Sciences - Santé

En salle d'op', niveau moins 1 de la Clinique Sainte Elisabeth, à Uccle, il est 15 h ce mercredi et le patient vient d'être mis sous sédation. "Ne bougez pas, Monsieur", lui demande, doucement mais fermement, une infirmière. Au-dessus de lui, un grand écran plat, affichant tout en couleurs ce qui n'est autre qu'une cartographie du cœur en ultra haute résolution. Autour de la table d'opération, l'équipe médicale s'affaire aux préparatifs, tirant de leurs étuis stériles les cathéters qui vont servir à l'intervention. Une intervention un peu particulière car, depuis le 22 février, les cardiologues de cette clinique bruxelloise bénéficient d'une technologie de pointe, nommée Rythmia.

Rythmia n'est pas l'appellation d'une nouvelle danse, mais bien, au risque d'être plus prosaïque, le nom du nouveau système de cartographie (ou "mapping") pour le traitement par ablation des arythmies cardiaques. C'est en effet le tout nouveau tout beau "joujou" dont s'est doté, en ce début d'année, la Rythmic Clinic, une structure multidisciplinaire dédiée à la prise en charge des patients présentant une arythmie cardiaque, au sein du Département de Cardiologie des Cliniques de l’Europe à Bruxelles.

Un nouveau système "vraiment fabuleux"

Fraîchement installé à la Clinique Sainte Elisabeth à Uccle, le Rhythmia est le premier appareillage du genre en région francophone, alors qu'il en existait déjà deux du côté néerlandophone, l'un à Anvers Middelheim depuis le printemps 2016 et l'autre à la VUB depuis septembre. Mais surtout, s’agissant de la dernière génération, l'exemplaire qui a été mis en fonction il y a deux semaines à Uccle, est le premier en Europe. Autant dire qu'il fait la fierté de l'équipe de la Rythmic Clinic, coordonnée par le Dr Bernard Deruyter, cardiologue spécialisé en rythmologie. "Ce nouveau système est vraiment fabuleux pour ce qu’il nous fait gagner en temps - ce qui est appréciable dans des procédures qui durent souvent plusieurs heures -, mais surtout en précision et en résultat pour les patients avec moins de récidives d’arythmie. Car il ne s’agit pas d’une course à l’armement : ce ne sont pas des arythmies que nous ablatons, ce sont des patients que nous soignons".


"Aujourd’hui, on recrée en 3 dimensions la cavité cardiaque"

Comment traite-t-on les arythmies?

Toutes les arythmies sont susceptibles d’être traitées par des médicaments, mais aussi par ablation (coagulation) et le résultat est alors presque toujours meilleur, sans parler des effets secondaires des médicaments.

Le principe lui-même est assez simple : au moyen de cathéters, fins câbles ultra perfectionnés introduits le plus souvent via un vaisseau du creux inguinal, le médecin va venir coaguler à l’intérieur des cavités cardiaques les zones qui sont responsables du début de l’arythmie ou du fait qu’elle se perpétue. Cette intervention offre généralement à un large groupe de patients la possibilité de venir à bout de leurs troubles du rythme cardiaque.

A quoi sert le système de cartographie ?

Le "mapping", ou cartographie, permet de préciser la cible de l’ablation. Il est en effet indispensable de disposer d’une cartographie très précise pour visualiser le substrat et affiner la compréhension du mécanisme de certaines arythmies complexes. Par le passé, les cartographies étaient assez rudimentaires mais petit à petit, les systèmes se sont renforcés.

Aujourd’hui, on recrée en 3 dimensions la cavité cardiaque dans laquelle le médecin peut localiser l’arythmie, la voir se propager. Il peut naviguer au sein des cavités, tourner l’image et zoomer comme il le souhaite. Plusieurs types de cartes existent. Certaines permettent de voir les cicatrices au sein du tissu cardiaque, les court-circuits électriques peuvent être visualisés sur d’autres cartes dynamiques.

Quelles sont les spécificités de Rhythmia?

Il suffit de quelques minutes pour que ce système non seulement recrée en trois dimensions la cavité cardiaque concernée et génère ces fameuses cartes en haute définition avec une telle finesse du détail qu’il facilite la réalisation avec succès de procédures complexes notamment dans un contexte de tissus remanié, fibrosé, cicatriciel.

Quelles sont les indications et les contre-indications?

Les indications sont les arythmies complexes notamment dans un contexte de tissus remanié, fibrosé, cicatriciel. Il n'y a pas de contre-indication, sinon celle des ablations elles-mêmes.

