Sciences - Santé

Les randonneurs vont devoir déchanter. Alors que mercredi, on s'était réjoui des résultats prometteurs d'une "simple" pommade antibiotique contre la borréliose de Lyme (une infection potentiellement grave transmise par les tiques infectées), contrairement à ce qui avait été avancé par l'AFP, les résultats préliminaires de cette étude menée par des chercheurs autrichiens et suisses sont loin d'être aussi encourageants qu'espéré. Selon cette étude de l’Université de Vienne, parue dans la revue scientifique britannique "The Lancet Infectious Diseases", la pommade antibiotique à base d’azithromycine (utilisée pour le traitement des infections des voies respiratoires, des tissus mous et des infections génito-urinaires) n'a en réalité pas prouvé son efficacité.

Comme nous l'écrivions, les recherches sur l'efficacité de la pommade devraient être confirmées par une étude supplémentaire. "Dans la mesure où il ne s'agissait pas de l'objet premier des recherches, cette efficacité doit être confirmée par une étude indépendante de grande ampleur", a effectivement souligné, jeudi, dans un nouveau communiqué, l'Université de médecine de Vienne.

Comment s'est déroulée l'étude?

Pour mener leurs tests, les scientifiques de l'Université de médecine de Vienne ont enrôlé 1371 sujets qui venaient d'avoir été mordus par une tique. Cette pommade devait être appliquée deux fois par jour, pendant trois jours, 72 heures au plus tard après la morsure de tique. La moitié des participants ont appliqué cette pommade alors que l'autre groupe a reçu un placebo, c'est-à-dire une crème ne contenant pas de principes actifs. Si, après trois jours, on observait un érythème migrant (premier symptôme de la maladie dans 80 % des cas) autour de la morsure, les sujets recevaient aussitôt le traitement antibiotique oral adéquat.

Classiquement, le protocole de traitement pour ces affections consiste effectivement en une dose massive d'antibiotiques pendant deux à quatre semaines (généralement trois), en fonction des signes et du stade de la maladie.

Si elle s'était avérée efficace, la simple pommade antibiotique aurait constitué une véritable avancée, dans la mesure où elle permettrait d'éviter cette médication relativement lourde par voie orale.

Quels sont les résultats?

Hélas, alors que les études pré-cliniques s'étaient avérées prometteuses, les résultats concernant la séroconversion (recherche d'anticorps) ne se sont pas révélés concluants. A tel point que l'on a dû arrêter prématurément l'essai, suite aux analyses intermédiaires. "L’essai a été arrêté de manière anticipée parce que l’amélioration (…) pour le groupe recevant l’azithromycine, n’a pas été atteinte. À huit semaines, 11 des 505 patients sous azithromycine (2 %) et 11 des 490 patients du groupe placebo (2 %) [ont pu constater] l’échec du traitement", peut-on lire dans l’extrait de l’étude consultable sur Internet. Les auteurs indiquent toutefois que "les résultats obtenus sur un sous-groupe ont montré que la pommade a permis de réduire l'érythème migrant", ce qui n'a pas empêché l'infection de se propager.

Il n'en reste pas moins que l'absence première d'apparition de symptômes chez les patients traités à l'azithromycine, tandis que onze infections s'étaient déclarées dans le groupe placebo, représente, selon les auteurs, "une piste intéressante" et "appelle de nouvelles études". A suivre, donc.

Une affection en augmentation et susceptible d'entraîner de graves complications

Les maladies à tiques sont en augmentation en Belgique comme dans la plupart des pays européens d'ailleurs, avec 200000 nouveaux cas par an. Endémique de longue date en Europe centrale, la maladie de Lyme a progressivement gagné l'ouest du continent et notamment la France, où un plan national pour améliorer le diagnostic et la prise en charge de la maladie a été annoncé en septembre dernier. Suscitant aussitôt la polémique en ce qui concerne les tests de dépistage qualifiés d'inefficaces par les patients. "Une partie des scientifiques et du corps médical pensent également que ces tests sont inefficaces mais ils ont du mal à se faire entendre malgré les publications sur le sujet", nous fait remarquer le docteur Valérie Obsomer, bio ingénieure, experte en gestion des maladies transmises par des arthropodes vecteurs.

