Sciences - Santé

Bien plus qu'une simple évolution, l'e-santé est une véritable révolution à laquelle assistent et doivent immanquablement s'adapter le monde médical mais aussi les patients. Outils informatiques de gestion avec la digitalisation du dossier médical, prise de rendez-vous en ligne, e-prescription qui devient obligatoire dès 2018; objets connectés qu'il s'agisse de mesurer son taux de glucose ou de suivre son sommeil; monitoring à distance des traitements et de leur observance; applications mobiles qui permettent notamment le suivi journalier d'un comportement de santé; outils d'aide au diagnostic utilisant l'intelligence artificielle; gestion de la santé via l'usage d'Internet, de ses données médicales; services sur le web tels que la pharmacie en ligne ou les consultations à distance; communautés de patients sur les réseaux sociaux...

Les possibilités sont immenses, offrant d'incroyables opportunités mais présentant également certains dangers. Ou, à tout le moins, posant de nombreuses questions dans ce monde en profonde mutation.

Que pensent en effet les médecins, généralistes ou spécialistes, de l'e-santé, cette révolution majeure dans l'histoire de la pratique médicale? Où en sommes-nous dans l'utilisation de ces techniques, procédures et outils? Quelles sont les barrières perçues ou réelles à l'adoption de l'e-santé? Et comment se porte la pharmacie en ligne? C'est ce qu'a tenté de savoir la plateforme d'information du secteur MediQuality, en collaboration avec Newpharma, première pharmacie en ligne belge, dans le cadre d'une enquête menée auprès de 380 médecins (50% de généralistes et 50% de spécialistes), 72 % d'hommes et 28% de femmes.

Une remarque préliminaire s'impose cependant, expliquant probablement en grande partie ces résultats quelque peu surprenants. Elle tient à l'âge des participants à l'enquête: soit 2,90% de médecins de moins de 40 ans, 6 % entre 41 et 50 ans, environ 20 % entre 51 et 60 ans; près de 30 % ayant plus de 60 ans et 41,4 % dont l'âge n'est pas spécifié. Dommage, car ces données doivent sans doute considérablement influencer les résultats de cette enquête. Quoi qu'il en soit, en voici les principaux enseignements.

L'e-santé n'est pas au centre des préoccupations des médecins

Contre toute attente, le premier constat est que l'e-santé ne figure pas au centre des préoccupations des médecins belges interrogés, et faisant cependant une utilisation active d'Internet. Si la moitié d'entre eux exprime toutefois un intérêt marqué pour l'e-santé et se dit persuadé que cela constitue un tournant dans l'histoire de la médecine près de 60% d’entre eux avouent avoir un niveau d’implication faible en la matière et 16% disent même ne pas du tout se sentir impliqués par le phénomène. C'est le cas pour 9,5 % des spécialistes et 6% des généralistes ou encore pour 9,5 % des néerlandophones et 6 % des francophones. Quant à la répartition selon les âges, 37% des médecins âgés de moins de 40 ans et 49% de ceux de plus de 60 ans estiment leur niveau d'implication comme étant faible.

Si la moitié des médecins interrogés pense que l'e-santé a un impact profond sur la médecine, à peine 6 % croient que l’e-santé va faciliter leur travail à court terme. Et à plus long terme, dix ans en l'occurrence? Ils ne sont que 12% à être convaincus en ce sens.

La transformation digitale ne va pas nécessairement aider les patients

S'agissant de l'intérêt de la transformation digitale dans l'activité du médecin, moins d'un sur quatre pense que cela va aider ses patients alors qu’à peine 15% du groupe interrogé voient cette évolution comme bénéfique dans l’amélioration des relations avec les malades.

Côté finance, 48% des répondants n’estiment pas que l’e-santé permettra de réaliser des économies dans le secteur et 58% craignent même plus de désagréments que d’avantages dans leur pratique quotidienne.