Quels sont les avantages de ce nouveau système?

La rapidité d’acquisition des cartes, une très haute précision et une diminution du nombre de récidives d’arythmies.

Et les inconvénients?

Sans doute la complexité. Comme toutes les technologies de pointes, celle-ci demande une formation spécifique et constante de tous les membres de l’équipe.


La rythmologie, une discipline spécifique qui a émergé ces dernières années en cardiologie

Si des ablations et études électrophysiologiques sont réalisées depuis 20 ans aux Cliniques de l’Europe, il y a un an a été ouverte une toute nouvelle salle dédiée principalement à la rythmologie cardiaque interventionnelle. "C’est une salle de cathétérisme classique équipée du matériel spécifique nécessaire pour réaliser des traitements électro-physiologiques, c'est-à-dire des traitements des arythmies cardiaques par interventions intracardiaques lors de cathétérismes, c'est-à-dire en passant par voie veineuse par de simples ponctions", nous explique le Dr Bernard Deruyter.

Ces dernières années, la rythmologie a émergé dans le monde comme une discipline spécifique en cardiologie. "Les connaissances des mécanismes des arythmies et la technologie utilisée au labo d’électrophysiologie évoluent constamment" fait remarquer le spécialiste.

Pour comprendre l'intérêt du nouveau système de cartographie, il faut rappeler l'étape cruciale dans l’ablation des arythmies réalisée, à la fin des années 90, par une équipe de Bordeaux. Elle consiste en la description des foyers déclencheurs de la fibrillation auriculaire au niveau des veines pulmonaires, permettant dès lors l’ablation de la fibrillation auriculaire, la plus fréquente de toutes les arythmies, responsable de 20% des AVC, d’insuffisance cardiaque et d’innombrables consultations en urgence et hospitalisations.

"Pour accompagner cette évolution de la rythmologie cardiaque interventionnelle, la technologie a dû s’adapter et les progrès de l’informatique arrivaient juste à point", poursuit le Dr Deruyter.


A savoir: qu'est-ce que l'arythmie cardiaque?

Un cœur en bon état bat normalement au rythme de 60 à 100 pulsations, de manière régulière. S'il est normal que le rythme cardiaque s'accélère en réponse à un effort physique ou en cas de dérèglement de la glande thyroïde, par exemple, une arythmie cardiaque se produit lorsque le cœur bat irrégulièrement, à moins de 60 pulsations ou plus de 100 pulsations par minute sans que cela soit justifié. Il s'agit du trouble cardiaque le plus fréquent. Dans un cœur arythmique, les impulsions électriques qui contrôlent les battements du cœur, se produisent de manière désordonnée ou ne passent pas par les circuits électriques habituels. La durée d'une arythmie varie beaucoup d'un individu à l'autre et dépend du type d'arythmie.

Ces vingt dernières années, le nombre d'hospitalisations dues à des cas de fibrilation auriculaire (trouble du rythme cardiaque dû à une désorganisation des impulsions électriques contrôlant les battements cardiaques) a augmenté de 60% dans le monde entier. En Belgique, on estime le nombre de patients à 150000 et, dû au vieillissement de la population, on estime qu'il devrait doubler d'ici 2050. En moyenne, la fibrillation auriculaire affecte chaque heure quatre Belges. Au-delà de 50 ans, une personne sur quatre court le risque de faire de la fibrillation auriculaire avant la fin de sa vie.

A l'agenda

Les Drs Hannes Van Acker, Gaetano Paparella et Bernard Deruyter organisent le 18 mars prochain sur le site de Ste-Elisabeth (Cliniques de l’Europe) un symposium de rythmologie consacré aux stratégies cliniques et nouvelles technologies pour le traitement des arythmies cardiaques. Ce symposium concerne principalement les cardiologues qui s’intéressent à la rythmologie. Outre l’équipe de la Rythmic Clinic, les orateurs et modérateurs proviennent de plusieurs hôpitaux belges. Quatre séances seront consacrées à la défibrillation et la stimulation cardiaque, à l’ablation de la fibrillation auriculaire, à l’ablation de la tachycardie ventriculaire. Le Professeur Pierre Jaïs de l’Hôpital Haut-Lévêque à Bordeaux sera également présent. Il replacera les techniques ablatives, notamment de la fibrillation auriculaire, dans une perspective historique.

Informations : 02/416.77.02 et courriel : tfrank@bsci.com, etaes@bsci.com et sstallaert@sjm.com