Sciences - Santé

Il était attendu dans les officines. L’arrêté royal "portant instructions pour les pharmaciens" paraît ce vendredi au Moniteur et deviendra effectif dix jours plus tard.

C’est un texte volumineux : il fait 53 pages. Il reprécise les droits et obligations des pharmaciens, les modernisant quand il y a lieu. La ministre de la Santé, Laurette Onkelinx (PS), y décrit notamment les règles minimales à respecter pour l’aménagement de l’officine (et son "coin confidentialité"), les obligations de reprises des produits périmés, les bonnes pratiques pour les préparations magistrales, etc.

L’arrêté royal comprend également un long chapitre, le chapitre 29, qui réglemente le commerce de médicaments par internet. Et l’on se doute : ce sera là le passage le plus commenté.

Disons-le tout net : l’arrêté royal - sur lequel "La Libre" a jeté un œil - n’autorisera pas de faire tout et n’importe quoi. Au contraire. La vente de médicaments par internet sera soigneusement réglementée. D’abord, seuls les médicaments qui ne demandent aucune prescription pourront être vendus sur internet. D’autre part, le fournisseur devrait être un pharmacien titulaire d’une officine ouverte au public. Tout le monde ne peut donc pas s’improviser pharmacien sur internet. Et puis, les médicaments vendus on-line devront répondre aux conditions habituelles de mise sur le marché en Belgique. L’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé exercera des contrôles comme pour une pharmacie normale.

Enfin, le site internet via lequel les commandes seront effectuées devra comprendre une série de mentions particulières. Il devra être conçu de façon à favoriser un "usage rationnel" des médicaments. Y figure aussi l’identité du pharmacien, la notice des médicaments, les prix, le coût d’utilisation d’internet, etc.

Dernière précision : le produit commandé sera remis soit, en main propre, à la pharmacie soit, sous paquet scellé, à domicile par un service de messagerie.

Ecolo réservé

L’arrêté royal, dicté par une disposition européenne, ne satisfait pas l’opposition Ecolo. "Il ne faut pas banaliser l’usage des médicaments, expose le député Georges Gilkinet. Le pharmacien joue un rôle de conseil. Internet risque de le nier et de mettre en avant des considérations commerciales."

L’Association pharmaceutique belge (APB), qui a été associée de près à la rédaction du texte, est moins réservée. "Nos membres, explique la secrétaire générale Anne Lecroart, vont toujours inciter les patients à venir en pharmacie. Et je doute que la vente sur internet se développe fort. Commander par internet et se faire livrer à domicile coûtera plus cher car il y a les frais de port. Cela prendra plus de temps aussi alors qu’il y a toujours une pharmacie à proximité de chez soi."

Est-ce à dire que la vente de médicaments sur internet ne fonctionnera pas ? Ce n’est pas sûr. Laurent Detry a fondé la pharmacie en ligne newpharma.be. Alors que l’offre se limite pour l’instant aux produits présents en pharmacie à l’exclusion de médicaments (cosmétique, alicament, langes, etc.), elle envoie jusqu’à 40 colis par jour. De partout. "Des gens qui habitent à trois rues de la pharmacie, expose Laurent Detry, l’imitateur du projet, commandent sur internet. Mais j’ai aussi eu quelqu’un qui a demandé de livrer deux boîtes de sparadraps aux Arcs. Cela a coûté 10 € pour les boîtes et 10 € pour le transport."