Sciences - Santé L’espérance de vie est supérieure chez les personnes qui ont des enfants, et plus encore chez les hommes, selon une étude suédoise.

Le fait d’avoir au moins un enfant augmente l’espérance de vie, plus particulièrement chez les hommes, selon une étude menée auprès de 1,4 million de Suédois. Une conclusion qui ne semble pas étonner les épidémiologistes et autres experts en approches sociales de la santé, ainsi Isabelle Godin, professeur à l’Ecole de santé publique de l’ULB.

"Le fait de se marier constitue déjà une première sélection, nous fait-elle remarquer. On sait en effet très bien que l’état de santé diffère selon l’état civil. Lorsque l’on compare les indicateurs de santé entre les personnes adultes mariées et non mariées, on observe qu’ils sont meilleurs, toutes choses étant égales par ailleurs, chez les personnes mariées. Et cela, déjà par le fait que, parmi les personnes non mariées, il y a toute une série de personnes qui sont seules étant donné leur état de santé physique ou mental. Lorsque l’on est par exemple gravement handicapé, la probabilité de se marier est fortement réduite. Et même si, dans ce cas, il y a mariage, les chances d’avoir un enfant s’avèrent également moindres." Ces indicateurs de santé avant mariage n’étaient pas disponibles dans cette étude.

L’impact du soutien social est bien connu et déterminant

Le soutien social donné entre autres par les enfants est aussi un élément qui intervient en faveur de la santé. "De même qu’il est bien admis qu’avoir un partenaire est bénéfique pour la santé physique et le bien-être, avoir des enfants et des petits-enfants l’est également, commente encore Isabelle Godin. C’est un facteur d’épanouissement. Dans la théorie de l’impact du support social sur la santé, il existe une pléthore de publications dans le domaine de la socio-épidémiologie depuis les années 70 qui montre l’effet bénéfique du support social - affectif et matériel -, lequel comprend les époux, enfants, amis, voisins, entourage… Et plus encore lorsque l’on devient âgé, bénéficier de ce réseau donne du sens à la vie et soutient peut-être les comportements et attitudes favorables à la santé. Etre grand-parent et pouvoir se montrer utile pour les petits-enfants est bénéfique. Cela oblige à se maintenir en bonne santé pour pouvoir assumer ce rôle. Il y a le support social perçu et le support social effectif. Le simple fait de savoir que l’on compte pour ses enfants et/ou ses proches, ou que l’on peut compter sur eux, même si on ne fait pas ou peu appel à eux est déjà sécurisant et bienfaisant."

Au-delà du soutien apporté par leurs enfants, pour expliquer l’écart d’espérance de vie entre les personnes avec ou sans enfants, les auteurs de l’étude menée en Suède avancent d’autres phénomènes possibles comme le fait d’avoir adopté des comportements plus sains à cause de leurs enfants.


Près de deux ans de plus si on est parent

Publiée mardi dans la revue médicale "Journal of Epidemiology&Community Health" et réalisée sur plus d’1,4 million de Suédois nés entre 1911 et 1925, une étude montre que l’espérance de vie à 60 ans est supérieure de près de deux ans chez les parents d’au moins un enfant par rapport aux personnes sans enfants. L’écart est un peu supérieur chez les hommes, de l’ordre de 1,8 an, contre 1,5 an chez les femmes. "Avoir des enfants est associé à une longévité accrue", selon les chercheurs qui mettent en avant le système de soins très performant et quasi gratuit en Suède. Quant à l’avantage relatif observé chez les pères ayant eu des enfants, il est encore plus important chez les hommes non mariés "peut-être parce que les hommes mariés bénéficient aussi des soins et du soutien du partenaire, alors que les non-mariés et les veufs seraient plus dépendants de leurs enfants adultes".