Sciences - Santé

Les années se suivent et les conférences de presse organisées à l'occasion de la journée mondiale contre l'hépatite se ressemblent… Inlassablement - à moins qu'elle ne soit au contraire lasse? -, Muriel Colinet, la présidente de l'association CHAC, Carrefour hépatites - aide et contact, ressasse son discours à l'adresse des politiques. "J'espère que cette conférence de presse sera la dernière, commence-t-elle. Cela fait 13 ans que nous lançons le même message. C'est Daniel, mon mari décédé il y a 8 ans, après avoir tenu 23 ans avec cette saloperie de virus, qui me donne le courage de continuer. Mais 300 morts par an en Belgique alors qu'il existe un traitement, c'est inadmissible".

Alors, à la veille de la journée mondiale contre les hépatites, célébrée ce vendredi 28 juillet, la battante a voulu une "mobilisation nationale sans précédent", invitant "les épatants hépatologues, qui ont les outils en mains pour sauver des vies", les généralistes, "qui ont un rôle important à jouer en première ligne", les associations de patients, les représentants des firmes pharmaceutiques, qui ont récemment mis sur le marché de nouveaux médicaments antiviraux "à action directe", les centres de dépistage et prévention Sida et IST… "S'il faut dépister l'hépatite C, pourquoi ne pas passer par eux?".


Un manifeste pour agir sur 3 axes: prévention, dépistage et traitements

Tous ensemble s'unissent pour signer un manifeste à destination des 8 ministres belges de la Santé pour une action concertée en vue d'éradiquer l'hépatite C d'ici 2030. L'objectif de ce manifeste est d'agir sur trois axes en parallèle. A savoir la prévention - passage obligatoire pour l'éradication de la maladie-, le dépistage - l'hépatite demeurant sous-diagnostiquée, et les traitements, efficaces qu'il faut rendre accessibles. Sur les quelque 70 000 Belges infectés par ce virus, la moitié ignore la présence de celui-ci qui se loge dans leur foie en y causant insidieusement des dégâts et ne reçoit dès lors pas de traitement adéquat.

"Si nous sommes rassemblés aujourd'hui, c'est pour réclamer des actions concrètes et fortes aux différents gouvernements fédéral et régionaux, clame Muriel Colinet. Sans actions urgentes, nous n'arriverons pas à éliminer l'hépatite C, responsable silencieusement de 300 décès par an. C'est la première fois que nous arrivons à rassembler toutes les parties concernées pour mettre en œuvre un plan d'action en cinq points".

Que réclame donc les signataires du manifeste? Tout d'abord, la réalisation chaque année d'une campagne de sensibilisation sur l'hépatite C afin de "combattre les préjugés qui collent à la peau de la maladie et améliorer les connaissances". Ainsi, confondant probablement les hépatites (A et B), les trois quarts des Belges pensent qu'il existe un vaccin contre l'hépatite C, ce qui n'est pas le cas. Mais le grand public n'est pas le seul à méconnaître cette pathologie hautement infectieuse. En première ligne pour initier et motiver un dépistage accru, les médecins généralistes ne semblent pas davantage sensibilisés et au courant des traitements récents. Eduquer et former les généralistes aux nouvelles possibilités de traitement et à l'importance du dépistage est donc le deuxième point du plan d'action.

A quand une journée annuelle de dépistage gratuit ?

Ensuite, "le troisième point du manifeste pointe la nécessité d'un dépistage systématisé par les médecins et, ce, en utilisant un questionnaire très concret (lire notre infographie) permettant de cibler les personnes éventuellement concernées", explique le Pr Peter Stärkel, du service d'hépato-gastroentérologie aux Cliniques universitaires Saint-Luc. A partir d'une goutte de sang prélevée au bout du doigt, il est possible de savoir en une quinzaine de minutes si une personne a été en contact avec le virus de l'hépatite C. Elle est alors porteuse d'anticorps.

Dans cet esprit, le quatrième point du manifeste consiste à réclamer une journée annuelle de dépistage gratuit. "Détecter les personnes qui s'ignorent est primordial pour qu'elles puissent être traitées, poursuit le spécialiste de l'UCL. Si l'on veut arriver à éliminer l'hépatite C en Belgique d'ici 2030, délai réalisable selon nous, il faut dépister quelque 4000 personnes par an. Nous en sommes à 2000 actuellement". Pour atteindre l'objectif, il faudra aller chercher les patients.

Enfin, présenté comme l'une des plus grandes avancées médicales de ces dernières années, le développement de nouveaux médicaments antiviraux (dits "à action rapide") contre le VHC a permis d'offrir des traitements plus courts, plus efficaces (ils guérissent dans plus de 95 % des cas) et avec moins d'effets secondaires. Fort coûteux cependant (même s'ils sont passés de 40 000 à 60 000 euros le traitement au départ à de 12 000 à 25 000 euros), ils ne sont accessibles avec remboursement qu'aux patients les plus sévèrement atteints, même si des efforts ont déjà été réalisés par la ministre de la Santé Maggie De Block, qui a d'ailleurs annoncé sa volonté de rembourser les traitements chez tous les porteurs du virus de l'hépatite C à partir de 2021.

Avec de telles actions, l'objectif de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) de réduire d'ici 2030 de 90% les nouvelles contaminations et de 65% les décès liés au VHC pourra être atteint.

Sans attendre l'engagement des ministres belges, un groupe de jeunes hépatologues -Young Hepatologists Working Group- sera présent ce vendredi dans huit hôpitaux (Anvers, Bruxelles, Gand, Liège, Sint-Niklaas, Verviers) pour une campagne d'information et de dépistage rapide. Un site internet a également été lancé avec des informations générales sur l'hépatite C (www.hepc.be).

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