Sciences - Santé

Le nez qui coule, les yeux qui pleurent, et des démangeaisons En d’autres mots, plus médicaux : rhinorrhée larmoiements, éternuements à répétition, prurit à tous les niveaux ORL (yeux, nez, gorge, oreilles) , les symptômes caractéristiques de la rhinite allergique (RA), à défaut d’être réellement douloureux et graves, s’avèrent certainement très désagréables et fort gênants. "Une maladie handicapante et contraignante", selon les termes des patients affectés qui, souvent, voient leur qualité de vie altérée. D’autant que ces symptômes peuvent occasionner des troubles de concentration et du sommeil. Alors que 40 % des patients se disent en effet perturbés à ce niveau pendant toute la saison des pollens, le syndrome d’apnées du sommeil peut se développer ou être aggravé pendant cette période. Plusieurs études démontrent, chez ces patients, un taux d’absentéisme supérieur que ce soit en classe ou au bureau, avec des répercussions sur les performances scolaires ou professionnelles.

Pour autant, les personnes souffrant de RA se prennent-elles en charge ? D’après une enquête TNS réalisée en 2009, en France, 26 % des 623 sujets interrogés ont consulté dans les 12 mois ayant précédé l’enquête; 46 % n’ont jamais consulté et 28 % ont consulté "dans le passé". Des 26 % de patients ayant consulté l’année précédente et sous traitement symptomatique, près des trois quarts (73 %) demeuraient non-contrôlés, soit 19 % de la population totale des patients souffrant de RA. Malgré l’utilisation de traitement symptomatique, 13 % des patients qualifient leur qualité de vie de "médiocre".

Cela dit, ce n’est qu’après 6,6 années, en moyenne, de traitements symptomatiques, que le patient se voit proposer une autre option thérapeutique, causale celle-là. "Un tiers des patients a même attendu dix ans ou plus avant de se voir proposer une alternative au traitement symptomatique", souligne à ce titre le Dr Xavier Van der Brempt, pneumo-allergologue, Allergopôle, Clinique Saint-Luc à Bouge, lors de la présentation, mardi à Bruxelles, d’un comprimé sublingual - cinq graminées. (Voir notre encadré)

Pour ces patients souffrant de la RA modérée à sévère non contrôlée, c’est l’immunothérapie allergénique ou désensibilisation qui s’impose. "Traitant la cause de l’allergie, en plus des symptômes, cette option thérapeutique, qui ne s’apparente pas plus à l’homéopathie qu’à la vaccination, a pour but d’induire une tolérance chez le patient", explique le Pr Didier Ebo, immunologue-allergologue à l’UZ Antwerpen. On peut en attendre moins de symptômes pendant et après le traitement, ainsi qu’un moindre développement de la maladie en termes de nombre d’allergies et de plaintes".

D’après une enquête européenne, menée dans cinq pays dont la Belgique, près de 8 patients belges sur 10 traités par immunothérapie allergénique se disent satisfaits ou très satisfaits de leur traitement. "Outre l’effet très significatif sur les symptômes et la qualité de vie durant la saison pollinique, poursuit le Dr Van der Brempt, l’immunothérapie allergénique divise aussi par trois le risque de développer de nouvelles allergies, et le risque d’apparition d’asthme". Ce qui n’est pas négligeable quand on sait que 40 % des patients avec RA présentent un asthme concomitant.

Historiquement disponible sous forme sous-cutanée (injections) et sublinguale (solutions à déposer sous la langue), cette approche existe désormais sous forme de comprimé sublingual pour l’allergie aux pollens de graminées.

Depuis le 17 septembre dernier, un comprimé d’immunothérapie aux pollens de 5 graminées, indiqué dans le traitement de la rhinite allergique saisonnière, communément appelée "rhume des foins", est effectivement disponible sur le marché belge. "Ce comprimé sublingual de pollens de cinq graminées a démontré, sur un nombre important de patients, qu’il diminuait non seulement les symptômes de manière significative dès la première saison de traitement, mais également, à raison de 30 %, le nombre de jours sans symptômes", affirme le Pr Ebo. En outre, toujours selon l’immunologue-allergologue anversois, des résultats préliminaires, présentés au congrès de l’EAACI (European Academy of allergy and clinical immunology), en juin dernier, ont démontré un effet maintenu un an après l’arrêt du traitement.

Indiqué pour les patients diagnostiqués allergiques aux graminées, et présentant toujours des symptômes malgré l’administration d’un traitement, ce comprimé sublingual demeure un traitement particulièrement onéreux, puisque le coût mensuel s’élève à près de 93 €, sachant qu’il doit être administré dès janvier, et pour une durée de 5 à 6 mois.