Sciences - Santé Voilà des "nouvelles" - en l'occurrence une confirmation - plutôt rassurantes pour les personnes vivant dans un rayon de 20 kilomètres autour des centrales nucléaires de Doel et Tihange et des nouvelles légèrement plus inquiétantes pour les habitants vivant dans un rayon similaire autour des sites de Fleurus et Mol-Dessel. Ce jeudi, l'Institut scientifique de santé publique (ISP) vient en effet de communiquer les résultats intermédiaires d'une nouvelle étude réalisée avec le concours de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) et de la Fondation registre du cancer.
On se souviendra que, conformément aux recommandations émises dans le cadre d’une précédente étude de l’ ISP en 2012, la ministre fédérale des Affaires sociales et de la Santé publique, Maggie De Block avait, en 2016, chargé l'ISP de réexaminer l’incidence des nouveaux cas de cancer de la thyroïde dans une zone de 20 kilomètres autour des centrales et sites nucléaires belges. Et ce sur une période couvrant les années 2000 à 2014. La présente étude s'inscrit donc dans la continuité de la première, publiée en 2012 et dont les résultats couvraient les seules années 2000 à 2008.

Confirmation des résultats publiés en 2012

Que révèlent les résultats intermédiaires de cette nouvelle étude? Ils corroborent ceux publiés en 2012. A savoir : l’incidence des nouveaux cas de cancer de la thyroïde dans un rayon de 20 kilomètres autour des centrales de Doel et Tihange n’est pas plus élevée - elle l'est même moins! - que les moyennes observées respectivement en Flandre et en Wallonie & Région de Bruxelles-Capitale, alors que, dans un même rayon autour des sites de Fleurus et de Mol-Dessel, l’étude met en lumière une incidence "légèrement plus élevée" des nouveaux cas de cancer de la thyroïde par rapport aux moyennes observées respectivement dans les autres régions du pays.


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"L’objectif principal de cette nouvelle étude est de réaliser un suivi épidémiologique, pour déterminer s'il y a plus de nouveaux cas de cancer de la thyroïde autour des sites nucléaires, et non de mettre en évidence un lien de causalité entre les cas de cancer de la thyroïde observés et la présence des installations nucléaires, nous dit Sarah Moreale, chargée de communication à l'ISP. Par la suite, des études plus complexes et de plus longue durée pourraient être faites pour vérifier s’il y a un lien de causalité. Le coût d’une telle étude est élevé : un groupe défini de personnes doit être suivi pendant plusieurs années et cela au niveau individuel. Une telle étude ne sera donc menée qu’à la demande des décideurs politiques".

Quant aux prochaines étapes, " ces résultats intermédiaires ont été obtenus en utilisant l’échelle géographique des communes, afin de rendre la comparaison possible avec ceux publiés en 2012, explique l'ISP. Cette étape étant désormais réalisée, l’ISP va poursuivre ses recherches et analyser au cours des prochains mois l’incidence des cas de cancer de la thyroïde et de leucémie infantile aiguë au niveau des "secteurs statistiques" (subdivisions au sein des communes), toujours dans un rayon de 20km autour des sites et centrales nucléaires belges". Les résultats sont attendus mi 2018 et devraient permettre d’affiner ces observations intermédiaires.

Le Centre d'étude de l'énergie nucléaire réagit

Suite à la parution des résultats diffusés ce jeudi matin par l'ISP, le Centre d'étude de l'énergie nucléaire (SCK•CEN) a souhaité réagir. " La légère augmentation de cas de cancer de la thyroïde constatée localement (non significative sur le plan statistique) et qui est pointée dans cette étude n’a rien d’exceptionnel, explique Luc Holmstock, médecin spécialisé en radioprotection au SCK•CEN et professeur extraordinaire en formation interuniversitaire de radioprotection. Dans environ 20% des communes belges, le taux d’apparition du cancer de la thyroïde est bien plus élevé que la moyenne régionale et dans environ 20%, bien plus basse. Il est donc évident qu’il existe des variations locales importantes et ce indépendamment de la présence ou non d’activités nucléaires. En moyenne, le taux d’apparition du cancer de la thyroïde en Flandre (et donc également dans les alentours du site nucléaire de Mol-Dessel) est environ deux fois inférieur à celui de la région bruxelloise ou de la région wallonne.
En ce qui concerne plus particulièrement les émissions nucléaires du SCK•CEN, celles-ci sont minimes et même insignifiantes. Annuellement, les doses enregistrées sont des milliers de fois plus faibles que la somme des rayonnements naturels et médicaux auxquels le Belge est exposé
".