Sciences - Santé Fondation Dyslexie

Peut-être avez-vous déjà connu une telle situation lorsque vous étiez petit. Ou peut-être pas. Souvenez-vous. Dans un souci de proactivité, votre maîtresse ou maître d’école proposait à l’ensemble de la classe un exercice de lecture à voix haute. "Chouette !" , s’écriaient certains, tandis que d’autres, redoutant l’épreuve plus que tout, se réfugiaient discrètement sous leurs bancs.

C’est alors que le sort s’abattait sur l’un de vos petits camarades. "Quand on veut mentir au téléphone, il faut faire attention à ne pas répondre : ‘Mon frère vient de me dire qu’il ne pouvait pas te parler puisqu’il est parti’" , s’appliquait ainsi à lire l’infortuné. Fou rire général dans la classe. Et puis, silence. Que se passait-t-il à ce moment précis dans la tête de votre copain de classe ? "Ont-ils rigolé parce que je ne suis pas parvenu à lire la phrase correctement ? Ou parce que le contenu du texte était comique ?" Flou et sentiment de honte. Le saviez-vous ? Votre camarade est en fait dyslexique.

Souvent présentée comme "un trouble des apprentissages", la dyslexie est "un dysfonctionnement neurobiologique qui touche environ cinq à dix pour cent des enfants d’intelligence normale" , relève l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Au travers de difficultés de compréhension, de lecture et d’écriture, elle affecte durablement la scolarité des enfants concernés et leur devenir : perte d’estime de soi, décrochage scolaire, repli et même dépression.

C’est précisément pour lutter contre ce phénomène d’exclusion que Benoît Billette de Villemeur a créé, en 2008, la Fondation "Dyslexie". Composé d’une quarantaine de bénévoles actifs un peu partout dans le monde de la francophonie - essentiellement en Belgique, France et au Canada - cet organisme d’utilité publique non subsidié entend mettre l’enfant dyslexique - et l’adulte aussi - au cœur du processus. " Notre objectif premier, c’est vraiment de valoriser l’estime de soi chez les dyslexiques. Plutôt que de buser un élève dyslexique en dictée en soulignant le nombre de fautes d’orthographe qu’il a faites, pourquoi ne pas le mettre en avant en le félicitant pour les erreurs qu’il n’a pas ou plus commises ?" , propose M. de Villemeur.

Ce dernier est bien placé pour le savoir : il est lui-même dyslexique. Deux de ses enfants le sont également. "Quand j’étais à l’école primaire, je n’ai jamais obtenu plus que zéro en dictée. Forcément, en fonction de la cotation qui était appliquée par l’enseignant, vous pouviez très vite vous retrouver au plus bas." Et le même de souligner : "Ce n’est pas parce que l’on est mauvais en orthographe que cela doit être désagréable ! Accepter que l’enfant dyslexique fasse des erreurs d’orthographe, c’est déjà une preuve de maturité. Le valoriser pour les erreurs qu’il ne fait plus, c’est encore mieux."

Comment ? Notamment en sensibilisant et en formant les enseignants. C’est ainsi qu’une dizaine de formateurs issus de la Fondation agissent directement dans les écoles, tandis que des tables de discussions et d’échanges sont organisées en son sein entre parents d’une part, entre enseignants et logopèdes d’autre part.

"Il est crucial que les parents puissent se retrouver entre eux afin d’échanger et de parler de leurs tracas communs en toute sérénité. D’autre part, les enseignants doivent être formés à la problématique, de façon à ce qu’ils puissent détecter une forme de dyslexie chez l’enfant", expose l’initiateur du projet. Avant d’insister sur la distinction à faire entre le rôle de l’enseignant et celui du logopède. "Le professeur enseigne la lecture à l’enfant, tandis que le logopède lui fournit les mécanismes nécessaires à la lecture."

Aujourd’hui, sur un total de 220 millions de francophones dans le monde, environ 11 à 22 millions d’entre eux seraient dyslexiques. Autrement dit, dans une classe d’une vingtaine d’enfants, en moyenne deux parmi eux seraient affectés par un tel trouble des apprentissages.

Un "dysfonctionnement neurobiologique" donc qui, aux yeux de la société, reste encore trop souvent perçu comme une défaillance, nous explique-t-on. " Dans l’inconscient collectif, faire des fautes d’orthographe, c’est être bête. Or, la dyslexie n’a rien à voir avec le degré d’intelligence" , insiste M. de Villemeur. Qui poursuit : "Par exemple, les dyslexiques ont d’autres aptitudes, comme le fait de pouvoir voir plus facilement en 3D." Et le même d’admettre : "Bien entendu, plus tôt on traite le problème, mieux c’est. Personnellement, j’ai été capable de lire à voix haute à l’âge de 30 ans. On le vit comme une véritable souffrance."

Souffrance pour lui-même, souffrance pour ses enfants aussi. "Un jour, j’ai déclaré à l’un de mes fils, lui aussi dyslexique : ‘Je ne te laisserai pas tomber.’ C’est très déculpabilisant. On est comme ça, et on n’y peut rien." C’est ainsi que beaucoup de dyslexiques, en mettant en place des stratégies de compensation, se sont plus souvent retrouvés à des fonctions de chefs d’entreprises qu’à des postes de cadres.

Ainsi, cela n’a pas empêché à Albert Einstein de devenir un grand physicien ou à Steve Jobs d’être le concepteur de la célèbre marque à la pomme. Et même à d’autres de devenir journalistes.