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Alzheimer : une nouvelle voie à explorer

Laurence Dardenne

Mis en ligne le 15/04/2008

Des chercheurs américains sont arrivés à des résultats plutôt étonnants. Si cela reste intéressant, la prudence s'impose selon un neurologue belge.

L'expérience s'est déroulée à l'Institut pour la recherche neurologique de l'université de Californie. On y voit sur un film une infirmière assise près d'un patient de 92 ans atteint de la maladie d'Alzheimer, murmurant ou grimaçant lorsque la soignante lui demande de nommer un objet qu'elle désigne, comme un crayon ou un bracelet. Resté sans réaction lorsque l'expérience a été tentée avant le traitement, le vieil homme a correctement réagi après avoir reçu dans la colonne vertébrale une injection d'Etanercept, un médicament utilisé dans le traitement de l'arthrite. Peu après, le vieillard a salué son épouse, qu'il ne reconnaissait pourtant plus depuis des années. Celle-ci déclarera d'ailleurs que, quatre semaines après le traitement, l'amélioration de l'état de son mari perdure et que ses propos sont sensés 90 pc du temps.

Menée auprès d'une cinquantaine de patients, l'expérience a donné des résultats positifs dans plus de 90 pc des cas, ce qui a conduit les chercheurs américains à parler d'une "percée" dans la lutte contre la maladie d'Alzheimer. " Les patients traités ont connu une amélioration au niveau de leurs capacités à calculer, de leur mémoire et de leurs capacités verbales ", a déclaré le Pr Edward Tobinick, directeur de la recherche, précisant que les effets se sont maintenus aussi longtemps que les malades se voyaient administrer une injection hebdomadaire.

A lire ces résultats, on aimerait croire au miracle. Il convient cependant de rester prudent. Et ce, pour plusieurs raisons, comme nous l'explique le Dr Jean-Christophe Bier, neurologue à l'hôpital Erasme. " Cela paraît certainement intéressant , indique le spécialiste, il n'y a donc pas de raison de ne pas investiguer cette voie qui tend à aller dans le sens de l'hypothèse inflammatoire de la maladie d'Alzheimer. Jusqu'ici, malgré de nombreuses études, il n'a jamais pu être démontré que les effets anti-inflammatoires ont un impact positif sur la pathologie."

Pas le traitement miracle

Il conviendrait donc de considérer ces résultats comme ouvrant une nouvelle voie d'investigation, mais en aucun cas comme l'arrivée d'un nouveau traitement miracle, d'autant que le mode d'action ne semble pas élucidé. " On sait seulement qu'il paraît y avoir un effet anti-inflammatoire par cette voie. Or , rappelle le neurologue, malgré la présence d'une inflammation probable, la maladie d'Alzheimer est avant tout une affection dégénérative avec des lésions qui apparaissent au niveau cérébral, ce que l'anti-TNF (NdlR : comme l'Etanercept utilisé dans l'essai) ne va absolument pas traiter."

D'autres éléments incitent à la prudence. " Il peut arriver que l'état de santé de patients Alzheimer fluctue et ces résultats pourraient dès lors être dûs au hasard. Il pourrait aussi ne pas s'agir d'un Alzheimer, mais bien d'une vasculite du système nerveux central, par exemple, qui se traite avec ce type de médicament non dépourvu d'effets secondaires (tumeurs, infections,...), poursuit le médecin. En outre, on sait que l'effet placebo est très efficace, y compris dans la maladie d'Alzheimer, même si cela peut paraître étonnant. Le simple fait de s'occuper d'un patient fait qu'il va mieux. Or, c'est en l'occurrence le cas avec cet acte invasif qu'est l'injection dans le liquide céphalorachidien. Une récente étude américaine vient par ailleurs de démontrer que l'effet placebo augmente lorsque l'on annonce au patient un coût de traitement supérieur."

En conclusion, s'il n'est pas interdit de s'enthousiasmer par rapport à cette nouvelle voie d'investigation, la prudence s'impose car, pour le Dr Bier, "on est très loin de la démonstration selon laquelle il s'agit, d'une part, d'une voie efficace; et, d'autre part, qu'elle le soit autant que décrite. Car, même si l'efficacité se confirme, je crains qu'elle ne soit jamais à la hauteur de ce qui est annoncé. Dans le meilleur des cas, ce que l'on peut attendre de ce type de traitement est une stabilisation de l'affection, mais non un retour en arrière avec restitution des cellules ". Malheureusement.

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