Sciences - Santé

Loin d'être anodin, le méthylphénidate, un psychostimulant proche de l'amphétamine plus connu sous le nom commercial de Rilatine ou Equasym, a été remboursé, l'an dernier en Belgique, chez 32260 enfants, âgés entre 6 et 18 ans, afin de traiter un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H).

C'est ce qui ressort d'une étude interpellante de la Mutualité chrétienne (MC) qui met en évidence des disparités entre provinces et régions, mais aussi dans une même classe, les plus jeunes étant davantage concernés par ce médicament prescrit depuis une vingtaine d'années en Belgique pour traiter les TDA/H.

Ainsi, en Flandre, 2,4 % des enfants sont "sous" méthylphénidate remboursé, contre 0,9 % en Wallonie et 0,6 % en Région bruxelloise. «Proportionnellement, les jeunes flamands sont près de trois plus nombreux que les jeunes wallons et quatre fois plus que les Bruxellois à consommer du méthylphénidate. Il n'y a pas d'explication épidémiologique à cette différence, commente Jean Hermesse, Secrétaire général de la MC. Une hypothèse serait qu'en Flandre, on suit davantage le "modèle" médical anglo-saxon où l'on psychiatrise davantage les problèmes psychiques et où l'on recourt plus vite aux médicaments.»

Autre constat inquiétant : sur 3800 enfants de 7-8 ans, qui prenaient du méthylphénidate en 2006, 21 % continuent à l'utiliser aujourd'hui, soit dix ans plus tard. Cela signifie qu'une partie non négligeable d'enfants consomme du méthylphénidate durant la quasi-totalité de leur scolarité. «Or, ce médicament doit être utilisé le moins longtemps possible, et toujours en combinaison avec d'autres approches thérapeutiques - psychologiques, éducatives et pédagogiques, insiste Jean Hermesse. Le méthylphénidate n'est pas anodin pour la santé. Divers effets indésirables peuvent apparaître : troubles du sommeil, diminution de l'appétit, maux de tête... À long terme, il peut entraîner un retard de croissance, une instabilité émotionnelle, de l'apathie, voire des troubles psychiatriques et des convulsions (surtout en cas de surdosage). Sans parler du risque accru de maladies cardio-vasculaires. Des phénomènes d'accoutumance et de dépendance sont également possibles

Enfin, il ressort encore de cette étude que les enfants nés entre septembre et décembre - et donc souvent les plus jeunes dans leur classe scolaire - ont 50 % de risque supplémentaire de se voir prescrire ce médicament que ceux nés entre janvier et mars. Le constat de la MC recoupe des observations similaires effectuées dans d'autres pays. «La frontière entre TDAH et immaturité semble devenir floue, analyse Jean Hermesse. Ce constat confirme la tendance d'une médicalisation de processus naturels tels que le développement psychomoteur. »


Les risques de sur-diagnostic et de sur-utilisation sont réels

Selon l’étude de la MC, dans notre pays, 2 % des enfants âgés de 6 à 18 ans se sont donc vu prescrire et rembourser du méthylphénidate l'an dernier. « Ce pourcentage est similaire à celui de pays comparables. On serait donc tenté de s'en réjouir. Mais l'utilisation de ce médicament est en réalité beaucoup plus élevée si l’on comptabilise les volumes vendus hors remboursement, y compris à des adultes. En 2016, ils étaient équivalents aux volumes remboursés, constate Jean Hermesse. Par ailleurs, on ne dispose d'aucune donnée ni sur les indications ni sur le profil des patients qui ont bénéficié de telles prescriptions médicales. »

En conclusion, la MC souligne que les risques de sur-diagnostic du TDAH et de sur-utilisation du méthylphénidate sont réels. « Au vu de nos résultats, on peut s’interroger sur les rythmes scolaires imposés indifféremment à tous. La course à la performance provoque aussi un stress énorme chez les élèves. Or, une éventuelle "immaturité" ne se soigne pas à coups de dopants ! s'insurge Jean Hermesse. Nous plaidons pour une approche plus tolérante des enfants "turbulents" et pour le développement d'un trajet de soins pluridisciplinaires pour les jeunes souffrant de TDAH. En prescrivant trop rapidement du méthylphénidate, on expose inutilement des enfants à de nombreux effets secondaires et risques pour la santé.»