Sciences - Santé

Evoquer, ou plutôt oser évoquer l'homéopathie, c'est inévitablement s'exposer. Ou en tout cas ouvrir un débat qui s'annonce houleux. Nous le savons. Et, mieux que quiconque, les Laboratoires Boiron itou. Est-ce pour cela, par exemple, qu'ils se plaisent à recourir aux slogans et citations? Comme pour anticiper les attaques dont ils font régulièrement l'objet ou prouver le bien-fondé de cette thérapie dont le mode d'action, faut-il le rappeler, demeure à ce jour inexpliqué. Ainsi peut-on lire, en découvrant le vaste site de production situé à Messimy, dans la région de Lyon, des formules du type : "Derrière chaque médicament, il y a un patient qui nous fait confiance". Ou encore, cette citation de Montesquieu: "Le monde s'ouvre aux esprits ouverts". A laquelle, ôtant le mot de la bouche à nombre de médecins, Jean Rostand répondra: "Avoir l'esprit ouvert ne signifie pas l'avoir béant à toutes les sottises".

Si en effet une grande partie du corps médical est encore à mille lieues d'être convaincu de l'efficacité de cette médecine non conventionnelle, d'autres en revanche, médecins allopathes de formation, commencent doucement à l'intégrer dans leur pratique. Faisant ainsi de cette approche tantôt qualifiée d'alternative ou de complémentaire, une médecine dite "intégrative". Pour nous convaincre de l'intérêt de cet apport, la firme Boiron avait ainsi convié quelques professionnels de santé acquis à sa cause: médecin généraliste, gynécologue, sage-femme, pharmacienne, cancérologue radiothérapeute… Histoire de démontrer que, petit-à-petit, l'homéopathie fait son nid notamment dans l'hôpital.


Pour autant qu'elle garde sa place, c'est-à-dire qu'elle se conçoive, par exemple en oncologie, en tant que soins supportifs contre les nausées, les douleurs, la fatigue, mais en aucun cas en tant que médicament thérapeutique contre un cancer, pourquoi en effet ne pas laisser une chance à l'homéopathie? D'autant qu'elle n'engendre aucun effet secondaire et qu'il n'existe pas d'interaction avec d'autres médicaments.

Des soins de support en oncologie

C'est en tout cas ce que s'est dit le Dr Emmanuel Berland, cancérologue radiothérapeute, qui a introduit en 2010 l'homéopathie en tant que soins de support au Centre hospitalier de Chambéry. "Je ressentais beaucoup de frustrations en tant que médecin, ne pouvant pas répondre aux demandes et aux plaintes des patients ", explique-t-il. Sceptique au départ, il est passé de l'étonnement à l'intérêt pour cette médecine "qui a aujourd'hui trouvé toute sa légitimité en consultation, une des indications étant en l'occurrence les douleurs articulaires".

Mais les médicaments homéopathiques sont aussi bien évidemment prescrits pour soulager les patients en cas de nausées provoquées par la chimiothérapie. "Les vomissements ont une conséquence sur l'appétit, donc sur le poids et la forme, poursuit Christiane Messerschmitt, pharmacienne. Ce qui réduit la capacité à recevoir le traitement classique. Dans ce cas, l'homéopathie participe à la motivation à poursuivre le traitement, sans danger d'interactions médicamenteuses puisqu'il n'y en a pas" contrairement à certains remèdes de phytothérapie.

Aujourd'hui, sur les 32 consultations en France où l'homéopathie a trouvé une place en milieu hospitalier, 14 ont lieu en oncologie.

Du scepticisme à la conviction pour ce généraliste

Médecin généraliste formé à un "discours hospitalo-universitaire", le Dr François Mulet n'avait pas un avis favorable lorsqu'il a découvert "tardivement" l'homéopathie, en l'occurrence il y a moins de dix ans. "A l'époque, j'étais très ignorant par rapport à cette médecine, reconnaît-il aujourd'hui. Depuis, j'ai découvert son efficacité et parfois même sa supériorité par rapport à la médecine classique. L'homéopathie agit souvent très vite et surtout n'engendre pas d'effets secondaires. Je ne la conçois cependant pas comme une pratique exclusive, mais bien comme une offre parmi d'autres pratiques médicales. L'intérêt de l'homéopathie est que le médecin est au plus près de son patient, souvent plus à l'écoute, les symptômes à la fois physiques et psychiques étant pris en compte. L'homéopathie permet de dissocier ce qui est physique de ce qui est psychique. Elle est indiquée dans des problèmes aigus comme dans des pathologies chroniques. C'est une médecine qui n'est pas chère. Alors, pourquoi s'en priver?"

