"Gravity" à l'épreuve de la science: le vrai et le moins vrai
C'est en quelque sorte la rançon du succès : certains scientifiques ou astronautes se sont déjà ingéniés à relever les invraisemblances, même si le réalisateur a misé sur le réalisme.
- Publié le 30-10-2013 à 05h38
- Mis à jour le 12-11-2013 à 21h23

En sortie dans l'espace, à 400 km au-dessus de la Terre, le docteur Ryan Stone et l'astronaute Matt Kowalski s'activent à la mission de maintenance du télescope spatial Hubble. Mais un nuage de débris provoqué par la destruction soudaine d'un satellite va transformer leur navette spatiale en épave… Cette mission devenue cauchemar, c'est ce que raconte le film Gravity.
Précédé d'un succès critique et public à l'étranger, ce "thriller spatial", avec Sandra Bullock et Georges Clooney, sort en Belgique aujourd'hui. Mais c'est en quelque sorte la rançon du succès : certains scientifiques ou astronautes se sont déjà ingéniés à relever les invraisemblances, même si le réalisateur a misé sur le réalisme (lire en "Libre Culture") . "Le scénario, pris dans sa globalité, n'est pas crédible, mais beaucoup de morceaux, pris isolément, sont réalistes. Et les lois de la physique sont dans l'ensemble respectées. Même s'il y a des raccourcis" , nous résume l'astronaute Jean-François Clervoy, qui a réalisé des maintenances sur Hubble. Passage en revue des (in)vraisemblances, non exhaustif.
Le rendu de l'apesanteur VRAI. Les images des héros, isolés dans l'espace, en apesanteur, provoque une véritable immersion. Avec ces images, le Français Jean-François Clervoy a retrouvé ses sensations et revécu ses vols : " Ce qui est crédible, dit l'astronaute, c'est le rendu de l'espace, la vision que l'on a de la Terre depuis l'espace, les mouvements, les chocs, les rebonds, l'apesanteur…" Il évoque aussi la recréation des sons, comme la réverbération des voix dans les casques. Il n'y a aucun autre son dans l'espace. Même Buzz Aldrin, deuxième homme sur la Lune, a confié au "Hollywood Reporter" avoir été "très impressionné" par le rendu des sensations . Cependant, comme Clervoy et d'autres "collègues", il trouve que la Terre apparaît trop clairement.
Le titre du film FAUX. "Plutôt que Gravité, le film devrait s'appeler Zéro-Gravité" , a ricané sur Twitter l'astrophysicien américain Neil deGrasse Tyson, directeur du planétarium Hayden à New York.
"Oui , confirme Pierre-Emmanuel Paulis, de l'Euro Space Center à Redu. J'ai été très étonné de ce titre. La gravité, c'est la force de pesanteur. La force avec laquelle la Terre vous attire vers son centre. Et ici, l'histoire se passe justement en impesanteur (ou apesanteur dans le langage courant), c'est exactement le contraire ! L'impesanteur, c'est la suppression de la force de pesanteur. Là-bas, on n'est d'ailleurs pas en impesanteur parce que l'on est loin de la Terre, mais parce que l'on se déplace à une vitesse de 28 000 km/heure autour de la Terre. Les astronautes et les vaisseaux sont en train de tomber vers la Terre mais ne la rattrapent pas. C'est une sorte de chute libre permanente."
Les cheveux de Sandra Bullock FAUX. Dans les scènes "Zéro-Gravité" du film, les cheveux de Sandra Bullock ne volent pas librement au-dessus de sa tête, s'amuse Neil deGrasse. "Or, les astronautes sont en permanence en apesanteur, donc ses cheveux devraient en effet voler , indique Pierre-Emmanuel Paulis. Dans Apollo 13, le réalisateur avait fait le choix de filmer toutes les scènes avec les acteurs en apesanteur, dans une apesanteur réelle, grâce un avion de la Nasa."
