Sciences - Santé

La rédaction de LaLibre.be a réussi à se procurer plusieurs exemplaires "d’opting out" (à voir ici), un volet standardisé du contrat qui est présenté depuis quelques années aux médecins en cours de spécialisation. Ce dernier permet aux hôpitaux de les employer jusqu’à 72 heures par semaine.

Sous couvert de l’anonymat, un jeune médecin nous explique : "Ceux qui ne le signent pas sont critiqués, souvent vus comme des planqués qui ne veulent pas travailler. Dans mon hôpital, les conditions sont devenues tellement difficiles que près d’un tiers des PG (NDLR : Post-gradués) ont annulé leur opting out… ce qui fait que les deux tiers restants ont encore plus de boulot". Un cycle sans fin qui pousse les médecins en spécialisation à travailler toujours plus. Ce qui surprend encore davantage c’est la manière dont cette clause du contrat est présentée dans certains hôpitaux, "quand tu signes ton contrat, l’opting out se trouve à la dernière page et la secrétaire te dit qu’elle ne sait pas trop ce que c’est, mais que tout le monde le signe.Tu peux dire que tu ne veux pas le signer, mais une semaine après on t’envoie quand même un rappel pour te dire que tu ne l’as pas signé".

En plus de cela, et alors que c’est illégal, la structure en place effectue des pressions afin que le nouveau médecin signe ce volet.


En cas de refus de signature, les médecins travaillent donc entre 48 heures et 60 heures, une fourchette déjà bien au-delà du régime de travail belge considéré comme "normal" (qui ne nécessite pas l'application de dispositions dérogatoires) et qui lui limite la durée du travail à 8 heures par jour et à 40 heures par semaine.

L’ABSyM, l’association belge des syndicats médicaux, condamne les pressions et les différentes dérives. Elle invite à un meilleur contrôle de la législation en vigueur. En effet, la loi stipule clairement que le médecin qui ne donne pas son accord (ou qui met fin à celui-ci) ne peut subir aucun préjudice de la part de l’employeur, une législation malheureusement pas toujours suivie.

« Cela vient avant tout d’en haut »

Pour le docteur Jérôme LeChien, président de l’association de défense des médecins intra hospitalier en formation , "le problème vient d'en haut avec le manque de moyens, mais aussi le nombre insuffisant de médecins" . Pour lui, il est important de souligner qu’il ne faut pas tirer inutilement sur l’ambulance. Les hôpitaux tenteraient juste de rester hors de l’eau face à une diminution de leur financement. L'avenir s'annonce très mauvais selon lui car le nombre de médecins en première, suite au nouvel examen d’entrée, est bien inférieur aujourd’hui qu’il n’était il y a quelques années. Cela augure une vague de problème lorsque cette promotion terminera ses six années d’études.


Burn-out au pays des blouses blanches

En 2016, une thèse de la KU Leuven étudiait un phénomène très célèbre de notre époque : "le burn-out". Ainsi, sur les 478 médecins généralistes en formation inscrits dans l’ensemble des universités flamandes, nombreux sont ceux qui en présentent des signes cliniques.


Le régime horaire hors norme risque donc d'être néfaste à la vie des médecins mais aussi à celle des patients.  Notre médecin anonyme nous confiait ainsi:  "si on effectuait moins d’heures, on aurait une meilleure qualité de vie, il y aurait moins de dépressions en milieu hospitalier et sans doute aussi moins d’erreurs médicales".