"L’homme qui vivra 1.000 ans… est déjà né !"

Dorian de Meeûs Publié le - Mis à jour le

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Sciences - Santé

Cette prophétie aussi incroyable que surprenante est signée Laurent Alexandre. Un simple aperçu de son curriculum vitae impressionne déjà: chirurgien-urologue et neurobiologiste, diplômé de Science Po, d'HEC et de l'ENA, fondateur de Doctissimo et auteur de l’essai ‘La mort de la mort’. Ce Français vivant à Bruxelles s’est penché sur les bouleversements de l'humanité face aux progrès de la science en biotechnologies. Son constat a de quoi interpeller. C’est pourquoi LaLibre.be l’a rencontré.

 

Lors de vos conférences, vous concluez "l’homme qui vivra 1.000 ans est  probablement déjà né !". Cela sonne comme une provocation…

Non, c’est une conviction. Il est probable que l’homme qui vivra 1.000 ans est déjà né. Je n’ai pas dit qu’il s’agirait de quelqu’un de mon âge, ni que cela est possible avec les technologies actuelles. Quelqu’un qui naît aujourd’hui aura 90 ans en 2103, il bénéficiera des nombreuses innovations en nano-biotechnologie juste inimaginables aujourd’hui. Il s’agît de cellules souches, de thérapies géniques, de séquençage de l’ADN et de futures innovations -inconnues à l’heure actuelle- qui vont radicalement changer l’espérance de vie des humains.

Mais l’espérance de vie peut-elle s’envoler à ce point ?

En 250 ans, l’espérance de vie en Belgique a triplé, passant de 25 à plus de 80 ans. Actuellement, elle croît de 3 mois par an. En clair, quand on vieillit une année, l’on ne se rapproche de sa mort que de 9 mois. A partir de là, il faut être conscient que toutes technologies qui permettent de modifier nos comportements biologiques ont une croissance de leurs capacités comparable à l’explosion des microprocesseurs avec la Loi de Moore. 

Ce qui signifie un doublement rapide de ces technologies.

Oui, contrairement à l’automobile, l’aviation et autres secteurs où les progrès sont lents. Prenons un seul exemple, le coût du séquençage ADN a été divisé par 3 millions en seulement 10 ans : le premier a pris 13 ans, mobilisé 22.000 chercheurs à travers le monde et coûté 3 milliards de dollars. Demain, il prendra quelques heures et coûtera 100 dollars. Alors qu’en 1990, tous les savants affirmaient que ce serait - à jamais - impossible à réaliser, on dénombre aujourd’hui 1 million d’humains dont l’ADN a été séquencé.

Quel est l’intérêt de séquencer l’ADN de tous les humains ?

Ce séquençage offre une lecture des 3 milliards d’instructions ou messagers chimiques présents dans nos chromosomes, soit notre identité biologique qui définit la manière avec laquelle nous sommes construits. A partir de cette lecture, on a une idée précise des pathologies qu’on va avoir et des traitements à appliquer. Dans un premier temps, nous savons lire mais pas encore modifier notre ADN. Dès les années 2018, le bricolage de nos chromosomes deviendra possible. La modification de l’ADN sera même une chose banale dans la prochaine décennie ! Ces technologies nous offrent donc une explosion de notre capacité à changer notre nature et donc à faire reculer la mort.

Quand on évoque la mort de la mort, on pense immédiatement aux cancers qui touchent en moyenne 1 Belge sur 3. Vous en tenez compte ?

Progressivement et d’ici 2025-2030, le cancer va devenir une maladie banale et chronique, et ce, au même titre que le Sida l’est devenu dans les pays développés grâce aux quadrithérapies. Le cancer ne disparaîtra pas, mais on pourra le traiter facilement et il ne modifiera pas notre espérance de vie à l’avenir.

Concrètement, la science nous permettra de rééditer notre ADN et de remplacer certaines cellules par des composants électroniques ?

Les composants électroniques, on a commencé à le faire. Voyez les pacemakers qui suppléaient les cellules cardiaques défaillantes, les implants dans le cerveau contre la maladie de Parkinson qui remplacent les cellules spécialisées ou encore les implants qui permettent de combler les problèmes de surdité. L’hybridation de notre corps avec des composants électroniques est en cours et va s’accélérer.  Quant à la démocratisation de ces technologies, je n’ai pas d’inquiétudes : le prix devrait baisser très rapidement. Rappelez-vous que certains spécialistes étaient très sceptiques en voyant les premiers téléphones portables ou appareils photo numériques. Ils estimaient que cela ne marcherait jamais à cause du prix. La société Kodak a complètement raté le train numérique…

Vivre 1.000 ans, cela a un côté angoissant, non ?

Cela fait 250 ans que nous avons commencé à euthanasier la mort. Si ce phénomène devrait s’accélérer avec les nano-biotechnologies,  ce serait un processus progressif, tant aux niveaux social, politique, philosophique que religieux. On ne verra pas demain surgir un homme de 350 ans, nous avons donc le temps de nous y faire et de nous adapter. D’ailleurs, en 2013, personne ne revendique un retour à une espérance de vie de 25 ans !

En tant que chirurgien, vous pensez qu’on ne touchera plus les patients lors d’opérations ?

La robotique chirurgicale progresse de manière très rapide. D’ici 15 ans, on peut raisonnablement penser que nous serons opérés par des robots, dont les capacités seront nettement meilleures que celles des humains.

Dans le milieu scientifique, votre thèse est-elle soutenue par d’autres spécialistes ? On a un peu le sentiment que vous êtes seul à être si affirmatif.

Je ne prétends pas être un gourou qui vend des pilules magiques qui vont augmenter l’espérance de vie. Je ne suis pas un nouveau Rika Zaraï. En revanche, je suis un spécialiste des nano-biotechnologies qui évalue la manière avec laquelle ces technologies vont changer. Il y a un courant de pensée aux Etats-Unis pour envisager une forte augmentation de l’espérance de vie, mais les technologies dont je vous parle (cellules souches, séquençage ADN,…) sont très récentes ! Le corps médical commence juste à découvrir ces technologies qui semblaient ‘impossibles’. Ils envisagent à peine les possibles applications futures. En Belgique, une majorité de médecins ignorent encore qu’on sait séquencer les 3 milliards d’instructions de l’ADN ! Il va falloir quelques années pour apprendre aux médecins les potentialités des nano-biotechnologies. Ce n’est que le début de la fin de la mort.

 

Entretien : Dorian de Meeûs

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