Un médecin sur trois n'a jamais mis en œuvre une application de santé

Nos médecins seraient-ils donc à ce point réticents face à cette révolution digitale? Disons qu'ils paraissent pour le moins circonspects sinon sceptiques. Si 50% disent tout de même vouloir se tenir au courant des avancées et 36% annoncent être plutôt à jour, il reste qu'un tiers de médecins belges sondés reconnaissent n'avoir jamais mis en œuvre une application d’e-santé proposée par la plateforme e-Health. Quant à ceux qui ont franchi ce pas, sans réelle surprise, c'est le dossier médical informatisé qui arrive en tête des expériences concluantes. Il faudra cependant s'y mettre un jour, quand on sait que la prescription électronique deviendra obligatoire d’ici 2018… Or, à ce jour, seuls 33 % des participants à l’enquête y ont eu recours!

Autre constat pour le moins étonnant à l'ère du "tout au mobile", les trois quarts des sondés n’ont jamais fait appel à une application de type "Mobile Health" comme les applications d’assistance, celles liées à la gestion des données médicales, au suivi des activités sportives, etc.

"Outre une méconnaissance évidente des nouvelles technologies et de leurs avantages au vu de cette enquête, plus d’un médecin sur deux explique sa défiance en avançant deux principales barrières : la complexité d’utilisation et de mise en œuvre ainsi que la crainte de mettre à mal la confidentialité des données, constate Marc Van Impe, rédacteur en chef de MediQuality. Près de 70% des professionnels de la santé craignent, en outre et par-dessus tout, les risques techniques ou erreurs possibles en fustigeant le manque de recul, sinon de preuves en la matière".

Les sept recommandations pour promouvoir l'e-santé en Belgique

En conclusion, même si l'analyse plus fine des résultats montre un timide changement d'attitude au niveau des jeunes générations, l'e-santé ne paraît encore véritablement sur les rails. Or le train - à grande vitesse - devra bien être pris. Pour promouvoir l'e-santé - qui semble en avoir bien besoin en Belgique -, des mesures peuvent être prises, expliquent les auteurs de l'enquête qui livrent 7 recommandations: inclure des cours portant sur l'e-santé dans le cursus académique, encourager les formations continues sur l'e-santé, encourager la plateforme e-Health et son utilisation, mais penser d'emblée au-delà de cette plateforme e-Health, continuer de financer des projets collaboratifs en matière d'e-santé et augmenter les budgets qui y sont consacrés, mettre en œuvre des outils de mesure des progrès réalisés en matière d'e-santé, faire évoluer les systèmes normatifs qui influencent l'e-santé.

Et comment cela se passe-t-il au niveau des pharmacies?

Les constats ne sont guère différents pour ce qui est de la fourniture de services de pharmacie en ligne, où l'on observe une appréhension similaire. La toute grande majorité (90%) des médecins ayant pris part à l’enquête n’ont jamais recommandé à leurs patients d’acheter leurs médicaments sur Internet. Et lorsqu'il arrive, de manière plutôt exceptionnelle, qu'un médecin le fasse, c’est essentiellement pour une question de prix. Comment justifier une telle désaffection par rapport à un phénomène pourtant en pleine expansion? Près de la moitié (44%) des interrogés dit ne connaître aucun fournisseur et 12% avancent qu’ils n’y pensent simplement pas.

Si près d'un tiers (30%) des patients des médecins sondés leur a effectivement communiqué le fait qu’ils achètent déjà en ligne, 27% de ces médecins avouent avoir tout de même déconseillé de le faire.

Cela dit, 40% de ces derniers seraient prêts à recommander l’achat de médicaments sans prescription ou de VMS (Vitamines, Minéraux, Suppléments) auprès de plateformes en ligne belges s’ils savaient qu’elles sont signifiées à l’AFMPS (l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé) et qu’elles proposent un choix de produits plus large avec des prix intéressants.

"On n’arrête pas le progrès et le secteur des soins de santé n’échappe heureusement pas à cette logique pour le plus grand bien des malades en particulier et de la Société en général. constate Mike Vandenhooft, CEO de Newpharma. La transformation digitale du secteur médical est donc une évolution inexorable qui doit, comme toute innovation, être accompagnée de son corolaire de formations, d’information et de garde-fous réglementaires. Le médecin comme son patient doivent être encadrés de manière judicieuse afin que la mutation se passe au mieux et que le premier ne perde pas le ‘lead’ nécessaire sur le second."