Un outil précieux en gynéco-obstétrique

Une qui ne s'en prive pas est le Dr Christelle Besnard-Charvet, gynécologue obstétricienne. Les cas de figure où ce médecin homéopathe de Lyon recourt à cette médecine complémentaire ne manquent pas. Pour elle, "l'homéopathie fait partie intégrante de la prise en charge à la maternité. J'utilise systématiquement l'homéopathie pour prendre en charge tous les petits maux de la grossesse. Je la propose pour les douleurs qui y sont inhérentes, la préparation à l'accouchement, le déroulement du travail et le post-partum (diminution des douleurs liées à la montée laiteuse). Car oui, l'homéopathie permet de savoir si une patiente est en travail ou pas, et même de l'aider à se mettre en travail, ce qui est très intéressant car je n'ai pas de médicament efficace dans le faux travail".

En ce qui concerne les symptômes fonctionnels gynécologiques, elle énumère comme indications les bouffées de chaleur, douleurs de règles, syndrome prémenstruel, troubles du cycle, mycoses récidivantes, cystites… Cette médecine peut aussi s'avérer efficace pour traiter les troubles anxieux, troubles du sommeil. "Les gynécologues-obstétriciens, tout comme les sages-femmes (qui ont obtenu en France le droit de prescrire des médicaments homéopathiques en 2011), sont très conscients de la singularité de chaque patiente et une thérapeutique, comme l'homéopathie, efficace, respectueuse de la physiologie et sans danger pour la grossesse et individualisée ne peut que les séduire. Nous, médecins homéopathes, pensons que le symptôme est la conséquence d'un déséquilibre de l'organisme et l'homéopathie est un outil extrêmement précieux pour rééquilibrer l'organisme."

A choisir entre un traitement classique et un médicament homéopathique, "je choisis ce qui est le plus indiqué et le plus efficace pour mes patientes, en fonction de la balance bénéfice/risque.", rétorque le Dr Christelle Besnard-Charvet.


(https://dochomeogyneco.com/)

Que l'on y croie, ou pas, il reste des constats. Qu'on le veuille ou non, dans le monde, les patients qui depuis bien longtemps font confiance à l'homéopathie existent, en nombre significatif. En tout cas suffisamment que pour devoir admettre qu'il doit bien y avoir là un certain degré de satisfaction. Et donc de guérison, que certains attribueront à l'effet placebo, valable pour toutes les pratiques médicales.

L'homéopathie en Belgique

D'après une enquête réalisée en Belgique, par le bureau iVox à le demande de Boiron, en juin dernier par mail auprès de 1000 Belges âgés de 18 ans et plus (soit un échantillon représentatif pour la population belge), l'homéopathie jouit d'une bonne notoriété : 85% des répondants ont déjà entendu parler d’homéopathie. Il s’agit de la 3ième thérapeutique la plus connue après les médicaments classiques (89%) et l’acupuncture (88%). Cela dit, seulement 35% des Belges s’estiment bien informés sur l’homéopathie.

De cette enquête, il ressort également que 40% des répondants l’ont déjà utilisée au moins une fois personnellement; au niveau des foyers, ce pourcentage s'élève à 46%.

Les utilisateurs sont fidèles : 1 utilisateur sur 2 l’utilise depuis plus de 5 ans.

Les situations d’utilisation les plus courantes (base utilisateurs = 464 personnes) sont

o Maladies hivernales, rhume, toux, otite, grippe,… 35%

o Stress, anxiété, troubles du sommeil 32%

o Douleurs articulaires 25%

o Coups, bleus, bosses 23%

o Allergies 22%

En ce qui concerne les médecins, on estime à quelque 5500, le nombre de médecins qui prescrivent en Belgique des médicaments homéopathiques (généralistes et spécialistes). Ce ne sont pas tous des homéopathes !

On estime qu’il y a +/- 300 homéopathes classiques en Belgique (membres de l’Unio Homeoapthica belgica). Mais il y a aussi beaucoup de médecins qui prescrivent les spécialités homéopathiques dans leurs pratiques comme ils prescrivent aussi des spécialités allopathiques. Certains peuvent le faire régulièrement, d’autres de temps en temps.

