Sciences - Santé

Lorsqu’en mai 2009, fut mise en vente libre sur le marché belge, la pilule amaigrissante Alli 60 mg, on pouvait légitimement se douter qu’elle tenterait un public bien plus large que celui auquel ce médicament est en principe destiné, à savoir les personnes âgées de 18 ans et plus présentant un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 28. L’idée de perdre rapidement deux ou trois kilos jugés superflus au printemps en avalant quelques comprimés est, il est vrai, séduisante A l’époque, l’organisation des consommateurs Test-Achats (T-A), notamment, n’avait pas tardé à réagir, critiquant vivement l’accessibilité sans ordonnance à cette substance pas anodine, dont l’orlistat est le principe actif.

Aujourd’hui, Test-Santé livre les preuves qu’il y avait bien lieu de s’inquiéter, le médicament étant délivré, trop souvent, à un public en principe "non autorisé", comme il en va de l’alcool ou des produits du tabac. Pour savoir comment, en pratique, Alli pouvait être obtenu en officine, l’équipe de T-A a envoyé trois enquêtrices dans une quarantaine de pharmacies. En l’occurrence une jeune fille de 17 ans présentant un IMC de 21, une femme adulte (IMC 24-25) et une troisième remplissant tout juste, quant à elle, les conditions requises pour prendre la pilule en question puisqu’ayant un IMC de 28. Objectif de l’expédition : se procurer une boîte d’Alli et donc vérifier dans quelle mesure le pharmacien remplissait, comme il se doit, son rôle de conseiller. Histoire de voir si le patient/client correspond au bon profil mais aussi question de l’avertir des effets secondaires et interactions éventuelles avec d’autres substances.

Résultat des courses : la jeune fille n’ayant ni l’âge ni l’IMC requis pour se voir délivrer la pilule amaigrissante a obtenu une boîte sans souci dans 22 des 40 officines visitées; et la femme adulte de corpulence normale a pu en acheter dans 26 des 39 pharmacies où elle s’est rendue pour les besoins de l’enquête. Quant à la troisième enquêtrice qui, elle, présentait un profil adéquat, avec un IMC de 28, elle n’a été interrogée sur sa taille et son poids (mesures nécessaires au calcul de l’IMC) que par 14 des 35 pharmaciens qui lui ont délivré le produit. En ce qui concerne les mises en garde, seul un pharmacien sur cinq a pris la peine d’interroger l’enquêtrice sur son état de santé et la prise d’autres médicaments. Pour ce qui est des effets secondaires, 21 pharmaciens sur 35 ont jugé utile d’en faire part à leur cliente.

Bien conscient que cette enquête ne reflète pas nécessairement de façon fidèle la réalité sur le terrain, T-A déplore néanmoins l’insouciance dont certains pharmaciens font preuve dans l’exercice de leur profession, où le rôle de conseil est primordial.

L’organisation a rappelé quelques enquêtes menées au cours de l’année écoulée, où elle avait pointé du doigt des situations et comportements qualifiés par elle d’inadmissibles. Ainsi 40 des 103 médecins généralistes visités par les enquêteurs anonymes ont-ils délivré une prescription d’antibiotiques à ces pseudo-patients venus se plaindre d’un mal de gorge; sur 68 centres de bronzage visités et interdits aux mineurs, seuls 25 préposés ont demandé l’âge ou la carte d’identité au jeune enquêteur de 17 ans; 21 d’entre eux lui ayant refusé l’accès; quant à la vente d’alcool aux mineurs, dans 87 % des magasins visités, supermarchés et night shops, les adolescents ont pu acheter une bouteille sans être inquiétés. Enfin, après avoir reçu une fin de non-recevoir à la suite de demandes d’informations sur les maladies nosocomiales (infections contractées à l’hôpital), pour des patients inquiets, T-A a décidé d’assigner le SPF-Santé publique devant le Conseil d’Etat.