Sciences - Santé

"Pris à petite dose - un ou deux verres de vin, une coupe de Champagne -, l'alcool, et je pense aussi le cannabis, est plutôt désinhibiteur", nous dit le Dr Esther Hirch, médecin sexologue, consultante à l'Hôpital Erasme, à Bruxelles. "Il n'est pas rare que j'entende, dans mes consultations: 'Quand je bois un petit coup, je suis plus relax, moins anxieux, je me lâche'. Car au fond, il faut reconnaître que l'alcool est, dans une certaine mesure, un bon traitement de l'anxiété. De même que le cannabis... Ce n'est pas pour rien s'il y a des accros."

Homme ou femme, y a-t-il une différence? "Je pense que la désinhibition existe aussi bien chez l'un que chez l'autre. Sous l'effet de l'alcool, certaines femmes qui ont du mal à lâcher prise, parviennent à oublier un peu leurs tabous. Beaucoup de femmes inhibent leur désir sexuel ou ne se donnent pas une autorisation personnelle pour laisser éclore leur désir parce qu'elles ont peur d'être prises pour un strict objet de consommation sexuelle, donc de ne pas être aimées voire d'être abandonnées. Ou alors par crainte de perdre l'estime d'elles-mêmes. Sous l'effet de l'alcool, elles peuvent donc parfois un peu lever cette anxiété, ce que j'appelle "se démadoniser", c'est-à-dire ne pas être 'que' cette femme pure, vertueuse, fidèle..."

Cela dit, l'alcool peut entraîner de réels troubles de la libido, des problèmes de la dysfonction érectile, ou encore l'anorgasmie chez la femme, il s'agit alors d'un tout autre problème... "En effet, ce n'est donc pas la solution, reconnaît le Dr Esther Hirch. Il y a certains hommes auxquels il m'est arrivé de dire: 'vous savez, monsieur, il faudra choisir: c'est boire ou bander...'. Le souci est que, souvent, lorsqu'on arrête l'alcool, le problème s'aggrave. Du moins au début. Il n'y a plus l'effet désinhibiteur de l'alcool qui pouvait atténuer l'anxiété. Or, celle-ci revenant...

Ce n'est pas le fait de simplement arrêter sa consommation d'alcool qui va, du jour au lendemain, faire que les choses vont subitement revenir. Il faut donc un peu de patience et, avec les capacités physiologiques restantes, - sachant que la consommation excessive d'alcool peut entraîner de l'athérosclérose, des problèmes cardiovasculaires, neurologiques, hépatiques...- faire un travail personnel sexothérapeutique ou autre. Ceci dit, la sexualité étant une activité essentiellement sthénique, c'est-à-dire qui demande énergie, vitalité, enthousiasme..., il est certain qu'une consommation importante d'alcool sur le long terme détruit à petit feu toutes ces ressources."

Pour ce qui concerne le cannabis, c'est un peu le même processus qui se produit. "Certaines personnes confient en effet que lorsqu'elles fument un petit joint, elles peuvent plus facilement entrer dans ce que l'on appelle l'état de conscience modifiée, c'est-à-dire un état où l'on ne dort pas, où l'on n'est pas complètement réveillé, où l'on se trouve un peu entre deux eaux..., poursuit Esther Hirch. Tel envoûté par le fantasme ou la situation érotique. Or comme l'excitation nécessite nécessairement de se trouver dans un état de conscience modifiée - car lorsque l'on est anxieux, on peut difficilement se détendre, se relâcher...-, il est vrai que ces produits peuvent permettre d'accéder plus facilement à cet état. Et lorsque quelqu'un découvre qu'en les consommant, les choses 'arrivent' plus facilement, il aura effectivement tendance à y recourir à chaque fois au point de ne plus pouvoir s'en passer. C'est alors que l'on entre dans la dépendance avec toutes les dérives et les dangers que l'on connaît." Dont très certainement, les troubles de la sexualité.