Politique belge Plus fiable, moins cher, le retour au vote papier semble séduire les politiques.

Lundi après-midi, plus de 24h après la fermeture des bureaux de vote, une dizaine de techniciens s’affairaient toujours à réparer les problèmes de totalisation des voix de préférence du logiciel Digivote. Des problèmes survenus dimanche en début de soirée dans la circonscription de Bruxelles, certains cantons de la circonscription de Liège, deux cantons germanophones et dans les cantons de Durbuy, Frasnes-lez-Anvaing et Lens.

Le logiciel avait pourtant été soumis à une batterie de tests, contrôlé par un collège d’experts et agréé par un organisme indépendant (en l’occurence, la société Pricewaterhouse-Coopers Enterprise Advisory SCRL), comme le veut la procédure. La semaine dernière encore, dans les pages de "La Libre", Stéphane de Mul, porte-parole de la cellule élections du SPF Intérieur, certifiait la fiabilité et la sécurité de ce logiciel. Mais une défaillance technique a vraisemblablement échappé à ces contrôles. "Dimanche soir, lorsque l’on a voulu comptabiliser les votes nominatifs, un message d’erreur est apparu dans le système", explique Stéphane de Mul. Jusque-là, les opérations de vote électronique s’étaient déroulées sans incident majeur. Au niveau des votes de listes, d’ailleurs, aucun problème n’a été détecté dimanche. "Les votes nominatifs ont bien été enregistrés sur les disquettes, mais le logiciel ne parvient pas à les décrypter, pour une raison que nous ignorons. Ce n’est donc pas le matériel informatique, mais bien le logiciel qui pose problème."

Un nouveau logiciel très coûteux

Ce logiciel, justement, a été développé par la firme privée Stésud en… 1994. D’où l’utilisation de disquettes, copieusement raillée sur les réseaux sociaux suite à l’annonce du bug. Initialement conçu pour dix ans, ce système, mis à jour à chaque élection, est encore utilisé aujourd’hui dans les 39 communes wallonnes qui votent électroniquement ainsi que dans 17 communes bruxelloises. En Flandre et dans les communes bruxelloises de Saint-Gilles et Woluwe-Saint-Pierre, c’est un autre système plus récent, développé par la firme Smartmatic, qui a été privilégié. Ce nouveau système, qui prévoit l’impression d’une preuve papier du vote, a fonctionné sans encombre dimanche, alors qu’il avait connu quelques sérieux couacs lors des élections communales de 2012.

Le SPF Intérieur avait lancé en 2008 déjà une adjudication publique pour développer ce nouveau système de vote électronique. Malgré cela, la Wallonie et Bruxelles ont préféré continuer à utiliser l’ancien système, sans doute pour des raisons financières. Nettement plus coûteux que l’ancien, le nouveau système retenu nécessite en effet des investissements importants au niveau du matériel.

Des erreurs inaperçues

Le bug de dimanche a fait réagir les détracteurs du vote électronique. "Le résultat des élections se trouve entre les mains de techniciens, complètement hors du contrôle des citoyens", déplore Michel Staszewski, de l’association Pour EVA (pour une éthique du vote automatisé). "A chaque élection, il y a des problèmes. On s’en rend compte lorsqu’il y a des incohérences flagrantes, comme cette fois-ci avec les votes de préférence, mais cela veut dire qu’il y a sans doute aussi des erreurs plus petites qui passent inaperçues." Les membres de Pour EVA regrettent le peu de transparence et l’absence de contrôle qui entourent le système de vote électronique et le dépouillement assisté par ordinateur. "Les Pays-Bas sont revenus au système de vote papier parce qu’ils se sont rendu compte que la fiabilité et la sécurité des machines posait question", rappelle Michel Staszewski.

Les partis sont unanimes

Le SPF Intérieur a beau assurer que le vote électronique ne doit pas être remis en cause pour une défaillance technique, les partis y ont aussitôt vu un sérieux enjeu politique. "Bug informatique, scandale démocratique", a twitté le ministre wallon Jean-Claude Marcourt. Lundi matin, le président du FDF Olivier Maingain a parlé de "mort du vote électronique" sur La Première. Unanimes, les partis francophones se sont montrés favorables à un retour au vote papier pour les prochaines élections. D’autant que, selon les chiffres du SPF, le vote électronique coûte entre 4 et 5 euros par électeur, contre seulement 1,5 euro pour le vote papier.

Valérie Gillioz