En Belgique, pour la partie francophone, l’homéopathie est présente dans 12 hôpitaux actuellement, principalement dans les services de gynécologie et oncologie. Le Centre d'enseignement et de développement de l'homéopathie (CEDH) propose aux médecins des formations en homéopathie. (http://www.cedh.org)

Aucune preuve que ce soit plus efficace qu'un placebo

Le 26 septembre dernier, l'EASAC (European Academies Science Advisory Council ou Conseil consultatif européen des académies des sciences) a publié un rapport concernant l'homéopathie, concluant qu'il n'existe actuellement aucune preuve valable que les produits homéopathiques soient plus efficaces qu'un placebo. L'EASAC recommande qu'un produit homéopathique, pour être reconnu comme "médicament", doit répondre aux mêmes exigences en termes d'efficacité, d'innocuité et de qualité qu'un médicament classique. Ceci signifie donc également que l'efficacité doit être étayée par des preuves provenant d'études scientifiques rigoureuses.

L'EASAC estime en effet que rien ne justifie, d'un point de vue scientifique, la différence qui existe actuellement entre les exigences en matière d'efficacité et d'innocuité dans le cadre de la procédure d'autorisation, entre un médicament homéopathique et un médicament classique. En conséquent, l'EASAC recommande aux décideurs politiques européens de réviser les exigences en matière d'études, d'autorisation et de publicité des produits homéopathiques.

L'Unio Homeopathica Belgica (http://www.homeopathie-unio.be) a réagi, notamment en faisant valoir que l'EASAC est arrivée à cette conclusion "par une sélection contestable de recherches existantes".


EPI3, une vaste étude menée auprès de 825 médecins généralistes en France

Pour répondre aux questions, critiques, attaques portant sur l'absence d'explications scientifiques du mode d'action, et le manque d'études et de preuves d'efficacité des médicaments homéopathiques, les Laboratoires Boiron ont commandé à un comité scientifique indépendant, constitué d'experts médicaux, épidémiologistes, statisticiens et sociologues, la réalisation d'une vaste étude. Au démarrage de celle-ci, Boiron et les experts s'étaient engagés à publier quels que soient les résultats obtenus. Dénommé EPI3, le programme d'études pharmaco-épidémiologiques (=étude en vie réelle) avait pour objectifs d'évaluer la place de l'homéopathie en médecine générale et d'estimer l'intérêt de santé publique de la prise en charge thérapeutique par les médecins homéopathes en France.

Le contexte

Le programme EPI3 comporte une étude transversale (description des typologies de patients, de médecins et de pathologies) et 3 études de cohorte (suivi des patients pendant 1 an) dont le recueil des données a été réalisé de février 2007 à août 2009. Les trois catégories de médecins - 825 au total - ont été constituées à partir de leur fréquence de prescription de médicaments homéopathiques : 197 médecins allopathes, 356 médecins à pratique mixte et 272 médecins homéopathes. 4 885 patients ont été inclus dans 3 cohortes et ont été suivis durant 12 mois lors d’interviews téléphoniques à 72 h, 1 mois, 3 mois et 12 mois.

Les pathologies étudiées

Trois études de cohorte ont ciblé 3 pathologies différentes : les douleurs musculo-squelettiques (DMS), les infections des voies aériennes supérieures (IVAS) et les troubles du sommeil, anxiété et dépression (SAD).

Pourquoi ce choix?

Il y a trois raisons. A elles seules, ces pathologies représentent près de la moitié des motifs de consultation en médecine générale. Ensuite, la prise en charge médicamenteuse de ces pathologies pose des problèmes de santé publique (mésusage des antibiotiques, des psychotropes et des anti-inflammatoires non stéroïdiens). Enfin, les médicaments homéopathiques sont fréquemment utilisés ou prescrits dans ces trois groupes de pathologies.

Les objectifs de l'étude

Comparer les trois modes de prise en charge en regard des quatre critères suivants: l'évolution clinique, la consommation médicamenteuse et de soins médicaux, les effets indésirables attribués aux médicaments et la perte de chance (ou diminution des chances de guérison pour le patient)

Les principaux résultats

En résumé, EPI3 montre que, dans les trois groupes de pathologies étudiées, les patients soignés par homéopathie présentent une évolution clinique comparable à ceux soignés par la médecine classique, ainsi que le même taux de complications que les patients soignés de manière conventionnelle. Mais avec une consommation de médicaments environ deux fois moindre, comme on peut le voir dans l'infographie ci-dessous.

© IPM graphics

Comment se fabrique un médicament homéopathique?


L'homéopathie en quelques chiffres

Dans le monde:

500 000 000 personnes utilisent les médicaments homéopathiques

400 000 professionnels de la santé y ont recours

50 % des Français de plus de 18 ans utilisent les médicaments homéopathiques de manière ponctuelle

En France, trois quarts des sages-femmes en prescrivent

Les matières premières : des souches variées

53 % d'origine végétale

33 % d'origine minérale et chimique

14 % d'origine animale

Une granule neutre se compose de 15 % de lactose et 85 % de saccharose.