Pour savoir où se cachent les tiques en Belgique, l'Institut scientifique de santé publique (ISP) propose depuis juin 2015 aux personnes victimes d'une morsure de tique de signaler sur le site www.TiquesNet.be l'endroit géographique où celle-ci a été contractée. En recueillant ces données, une cartographie précise des zones d'activité des tiques a pu être établie et mise à jour.

Une publication récente (2016) montre que 50% des tiques sont infectées par des organismes pathogènes pour l'homme et 25% ont deux pathogènes en même temps. Ces pathogènes comprennent la maladie de Lyme mais également d'autres bactéries et parasites listées comme dangereuses pour l'humain sur le site du CDC (USA) mais pas encore signalées officiellement en Belgique, malgré leur présence fréquente.

"Lorsque la maladie de Lyme se développe, la manifestation clinique la plus fréquente (dans 60 à 80% des cas) est l’érythème migrant, qui apparaît entre 2 et 30 jours après la morsure de la tique (généralement 7-14 jours), explique-t-on à l'ISP. Il s’agit d’un anneau rouge sur la peau, le plus souvent de la taille de 5 à 15 cm, qui s’étend progressivement à partir de l’endroit de la morsure, avec (souvent) un éclaircissement au centre. Cette rougeur (érythème) n’est pas douloureuse et disparaît spontanément en quelques semaines. Elle peut donc passer inaperçue. D’autres manifestations peuvent être associées à cette rougeur, comme une fièvre modérée, de la fatigue, des douleurs musculaires et des maux de tête (dans environ 25% des cas)".

Si, détectée tôt et soignée d’emblée via cette antibiothérapie de trois semaines jusqu'ici administrée, l’infection est en principe guérie, non soignée, elle peut devenir chronique et entraîner de graves complications neurologiques et articulaires. Car en effet, une fois présente dans le corps, la bactérie peut se disséminer dans les organes, principalement les articulations et le système nerveux mais aussi, bien que plus rarement, le cœur. Des manifestations peuvent apparaître des semaines voire des mois après la morsure.

Qu'en est-il de la transmission?

"Les bactéries de la maladie de Lyme se trouvent dans l'abdomen des tiques (12h pour la transmission), mais pour 20% des tiques infectées, les bactéries sont déjà dans les glandes salivaires des tiques collectées sur la végétation (avant morsure) et la transmission est donc directe à la morsure, poursuit l'experte. Les borrélies se retrouvent également dans le "ciment" produit par la tique, qui est très difficile d'enlever après morsure. Le niveau de risque est donc plus élevé et les recommandations doivent évoluer vers: "éviter toute morsure".

Toujours selon Valérie Obsomer, "l’élimination des tiques dans les zones de haute fréquentation quotidienne (les jardins, les crèches, les écoles, les zones récréatives) et l’emploi systématiques de répulsifs efficaces lors des sorties en zone à risque pourraient réduire d’au moins 90% le nombre de morsures. Un traitement plus systématique des morsures à risque pourrait alors être envisagé pour éviter aux 35% de personnes infectées qui ne développent pas d’érythème et ne sont donc pas rapidement diagnostiquées d’évoluer vers des cas de maladie persistante requérant des traitements lourds à plus long terme. La réduction du nombre de morsures de tiques réduirait également le risque lié aux autres maladies à tiques émergentes".

"Malgré les discussions au Parlement fédéral en septembre 2015 qui ont mis en avant le fait que deux points de vue existaient sur la description, le diagnostic et le traitement de la maladie de Lyme, de nouvelles recommandations ont été éditées par la Commission belge de coordination de la politique antibiotique (BAPCOC), sans concertation entre les deux points de vue, fait encore remarquer l'experte. Au vu du nombre croissant de malades, il devient urgent d’instaurer un dialogue constructif sur cette problématique".