’y aurait rien d’illégal. C’est oublier qu’aujourd’hui, il y a une attente supplémentaire de la part des citoyens pour davantage d’éthique de la part des politiques. L’honnêteté et la légalité des actes ne suffisent plus !

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La professionnalisation de la politique, soit le fait d’en faire son métier principal ou d’être ministre pendant 15-20 ans, ne commence-t-elle pas à poser problème ? Faut-il limiter le nombre de mandats exécutifs ?

La tendance au métier est aussi ancienne que la création des assemblées parlementaires. Concrètement, les débats en assemblées entrainent l’émergence de petits groupes de parlementaires plus influents que l’ensemble. Ce petit groupe a été capable de développer des compétences particulières, de quoi en faire un métier plus évolué et plus efficace que les autres membres. Une assemblée doit pouvoir venir avec de nouvelles idées et projets, tout en faisant face à des situations toujours plus complexes. Les ministres ne peuvent donc pas uniquement être entourés de sang neuf, il leur faut aussi des conseillers expérimentés et compétents. Mais il faut sans doute trouver un meilleur équilibre.

Bref, vous n’êtes pas favorable à une limitation du nombre de mandats successifs ?

Il ne me paraît pas suffisant de limiter le nombre de mandats à deux. Il faut pouvoir en exercer trois ou quatre et sans doute éviter qu’un parlementaire ne puisse siéger 30 à 40 ans. Ce débat est un peu biaisé par l’image qu’on a de voir toujours les mêmes politiques, car en réalité, il y a un renouvellement qui s’opère lors de chaque législature. Et notons que le renouvellement doit être perçu en termes de nouveauté et non en termes d’âge. Un jeune parlementaire peut être plus conservateur qu’une personne de plus de 50 ans.

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"J’en ai marre des parvenus!", c’était en 2005. Douze en plus tard, le même Elio Di Rupo promet de faire le ménage… Est-il encore crédible pour mettre de l’ordre au PS ?

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