Sciences - Santé

Comment savoir si un patient atteint d’un type bien particulier de leucémie virale (c’est-à-dire causée par un virus) répond – ou non – au traitement qui lui a été administré ? C’est une question à laquelle des chercheurs belges viennent en partie de répondre en proposant un nouvel outil prédictif de réponse au traitement.

Publiée mardi dans la revue Leukemia, une étude pilote menée par l’équipe de recherche dirigée par le Dr Anne Van den Broeke, chercheur en hématologie (Institut Jules Bordet – Université Libre de Bruxelles et GIGA – Université de Liège) en collaboration avec l’Hôpital universitaire Necker à Paris, décrit une méthode moléculaire permettant de mieux évaluer la réponse au traitement chez des patients atteints d’un type de leucémie particulièrement agressif et en démontre l’utilité pour le suivi clinique.

Les résultats montrent en effet que la méthode optimisée par les chercheurs permet, pour la première fois, de mieux évaluer la réponse au traitement, de prédire une rechute précoce et par conséquent, d’aider les cliniciens dans leurs décisions thérapeutiques, comme nous l’explique le Dr Anne Van den Broeke, dont l’étude a été financée notamment par les Amis de l’Institut Bordet et le Télévie.

Aujourd’hui, comment évalue-t-on la réponse thérapeutique en cas de leucémie virale ?

Chaque cas de leucémie virale induite par HTLV-1 (appelée leucémie à cellules T de l’adulte) est caractérisé par une position bien précise du virus dans le génome des cellules du sang, différente pour chaque patient. Jusqu’à présent, les patients atteints de ce type de leucémie, pour lesquels le pronostic est malheureusement très défavorable, ne bénéficiaient d’aucune méthode fiable pour évaluer la réponse thérapeutique. Les oncologues se basent sur des critères de “rémission” (la maladie n’est plus détectable) définis en 2009, à défaut de tests plus sensibles. Cependant, la majorité des patients en “rémission clinique” rechutent rapidement, sans que cette rechute soit prévisible par les critères actuellement disponibles.

Que va permettre la nouvelle méthode moléculaire mise au point par votre équipe ?

La nouvelle méthode moléculaire permet de détecter, dès le diagnostic et de manière quantitative, la “carte d’identité virale” du patient. Sa diminution suite au traitement sera le reflet d’une bonne réponse thérapeutique, son augmentation signant une recrudescence de la leucémie et donc la rechute pour le patient. Grâce aux améliorations apportées à la technique, les chercheurs sont parvenus à obtenir un outil moléculaire nettement plus performant et plus sensible. D’autre part, ils ont réussi à en réduire les coûts au point où il est envisageable de l’utiliser en clinique.

Concrètement, comment cela se passe-t-il ?

Une simple prise de sang suffit. Ensuite, après traitement de l’échantillon, tout laboratoire clinique équipé d’un séquenceur à haut débit pourra en principe l’intégrer dans les analyses de routine.

Qu’est-ce que cette nouvelle méthode va changer pour le patient à court, moyen et plus long terme ?

Dans un premier temps, cela permettra d’éviter la poursuite d’un traitement lourd alors qu’inefficace. D’autre part, en cas de signe de rechute, le patient pourrait bénéficier d’un traitement alternatif. Cependant, n’oublions pas qu’il s’agit d’une étude pilote et qu’il est indispensable de poursuivre ces recherches afin d’évaluer les modalités de son utilisation en clinique.

Quel est le pourcentage de rechute pour ces leucémies virales ?

La médiane de survie pour les patients atteints de formes aiguës est de 6 à 10 mois. Le taux de rechute précoce est très élevé.

En cas de prédiction d’une recrudescence de la leucémie via cet outil, que fait-on ?

Plusieurs options seront possibles, mais elles restent à explorer dans le futur. Le clinicien pourra par exemple modifier le traitement ou pour certains patients envisager une greffe de cellules souches sans attendre.

Quelle est la prévalence de cette leucémie ?

La maladie étant rare en Europe, les patients sont souvent dirigés vers le centre de référence qui est l’Hôpital Necker à Paris, raison pour laquelle nous collaborons avec leur équipe d’hématologues. Toutefois, 10 à 20 millions de personnes sont infectées dans le monde, dont 5 % développeront une leucémie ! Enfin, il est envisageable d’adapter la méthode pour d’autres leucémies fréquentes et non virales. L’avenir nous le dira…

En quoi consiste l’étape suivante ?

L’étape suivante consistera à définir les conditions optimales d’utilisation de cet outil en routine clinique afin de l’intégrer au mieux au bénéfice du patient.




Sur la photo : Globules blancs (en bleu) en forme de fleur appelés "flower cells" caractéristiques de la leucémie virale induite par HTLV-1 



A savoir sur les leucémies

Définition : Le mot “leucémie” désigne une série de maladies qui affectent le système sanguin. Il existe donc différents types de leucémies. Tous types confondus, plus de 1600 nouveaux cas de leucémies sont enregistrés chaque année en Belgique, d'après la Fondation contre le cancer.

Classification : Une leucémie se définit selon 2 caractéristiques : la rapidité de sa progression (aiguë ou chronique) et le type de globules blancs anormaux en cause (lymphoïdes ou myéloïdes).

Causes : Plusieurs circonstances connues augmentent la fréquence d’apparition d’une leucémie : l’exposition professionnelle à certaines substances chimiques ou à une quantité importante de radioactivité, une prédisposition génétique ou certains virus.