Cet avion "Zero-G" effectue des vols paraboliques, qui permettent d'atteindre l'apesanteur durant vingt secondes. Le réalisateur de Gravity a, lui, utilisé une plateforme depuis laquelle des marionnettistes faisaient bouger et "flotter" les acteurs. Jean-François Clervoy pardonne, lui, l'erreur des cheveux : il lui suffit de penser qu'ils sont laqués !
Le danger des débris spatiaux VRAI. Mais… Les débris spatiaux sont un véritable danger dans l'espace. Il s'agit, par exemple, d'un troisième étage de fusée, de débris de satellites… En résumé, les "déchets" des précédentes activités spatiales. Cela devient un problème de plus en plus aigu, car ils peuvent rentrer en collision avec d'autres objets, fonctionnels, ceux-là. "On fait ce qu'il faut pour s'en prémunir , assure Jean-François Clervoy. I l est déjà arrivé déjà que l'on dévie la station spatiale internationale (ISS) pour éviter ce genre de débris, repérés au radar. Par contre, cela n'arriverait pas qu'un nuage de débris croise la station, comme on le voit dans le film. Ils se disperseraient. Mais un seul débris peut déjà créer une catastrophe dans l'ISS. Dans le film, on voit ces déchets à l'écran, c'est nécessaire pour l'histoire. Mais, dans la réalité, on ne les verrait pas, parce qu'ils bougent trop vite."
Réparer le télescope Hubble FAUX. Mener une mission de maintenance du télescope Hubble ? Un peu dépassé : le télescope va partir à la retraite ! "On a décidé de ne plus le réparer, on le laisse terminer sa vie tranquillemen t" , note Pierre-Emmanuel Paulis. Même chose pour la navette américaine du film, car les USA ne font en fait plus voler de tel vaisseau. Cette décision a été prise suite à l'accident de la navette Columbia, en 2003. Le seul vaisseau spatial qui rallie la station spatiale internationale, c'est le Soyouz russe. Par ailleurs, la position en orbite des différents vaisseaux est irréaliste.
Le short sexy FAUX. Contrairement à Sandra Bullock, les astronautes ne portent pas de tels shorty et débardeur en dessous de leur scaphandre. L'ancien astronaute de la Nasa, Garrett Reisman, en rigole d'ailleurs, dans une tribune. "Elle était beaucoup plus sexy que moi quand j'enlevais ma combinaison spatiale." Et apparemment, Georges Clooney ne porte pas non plus de langes, ni de systèmes de régulation de chaleur, pourtant indispensables, sous son scaphandre…
Les sorties extravéhiculaires VRAI. Mais… Une scène importante du film a lieu lors d'une sortie extravéhiculaire (en scaphandre dans l'espace). "Tous les astronautes sont entraînés pour cela, note Pierre-Emmanuel Paulis. C'est, en effet, pratiqué, mais une fois de temps en temps, pour de la réparation, ou des recherches . C'est dangereux, ça occupe du temps et de l'énergie. Frank De Winne, en six mois n'est jamais sorti de l'ISS ! En général, le commandant de bord ne sort pas. " Dehors, les astronautes sont reliés par un cordon au véhicule spatial.
Les Russes travaillent, par exemple, avec deux lanières très fines attachées à deux mains courantes différentes, raconte Jean-François Clervoy. Sur l'ISS, les scaphandres comportent un système permettant une rotation aidant à se rétablir en cas de problème. Ayant lui-même réalisé trois sorties, Garrett Reisman a, lui, apprécié le rendu des sorties extravéhiculaires de "Gravity", notamment "la sensation de n'avoir rien entre le verre du casque et la Terre". Il conclut : "On me demande beaucoup si le film est réaliste. C'est la preuve que ça l'est : on ne me demande jamais cela pour un mauvais film de science-fiction !" Pour Pierre-Emmanuel Paulis, qui réalise des BD sur l'espace, "l'important, c'est de rester crédible. Il faut laisser un peu de liberté au scénariste !".
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