Sciences - Santé La saison grippale très virulente, qui sévit actuellement dans l'hémisphère Sud, augure-t-elle du pire à venir chez nous? Pas sûr mais pas impossible non plus. Comme l'explique Marc Van Ranst, professeur de virologie et épidémiologie à la KU Leuven, dans le cadre d'une conférence organisée ce jeudi par le laboratoire Sanofi Pasteur, " il est impossible de prédire exactement quand commencera la prochaine saison grippale, quelle souche de la grippe dominera, ni quelle sera la gravité de l’épidémie. L’activité grippale dans l’hémisphère Sud donne cependant parfois une indication de ce qui nous attend dans l’hémisphère Nord. L’Australie a eu affaire à une saison grippale virulente, avec une prédominance des souches influenza A/H3N2 (70 %) et influenza B/Yamagata, une variante qu’on ne retrouve pas dans le vaccin trivalent cette année. Sur la base des données disponibles en février, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a plutôt opté pour la souche B/Victoria mais la souche Yamagata se retrouve bien dans le vaccin quadrivalent". Autant en tenir compte.

S'il est donc impossible de dire quand se déclenchera la saison grippale ou de prédire quelle en sera la virulence, une chose paraît certaine, la meilleure façon de se prémunir reste la vaccination. Et cela tout particulièrement pour les populations visées en priorité, chez lesquelles la vaccination est vivement recommandée, à savoir les personnes exposées à un risque de complications, comme les femmes enceintes, les plus de 65 ans, les malades chroniques tels les patients diabétiques, les personnes souffrant de maladies cardiaques, rénales, hépatiques ou pulmonaires chroniques, les patients atteints de troubles immunitaires ou d’une affection neuromusculaire, les enfants qui suivent un long traitement à l’aspirine, les personnes en surpoids, ou encore celles qui séjournent en institution.Enfin, les personnes qui travaillent dans le secteur des soins de santé, celles qui vivent sous le même toit que les patients à risque et les enfants de moins de 6 mois sont également vivement invités à se faire vacciner.

Seuls 44 % des patients à risque sont vaccinés en Belgique


Et si les saisons grippales se suivent sans nécessairement se ressembler - la saison 2016-2017 s'étant avérée modérément grave, avec un pic début février -, les constats et messages, eux, se suivent et se ressemblent d'année en année: le taux de vaccination chez les patients à risque, les personnes qui sont en contact avec ceux-ci et les professionnels de santé demeure trop faible. Alors que l’OMS et le European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC) recommandent un taux de vaccination de 75 % chez les patients à risque, la Belgique n’affiche qu’un modeste taux de 44 % chez ce groupe de patients, et même plus bas chez les professionnels de la santé. Si le taux enregistré chez les patients belges de plus de 65 ans est encore de 60 %, chez les personnes à risque de moins de 55 ans, le taux n’atteint même pas 20 %, selon l'Enquête de santé 2013 de l'Institut scientifique de santé publique (ISP).

Un autre public fragilisé et insuffisamment vacciné est celui des jeunes patients diabétiques. D'une enquête menée en ligne en 2017 par un bureau d’étude externe pour le compte de Sanofi Pasteur, auprès de 545 patients diabétiques belges, il ressort qu’à peine un peu plus de la moitié d’entre eux se sont fait vacciner tous les ans au cours des 5 dernières années. Alors que le taux atteint 74 % chez les plus 65 ans, chez les jeunes diabétiques de moins de 30 ans, il n’est que de 26 %.Plusieurs études menées auprès de patients diabétiques ont révélé que le taux de vaccination augmente avec l’âge et avec l’intensité de l’accompagnement du patient. Ainsi une étude récente de l’UZ Leuven (2017) a-t-elle montré qu’un bon encadrement et une grande motivation du patient conduisent à des taux de vaccination plus élevés.

"Il subsiste donc encore une belle marge d’amélioration pour les patients diabétiques. La vaccination contre la grippe peut être vitale pour eux, car ils courent six fois plus de risque d’être hospitalisés et trois fois plus de risque de décéder de la maladie", explique Ann Mertens, professeur d’endocrinologie (affections métaboliques, obésité, diabète sucré, endocrinologie générale) de l’UZ Leuven. Néanmoins, trois quarts des patients diabétiques ne se montrent pas récalcitrants au vaccin antigrippal et deux tiers se font effectivement vacciner si le patient lui-même et l’équipe d’encadrement médical sont suffisamment informés des risques. La sensibilisation est donc essentielle."


Les pharmaciens et les médecins généralistes ont un rôle à jouer


"Il y a clairement encore beaucoup de pain sur la planche et, en tant que médecins généralistes, nous avons un rôle crucial à jouer en la matière",
estime pour sa part le médecin Aurore Girard de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG). Il ne s’agit pas seulement d’augmenter le taux de vaccination chez les patients à risque, il faut aussi l’accroître chez les personnes qui vivent sous le même toit et chez les professionnels de la santé, comme le recommande également le Conseil Supérieur de la Santé. Car même si la maladie ne provoque généralement pas de complications chez ces personnes, celles-ci peuvent transmettre la grippe et exposer ainsi inconsciemment et involontairement les groupes à risque à des risques plus élevés..."

Rappelons encore qu'à la mi-septembre déjà, l'Association pharmaceutique belge en collaboration avec les laboratoires pharmaceutiques qui proposent des vaccins en Belgique lançait sa campagne de sensibilisation, faisant valoir que " se faire vacciner est le meilleur moyen de s'en protéger, de freiner sa transmission au sein de la population et de réduire le nombre de malades, d'hospitalisations et même de décès". Cette campagne d'information vise à améliorer la couverture vaccinale contre la grippe, mais aussi les pneumocoques, des bactéries qui peuvent provoquer des infections graves comme la pneumonie.